Test de Pokémon Soleil / Lune

La dernière génération de Pokémon en date, représentée par ses opus Soleil et Lune sortis le 23 novembre, commence à livrer son verdict. Les impressions du lancement sont-elles confirmées ? A-t-on les meilleures versions entre les mains ? Ce test va vous permettre d'y voir un peu plus clair !

Pokémon de A à Z (ou presque)

Revenons un peu en arrière. En novembre 2014 sont sortis les remakes de Pokémon Saphir et Rubis sur 3DS, Pokémon Saphir Alpha et Rubis Oméga. Plutôt attendus, ils ont prolongé l'expérience de la 6ème génération avec sa bonne dose de nostalgie tout en offrant des nouveautés intéressantes, avec notamment de nouvelles Méga-Évolutions, les Primo-Résurgences ou encore un accès à de très nombreux Pokémon légendaires. L'avenir semblait donc tout tracé pour un Pokémon Z, avec un Zygarde en figure de proue faisant écho à Xerneas (Pokémon X) et Yveltal (Pokémon Y) : une version complémentaire réutilisant l'univers de la génération en cours (Kalos, pour celle-ci) comme il y en a toujours eu depuis le début de la saga. Surtout que l'année 2015 n'a pas été avare en teasers avec, pêle-mêle, l'annonce d'un long-métrage au Japon centré sur un Zygarde doté d'une forme surpuissante ou encore une série animée renommée "Pokémon X, Y et Z". Le doute n'était plus permis et Pokémon Z était attendu pour fin 2015, début 2016, au pire.


Sauf que son annonce s'est faite désirer, si bien qu'on l'attend toujours aujourd'hui. Pokémon Saphir Alpha et Rubis Oméga auront duré deux ans, et c'est bel et bien une toute nouvelle génération qui est annoncée tout début 2016 avec Pokémon Soleil et Pokémon Lune. Un nouveau jeu pour fêter les 20 ans de la saga, quoi de plus normal ?


Dépaysement pour fêter les 20 ans

Pokémon Soleil et Lune nous amènent en Alola, archipel grandement inspiré d'Hawaï et autres îles du Pacifique. On y incarne un jeune dresseur originaire de Kanto (la région des tous premiers jeux Pokémon Rouge, Bleu et Jaune) qui emménage avec sa mère... sans raison particulière, il fallait faire un premier parallèle avec les origines ! Mais nous y reviendrons plus tard.

Le dépaysement est total, même dès le premier coup d'oeil ! Le style "super deformed" utilisé pour les personnages depuis 20 ans passe à la trappe et laisse place à quelque chose d'un peu plus réaliste qui convient extrêmement bien avec le moteur 3D de Pokémon X et Pokémon Y, amélioré pour l'occasion. Le lifting ne s'arrête pas là et s'étend aux paysages, beaucoup plus fins et détaillés, ainsi qu'aux animations de combat, plus riches et impressionnantes dans l'ensemble. Il n'en fallait pas moins pour rendre les paysages bucoliques d'Alola aussi magnifiques qu'oniriques. Le jeu est une totale réussite de ce côté-là : la découverte des paysages tranche foncièrement avec tous ce qu'on a vu les 20 dernières années dans Pokémon. On se perd parfois à regarder les vagues ou à s'imprégner de l'ambiance de la canopée d'Alola, le tout étant extrêmement bien relevé par une bande originale d'exception dont les sonorités s'inspirent grandement d'instruments et autres chœurs tribaux. Mais il y a un contrecoup à ce lifting : la console est poussée dans ses derniers retranchements et des ralentissements se ressentent un peu trop régulièrement, même avec un modèle New 3DS...

Ce dépaysement ne réside pas seulement dans sa forme, mais aussi dans son fond : certains Pokémon voient leur appartenance aux îles très marquée dans leur design (comme par exemple la lignée de Bazoucan ou, évidemment, les 4 Toko) tout comme la plupart des personnages, qui abordent tantôt des looks de vacanciers, tantôt des costumes tirés du folklore local. Mais le scénario en lui-même constitue le point d'orgue de ce dépaysement : pour la première fois en 20 ans, il n'y a plus aucune arène, plus aucun champion à affronter dans le but d'avoir les 8 badges nécessaires à l'accession à la Ligue Pokémon. Ici, le voyage initiatique prend la forme du Tour des Îles, qui consiste à réussir les épreuves des différents Capitaines pour ensuite vaincre le Doyen de chaque île ; une fois les 4 vaincus, ce sont les portes de la Ligue Pokémon qui s'ouvrent à vous.

Il ne faut pas se leurrer : seule la forme change. Il y a toujours des Pokémon à capturer, une Team de méchants à arrêter et un Conseil 4 à vaincre pour devenir Maître de la Ligue, le tout sur fond d'un scénario aussi classique que manichéen - et dont les rebondissements se voient venir des kilomètres à l'avance. En surface, l'impression d'avoir affaire à un reboot de la saga est bien présente. Mais en surface seulement.


Un cristal ! Mon royaume pour un cristal !

Si le programme s'annonce révolutionnaire sur le papier, il l'est nettement moins en pratique. Les épreuves sont relativement variées et chacune liée à un type particulier. Elles peuvent consister en des combats de Pokémon sauvages, des quizz, des blind tests ou des jeux d'observation, mais, dans tous les cas, elles se terminent par un combat contre un Pokémon Dominant, sorte de version boostée aux hormones d'un Pokémon sauvage impossible à capturer. Une fois chaque épreuve passée, vous obtenez le Cristal Z du type associé.

Et voici la plus grosse nouveauté stratégique de cette version : ces cristaux sont des objets à distribuer à ses Pokémon. Utilisables une seule fois par match (en tout et pour tout : si vous équipez deux de vos Pokémon d'un Cristal Z, il faudra choisir celui qui l'activera), l'objet a pour effet de transformer l'une des 4 attaques d'un Pokémon pour la rendre surpuissante ou lui donner des attributs supplémentaires. Par exemple, un Cognobidon-Z soignera intégralement le Pokémon juste avant de produire son effet (qui est de monter l'attaque de 6 niveaux tout en faisant perdre 50% de le vie maximum), ce qui garantira son utilisation (Cognobidon échoue si le Pokémon dispose de moins de 50% de sa vie, évidemment). Le potentiel stratégique est très grand, voire trop. Certaines combinaisons sont exceptionnellement fortes et ne proposent que peu de counterplay ; l'attaque Abri ne permet par exemple que de bloquer une partie des dégâts de ces attaques Z (au lieu de l'absorber totalement). À l'instar des Méga-Évolutions de la 6ème Génération, Game Freak nous incite fortement à jouer avec cette nouveauté en mettant un grand coup aux possibilités de la contrer.

 

Chose assez surprenante, le système un peu décrié de Méga-Évolutions a été conservé, mais aucune nouveauté n'a été ajoutée. Pire encore, les gemmes nécessaires à leur utilisation sont tout simplement absentes du jeu pour plus de la moitié des Pokémon concernés ! On a pu penser que ce choix a été fait dans un souci d'équilibrage total, mais le capharnaüm provoqué par les attaques Z nous empêche de penser que la décision a été prise pour cette raison. La rumeur d'un jeu Pokémon sur Nintendo Switch, suite directe de Soleil et Lune, y est sans doute pour quelque chose et ça a très vite fait grincer des dents.


La vie en Alola

L'aventure de Soleil et Lune a le mérite d'essayer de sortir du carcan habituel, mais elle présente quelques écueils assez gênants. Tout d'abord, on a la sensation de ne pas trop savoir où on en est dans l'histoire. Les 4 îles n'ont pas le même nombre d'épreuves, l'histoire avec la Team de malfrats avance tout doucement avant de se décanter d'un seul coup, certaines gemmes Z sont trouvées par terre ou carrément données par un Capitaine d'Épreuve paresseux... Au passage, en parlant de la Team Skull (puisque c'est son nom), il faut féliciter l'excellent travail de traduction pour la version française qui nous régale avec un second degré parfaitement exécuté. L'impression de traverser des jolis paysages sans réel but se ressent assez rapidement. 

Pire encore, Soleil et Lune est sans doute le Pokémon le plus dirigiste des 7 générations. Au niveau de leur architecture, les zones se ressemblent beaucoup avec une entrée et une sortie et quelques attractions au milieu (hautes herbes, dresseurs, objets) ; impossible de se perdre dans l'exploration des magnifiques zones d'Alola. Et enfin, et c'est sans doute l'élément le plus gênant, la présentation de l'histoire hache complètement le rythme. On est sans arrêt dérangé par une cut scene plus ou mois utile, le tout dans des zones bien délimitées par le scénario : on ne peut pas dériver de la route convenue par les développeurs et ce bien souvent de manière grossière : tantôt un Tauros barre la route sans aucune raison, tantôt ce sont des barrières qui ne s'ouvrent qu'une fois l'histoire suffisamment avancée. Cette génération était très attendue, elle est la première à sortir traduite en Chinois (traditionnel et simplifié) et le parti pris a été de rendre l'expérience accessible à tous. Les vieux routards amateurs d'exploration n'apprécieront pas vraiment qu'on leur prenne la main de la sorte.


Côté bestiaire, c'est environ 70 nouveaux Pokémon qui rejoignent le casting. C'est assez peu (on est sur les bases de X et Y) et, surtout, la répartition de leurs statistiques est très curieuse. En effet, l'immense majorité de ces Pokémon est lente comme la mort - si cet aspect n'est que secondaire pour le format officiel de combats de Pokémon (le VGC dans lequel les Pokémon combattent en duo), c'est une douche froide pour les très nombreux joueurs qui jouent en 6 contre 6. À l'heure actuelle, les combats opposent des Pokémon dans l'ensemble très lents et solides, mais dès que la Pokébanque sera de retour (et qu'il sera donc possible de ramener les combattants des versions précédentes), nul doute que la plupart de ces nouveaux venus vont tomber dans l'oubli, pénalisés par un manque criant dans cette statistique, surtout que le visuel de certains ne correspond pas du tout à l'idée que l'on peut se faire d'un Pokémon très lent.


En marge des petits nouveaux, il y a les formes d'Alola. Il s'agit de Pokémon connus qui se sont adaptés au climat tropical des îles pour en changer leur apparence, leurs types et leurs statistiques. Ossatueur, célèbre Pokémon paré d'un crâne et se battant avec un os, a opté pour les types Spectre et Feu en s'adaptant au climat volcanique d'Alola au fil des années. Il faut saluer cette excellente idée qui offre des perspectives pour toutes les générations à venir ; cependant, le fait que le nombre de Pokémon concernés soit très réduit (une quinzaine en comptant les pré-évolutions) et limité exclusivement à des créatures venant de la première génération (Rouge / Bleu / Jaune) donne une sale impression de fan service qui vient surfer sur la célébration des 20 ans de la saga et sur le succès de Pokémon Go.

 


L'impression de jouer à un reboot qui n'en est pas tout à fait un est bel et bien présente. Les petits nouveaux sont présents surtout en début de jeu, mais, pour bon nombre d'entre eux, il va falloir vraiment les chercher. En outre, le joueur rencontrera surtout des Pokémon déjà connus dans des endroits parfois quelconques, nuisant à l'immersion. Le concept des formes régionales est excellent, encore aurait-il fallu l'étendre à un plus grand nombre de Pokémon existants : là, on en trouve une pincée au milieu d'énormément d'anciens restés inchangés, passant pour des intrus au milieu d'un best-of des 20 ans du jeu.


Et Pokémon Z dans tout ça ?


On parlait de Pokémon Z au début, vous vous souvenez ? Il s'agit très certainement d'un jeu prévu, mais arrêté en chemin pour que Soleil / Lune coïncident avec les 20 ans. Les éléments mal imbriqués sont trop nombreux, que ce soit en-dehors du jeu (avec la série animée renommée Pokémon X, Y et Z) que dans le jeu : les attaques Z, en plus de leur nom équivoque, sont un parfait complément aux Méga-Évolutions (elles ne s'activent qu'une fois par combat et nécessitent le port d'un objet dédié) et que dire de Zygarde, le troisième larron du trio de légendaires de X et Y (les deux autres étant Xerenas et Yveltal) qui se voit doté d'une forme surpuissante que l'on doit composer en ramassant des fragments ? Cet aspect est tellement mal inclus dans l'aventure d'Alola que c'en est dérangeant : le gardien de l'écosystème Pokémon se retrouve à être récupéré par un dresseur débutant, le tout sans aucun rapport avec le scénario de Soleil et Lune... La 6ème Génération n'a pas eu de version complémentaire, mais elle a visiblement été incluse dans ces nouveaux opus, qui sont plus une "génération 6 et demie" qu'une réelle 7ème.


Un pas en avant, un pas en arrière

L'interface a été grandement revue, avec plus ou moins de succès. Il est dorénavant possible d'inspecter précisément les Pokémon dans le PC, rendant les sessions d'élevage bien plus pratiques ; de même, le sac a été retravaillé de façon à avoir une distribution des objets plus cohérente, avec en plus un espace personnalisable pour y ranger les objets destinés à la stratégie.

Les Pokémon stockés dans les boîtes ont maintenant une certaine utilité. En effet, ils peuvent être envoyés en mission dans la Poké Détente, lieu accessible depuis n'importe quel endroit du jeu et qui permet, entre autres, de trouver des objets, de gagner de l'expérience et de l'entraînement ou encore de faire pousser des baies. Le principe s'apparente grandement aux jeux en vogue sur smartphones et tablettes qui proposent la construction d'un village dont toutes les actions demandent du temps pour être effectuées (sauf que sur Pokémon, on ne peut pas accélérer la cadence en mettant de l'argent et heureusement !).

La progression sur la carte est maintenant plus fluide grâce à l'apparition des Poké-Montures. Il s'agit de Pokémon de prêt qui remplacent les anciennes CS (Surf, Vol, Force, etc) ainsi que certains objets (comme le Cherch'Objet). C'est très pratique puisqu'on peut dorénavant explorer les grands couloirs que constituent les zones du jeu sans se soucier d'avoir avec soi le Pokémon avec la bonne CS. On salue cette amélioration.

 

Comme dit plus haut, l'élevage a été amélioré, tout comme la possibilité d'avoir des Pokémon aux statistiques parfaites en toute circonstance. Des nouveaux objets (les capsules) ont fait leur apparition et permettent de combler le manque de statistiques lié à un IV imparfait (il s'agit en gros de l'ADN d'un Pokémon, impossible à modifier). L'idée est excellente et surtout pour les légendaires et autres Pokémon chromatiques ramenés de versions plus anciennes, qui pourront s'exprimer à leur plein potentiel. Malheureusement, il faut être niveau 100 pour pouvoir les utiliser et le gain d'expérience est une catastrophe dans Soleil et Lune.

Pour une raison qui nous échappe, Game Freak a décidé d'enlever le calcul d'expérience de la 6ème Génération, bien pensé et pas trop frustrant, par l'antique méthode datant des opus précédents. Le résultat ? Les Pokémon bas niveau ont maintenant un cap à l'expérience gagnée, ce qui rend la courbe de croissance extrêmement lente et pénible. Cerise sur le gâteau, le seul moyen de gagner de l'expérience en toute circonstance est de faire la Ligue en chaîne, mais les Pokémon rencontrés y ont un niveau très moyen, transformant la progression post-50 en un calvaire.

Il est possible d'utiliser un ajout de cette 7ème génération pour gagner des niveaux : la Place Festival. Fortement inspirée de la Galerie Concorde de Noir et Blanc 2, elle permet de gérer des petits commerces, dont certains proposent de l'expérience. Mais bien sûr, tout coûte des Points de Festival et leur récupération est d'un ennui mortel (elle se fait via des mini-jeux extrêmement répétitifs) en plus d'être extrêmement longue, même s'il est possible d'optimiser ça.

 

Connexion

Et surtout, cette Place Festival est le seul endroit où vous pouvez vous connecter à internet. Le très pratique PSS qui vous permettait de voir à tout moment lesquels de vos amis étaient connectés et de leur proposer échanges et combats tout en continuant votre élevage ou votre chasse a tout simplement été jeté à la poubelle. Les développeurs ont eu la lumineuse idée de retourner à la période pré X/Y avec une zone dédiée aux connexions entre joueurs, de surcroît doté d'une ergonomie immonde. Par conséquent, il est impossible de continuer l'aventure, de faire son élevage ou de remplir son Pokédex en attendant un ami : il faut absolument se rendre dans la Place Festival et attendre ou participer à l'un des mini-jeux sans intérêt. Cerise sur le gâteau, l'interaction entre deux joueurs échoue tout simplement s'ils ont le malheur de s'envoyer une invitation en même temps... Nintendo est toujours autant à la traîne en ce qui concerne les fonctionnalités online ; ici, on peut même croire qu'ils l'ont fait exprès tellement cette place est bancale et mal pensée. Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Il faut le demander aux développeurs de Game Freak.

 

Le mot de la fin

La 7ème génération de Pokémon laisse une sensation assez mitigée, comportant d'excellents éléments comme d'autres très mal pensés ou des retours en arrière totalement inexplicables. Le nouveau cast est très hétéroclite et la balance penche beaucoup plus vers le côté médiocre que l'exceptionnel, même si certains nouveaux combos ouvrent la porte à des stratégies inédites.

Soleil / Lune a tenté la carte du reboot, mais s'est un peu perdu en route. Si certains éléments montrent une volonté de rompre les codes établis, la réalité déçoit : le fond est toujours le même, seule la forme change un peu.
Cela dit, parcourir les îles d'Alola est un véritable plaisir partagé entre ses paysages idylliques, ses musiques enchanteresses et son gameplay bien rôdé ; tant que vous n'êtes pas trop réfractaire aux jeux extrêmement dirigistes.

 Test réalisé par Malison à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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