Test d'Aurion : L'Héritage des Kori-Odan

Il y a quelques temps, un utilisateur de JOL débarquait en nous disant "Hey, les gars, je suis camerounais, je cherche des fonds pour faire un jeu". La populace a ri, moqué voire insulté, croyant à l'attrape-nigaud. Il vient de sortir, avec son studio Kiro'o Games, le premier jeu développé intégralement au Cameroun. Plongée dans l'univers si particulier d'Enzo, l'héritier des Kori-Odan.

Moralité de cette histoire : restons toujours un peu ouvert d'esprit, ça nous évitera de passer pour des cons.

Aurion est donc un jeu PC développé intégralement au Cameroun. Le studio Kiro'o Games a réussi à lever les fonds nécessaires à son développement via une campagne réussie sur Kickstarter et un accord avec un éditeur français, PLUG-IN-DIGITAL. Il nous livre, après plusieurs années de prototypage et de travail, ce jeu résolument orienté action-RPG, qui se veut un hymne à l'Afrique et à ses histoires millénaires.

Tales of Auriona

Alors oui, en entendant "action-RPG" il est possible de penser en premier lieu à des titres japonais, aux mécanismes usés jusqu'à la corde et aux univers et histoires quasiment copiés/collés de l'un à l'autre. Kiro'o Games a décidé malgré tout de se lancer sur le créneau, en faisant deux paris risqués : le premier, revenir aux sources du genre en proposant un gameplay inspiré des premiers Tales Of ; le second, de proposer un univers original, inspiré par les mythes de plusieurs civilisations millénaires voire disparues d'Afrique, créant ainsi une oeuvre qu'on considérera plus tard sans aucun doute comme un fer de lance de ce qu'on pourrait appeler la fantasy à l'africaine.

Enzo, de héros en zéro

Aurion vous raconte l'histoire d'Enzo, jeune prince de Zama, vaste territoire d'Auriona, une planète regroupant six continents. Vous le retrouvez, perdu dans ses pensées, pour l'un des jours les plus importants de sa jeune vie : en effet, dans quelques heures il se mariera à la charmante Erine et deviendra roi de Zama. Tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes, la cérémonie lie les deux tourtereaux... Sauf que c'est là que les choses se compliquent : le frère d'Erine, jaloux d'Enzo, attaque Zama, interrompt les festivités et, après un combat dantesque, vient à bout du jeune couple royal, qu'il décide de bannir à jamais de leur royaume.

Voilà donc les jeunes mariés à la rue, livrés à eux-même, qui partent sur les routes pour explorer Auriona, rencontrer de nouveaux alliés en venant à bout de nouvelles menaces, mais surtout pour renforcer leurs propres pouvoirs, notamment l'Aurion, le super-pouvoir d'Enzo, qu'il doit améliorer autant qu'il le peut pour espérer venir à bout de son beau-frère.

Un savant dosage d'humour et de sérieux

Le voyage initiatique auquel vous invite Aurion est extrêmement bien traité : les deux amants se découvrent et s'apprennent en se confrontant à un monde dont ils n'avaient absolument aucune conscience, enfermé qu'ils étaient dans l'univers quasi-paradisiaque de Zama. On apprécie particulièrement la profondeur avec laquelle certains sujets extrêmement sensibles sont traités : Enzo et Erine nous font parfois penser au Petit Prince, découvrant la nature humaine au fil de leurs rencontres et apprenant malheureusement que leurs congénères ne sont pas tous aussi bons qu'ils veulent bien le croire.

On a vu par le passé des jeux traiter de certains génocides, d'autres évoquer le viol ; Aurion explore ces sujets et bien d'autres encore, tout aussi dramatiques, au fil de vos rencontres. Ce jeu, même s'il est orienté vers un univers fantastique, trouve le moyen de faire écho à des sujets extrêmement actuels et appuie là où ça fait mal.

Alors non, nous ne sommes pas en train de dire que le jeu est déprimant, car ce n'est clairement pas le cas. Vous risquez fort d'être morts de rire devant la multitude de références qui parsèment le jeu : si vous prenez le jeu en main pour plus de cinq minutes, vous verrez bien assez vite leur version remasterisée de 300 (fous rires garantis). Non, le jeu n'est pas triste, mais il amène à réfléchir sur des sujets sensibles, ce qui est toujours bon.

Parfois, ces réflexions sont trop longues ou trop insistantes pour le bon déroulé de l'histoire : on a l'impression qu'on veut nous noyer dedans et ça nous donne vraiment envie de passer les dialogues en accéléré. Un autre élément qui donne envie d'ignorer les dialogues est le nombre bien trop important de fautes de frappe ou d'erreurs de syntaxe dans les bulles de dialogue : le jeu n'étant pas doublé, on est obligé de lire les textes pour savoir où aller ou quoi faire, mais certains textes donneraient envie à des académiciens de s'arracher les yeux de la tête.

Un autre reproche qu'on peut faire à l'histoire d'Aurion est de nous confronter à notre propre inculture. On le disait lors de notre stream de prise en main : c'est la première fois depuis des années qu'un jeu nous force à avoir recours aussi souvent à un dictionnaire ou à une encyclopédie. Le joueur occidental moyen risque fort de réellement se sentir comme un "petit babtou fragile" comme disent les jeunes, tout simplement parce qu'il ne sait pas forcément ce qu'est un griot. C'est pourtant tout simple, mais ça ne fait pas partie de notre bagage, de notre histoire, de notre culture et, si on n'a pas eu la curiosité de s'informer ou la chance de voyager en Afrique, cela risque d'être un peu compliqué à appréhender.

Une avalanche de couleurs

Mais cet univers si différent, si lointain du nôtre, est aussi ce qui fait le charme du jeu, puisqu'il a donné l'occasion aux développeurs de créer un univers graphique réellement unique ; on met au défi quiconque de trouver un jeu à la patte similaire. Aurion est un vrai moment de fraîcheur graphique dans l'univers vidéo-ludique actuel, avec des couleurs vibrantes, des tons chatoyants et une composition globale qui donne sans cesse l'impression d'être en Afrique.

Alors oui, là encore, certains pointeront du doigt la rigidité des animations, le manque de maniabilité du personnage dans les phases d'exploration ou encore les murs invisibles qui viennent limiter vos déplacements (et c'est particulièrement frustrant de faire saliver avec des environnements si beaux en y mettant des chemins qu'on ne peut emprunter), mais ce sont des détails qu'on oublie vite une fois qu'on met le nez dans ce qui fait tout l'intérêt du jeu à nos yeux : son système de combat.

Super Saiyan Bros of Aurion

Vous vous souvenez des jeux Dragon Ball qu'on vous proposait à l'époque de la SNES ? Vous avez un peu tâté de Smash Bros. ? Si c'est le cas, vous n'allez pas être perdu dans Aurion. Les phases de combat ont lieu dans un univers 2D et poussent Enzo à puiser dans son héritage aurionique pour utiliser des compétences qui ont toutes des effets, physiques comme graphiques, différents. Il peut aussi passer dans un état de transe aurionique qui lui permet d'utiliser des compétences encore plus puissantes, notamment son héritage, qui dévastent très facilement les ennemis les plus faibles.

Il y a bon nombre de combinaisons à apprendre, les coups s'enchaînent plutôt bien, parfois à l'excès (bonjour les combos qui font sortir de l'écran avec un adversaire mort depuis belle lurette,mais que vous pouvez juggle quasiment à l'infini), et ces phases de combats s'apparentent parfois à un jeu de micro-gestion de ressources. Pour vous battre avec vos compétences les plus puissantes, vous avez besoin de points d'Aurion, que vous pouvez régénérer naturellement en maintenant la touche Bas appuyée ou en utilisant des ressources, qui vous permettent aussi de vous soigner. Au niveau des soins, vous pouvez aussi utiliser Erine au combat : au début du jeu, elle peut par exemple régénérer vos points de vie si vous utilisez une certaine combinaison de touches puis vous aider au combat, mais la faire intervenir la met en danger et vous pourrez rapidement en subir les conséquences funestes.

Le système de combat est vraiment jouissif. Il y a tellement à faire, on a tellement (trop ?) de possibilités qu'on a envie de toutes les essayer : vous allez souvent avoir l'impression d'être un joueur de Starcraft à force de fracasser vos touches pour lancer des combos, gérer vos points de vie et d'AP ou encore les assists d'Erine.

Les adversaires que vous rencontrez ont chacun leur spécificité : certains bloquent, certains parent, d'autres esquivent ; la défense de certains vous dégoûtera, les attaques des autres vous terrasseront en un seul coup. À chaque nouvelle rencontre, vous vous demanderez à quelle sauce vous allez être mangé et c'est vraiment très agréable. Même en mode de difficulté normal, le jeu offre un peu de fil à retordre à chaque nouvelle rencontre.

Il y a cependant deux principaux défauts aux combats d'Aurion et ils ne sont pas liés aux combats en eux-même.

Le premier est qu'au final, dans une même zone, vous rencontrerez quasiment encore et toujours le même type d'adversaires. Donc si, au cours du jeu, vous aurez à mettre en place de nombreuses stratégies pour venir à bout de vos opposants, pendant l'exploration d'une zone précise, vous aurez surtout la sensation de toujours rencontrer les mêmes et donc de spammer encore et toujours les mêmes combinaisons pour essayer d'en venir à bout aussi rapidement que possible.

Le second apparaît surtout pendant les combats contre les boss. Qu'est-ce que c'est long... Il arrive qu'on passe plus de cinq minutes à combattre le même adversaire et bien que l'on comprenne l'intérêt de la chose, ça devient ennuyeux, voire même fatigant à la longue. Même si Aurion ne demande pas les mêmes réflexes ou les mêmes temps de réaction, dans son mode de difficulté le plus élevé, le jeu vous offre un  sacré défi où la moindre erreur se paye cash : imaginez un round de Street Fighter qui durerait 5 minutes, avec des options pour se régénérer de part et d'autre. Vous voyez le problème ? Cela demande une concentration bien trop longue pour le joueur moyen. C'est vraiment dommage qu'un jeu qui est pourtant facile dans son ensemble fasse traîner les choses en longueur dans des moments qui sont sensés être des points forts de son action : les combats sont épiques, les effets super léchés, on se sent comme Goku prêt à balancer un Genkidama, sauf qu'on se retrouve au final dans un épisode d'Olive & Tom à traverser une moitié de terrain par épisode. Laissez-nous défoncer la tête des boss, bon sang, y a rien de plus jouissif !

Crache ton koki, Myrhdin

Alors oui, il faut être honnête : Aurion est loin d'être parfait. Mais pour un premier projet, il est quand même extrêmement bon et on a hâte de voir de nouveaux projets du studio Kiro'o Games, en espérant qu'ils se montreront à l'écoute des remarques des différents testeurs et surtout de leurs joueurs.

C'est un jeu qui transpire la sincérité, dans lequel on peut sentir que les développeurs ont mis leurs tripes. Ils avaient peu de moyens, ils n'ont pas lâché l'affaire et ont réussi à fournir un jeu bien plus abouti que de plus gros développeurs avec pignon sur rue.

Soyez indulgents, enlevez vos oeillères de joueur occidental nanti nourri aux projets AAA vendus à l'esbroufe et accordez sa chance à ce jeu qui vaut la peine d'être découvert, rien que pour le vent de fraîcheur qu'il fait souffler sur votre PC : c'est original, c'est nouveau et si vous arrivez à passer outre les quelques nids-de-poule sur le chemin, ce sera un beau voyage pour tout le monde.

Aurion est un bon jeu, qui raconte une jolie histoire servie par un gameplay simple, mais intéressant, dans des univers que vous ne connaissez pas et que vous pourriez ainsi découvrir, ouvrant ainsi vos horizons. Aurion pourrait-il établir un précédent pour d'autres cultures, en offrant une alternative ludique à la transmission orale des histoires traditionnelles ?

Si vous voulez en découvrir plus sur le jeu, nous vous invitons à regarder notre émission 60 minutes chrono dédiée au jeu.

Test réalisé par Myrhdin à partir d'une version fournie par le développeur.


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6,0 / 10 - Prometteur