Test de The Shadows of Pygmalion

En 2013 sort au Japon Negai no Kakera to Hakugin no Agreement, un Visual Novel mêlant mystères, manipulations et complots, le tout enrobé d'une fine couche de yuri. Près de quatre ans plus tard, en février 2017, le titre est adapté via MangaGamer en occident sous l’appellation The Shadows of Pygmalion. L'occasion de plonger dans le petit monde pas si joyeux des poupées.

Tout commence par un suicide : au Japon, une lycéenne quelconque se jette d'un pont. Au même moment, à l'autre bout du monde, un avion s'écrase en Amérique, soulevant des soupçons d'attentats. Deux événements qui semblent à priori n'avoir rien en commun, mais qui donnent le ton. Ce décor des plus moroses posé, nous faisons enfin la connaissance de Mina, lycéenne sans histoire et que nous allons suivre pour la majorité de l'aventure. Amatrice de poupée, Mina aime se rendre après l'école dans un manoir situé non-loin qui semble vendre des poupées. S'y trouve notamment ce qu'elle considère comme un chef d’œuvre : une poupée de porcelaine appelée Ruka qui exerce sur elle une fascination que Mina ne saurait expliquer. Durant l'une de ces visites, la propriétaire des lieux s'absentant, Mina admire Ruka dans son cercueil de verre et la voit soudain prendre vie et l'agresser jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. À son réveil, Mina se persuade d'avoir rêvé l'incident, mais voit rapidement son monde changer sous ses yeux et découvre que des poupées vivent cachées parmi les humains. Bien malgré elle, Mina se retrouve plongée dans une guerre qu'elle ne comprend, pas mais qui l'emporte tout en bouleversant à jamais sa vie.

 

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Le scénario de Shadows of Pygmalion nous entraîne dans une série de mystères tout en entretenant soigneusement le doute quand à la nature et l'objectif des poupées, mais aussi la pertinence de l'organisation qui s'oppose à ces dernières. Si l'on suit majoritairement le point de vue de Mina, la narration s'en éloigne parfois ponctuellement pour permettre au joueur d'assister à quelques scènes se déroulant en coulisse. Le joueur en sait ainsi un peu plus que Mina quand à la situation générale, mais ces éléments ne font souvent que renforcer le mystère en laissant percevoir sans vraiment les expliquer de possibles manipulations et mensonges ; les choses sont bien plus complexes qu'elles ne le paraissent.

 

Un petit tour de montagnes russes :

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C'est d'ailleurs le point fort de ce Visual Novel : une narration maîtrisée qui joue avec vos sentiments. On alterne ainsi avec le quotidien de Mina qui se dégrade à mesure qu'elle prend conscience de la réalité qui l'entoure, les exécutions de poupées mettant à mal les notions de moralités des personnages, les liens grandissants et parfois romantiques entre les personnages principaux ; le tout savamment orchestré à la manières de montagnes russes émotionnelles. On passe de l'amusement au malaise au gré des scènes et l'histoire laisse difficilement indifférent. Le joueur est d'ailleurs relégué au rang de simple spectateur, le jeu ne proposant que très peu de choix et uniquement vers la fin. Si l'on peut tout d'abord regretter la linéarité du titre, on comprend rapidement que celle-ci participe et se superpose au sentiment d'impuissance de Mina : tout comme cette dernière, le joueur subit les événements sans pouvoir les influencer, ce qui contribue à sa manière à l'immersion.

 

Bien sûr, la rejouabilité en prend un coup puisque le tronc commun formant l'essentiel du jeu, les différences ne se verront que vers la fin. Mais le titre dispose d'une durée de vie raisonnable puisqu'il faudra compter autour d'une quinzaine d'heures pour une première lecture et en lisant relativement vite. Si vous souhaitez découvrir la vraie fin, vous en aurez certainement pour plus d'une vingtaine d'heures.

 

Des hauts et des bas :

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D'un point de vue technique, les sentiments sont un peu plus mitigés. Le jeu est joli avec un style agréable et de belles illustrations ainsi que quelques effets visuels venant agrémenter les scènes d'actions. Si ces effets vous semblent trop envahissant, il est possible de les couper depuis le menu des options. Le design des personnages est soigné bien qu'assez classique et les backgrounds sont raisonnablement variés et réussis. Le principal reproche vient essentiellement de la résolution native en 1024x576, bien trop faible pour un jeu datant de 2013. Il est possible de la monter jusqu'à 720p si vous jouez en plein écran, mais dans ce cas de figure, il s'agit essentiellement de passer la résolution de votre écran en 1280x720, puis (si l'option est bien cochée dans le menu de configuration) d'agrandir l'image pour remplir votre écran. Le résultat n'est pas aussi aliasé qu'on pourrait le craindre, mais donne un très léger effet de flou sur les écrans modernes. Et si l'on préfère jouer en mode fenêtre, on est alors limité à la résolution de base. On s'y fait à l'usage, mais une « vraie » résolution en 720p aurait été appréciable, y compris en fenêtré.

 

Quand à la bande son, elle est de bonne facture. Les voix sont bien choisies et issues d'actrices ayant joué dans nombre d'animes (la doubleuse de Mina à également doublé l'héroïne de Watamote, et les autres doubleuses disposent pour la plupart d'un CV conséquent). Les musiques accompagnent bien les différentes scènes et leur ambiance avec quelques morceaux sortant un peu du lot ici et là. Les effets sonore en revanche proposent quelques choix surprenant ici et là et sont parfois un peu trop insistants sur certaines scènes.

 

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Le tout forme un Visual Novel somme tout assez classique dont le point fort est sans conteste la narration. L'histoire mélange savamment le scénario tournant autour de la menace des poupées et les relations entre les héroïnes. Si la composante yuri de l'histoire est bien présente, elle sait ne pas être trop envahissante et se mêler naturellement au scénario de manière parfois attendrissante, parfois amusante, parfois tragique. À moins de faire une allergie à la moindre particule de thématique yuri, cet aspect du jeu ne devrait pas rebuter et peut être raisonnablement mis de coté pour s'intéresser avant tout à la trame principale. Si les relations entre les héroïnes restent fondamentalement essentielles à l'histoire, elles savent n'en rester qu'un rouage plutôt que tenter de voler maladroitement la vedette.

 

Précisons également que comme souvent, le jeu n'est disponible qu'en anglais. Il convient dont de disposer de bonnes connaissance dans la langue de Shakespeare afin de profiter pleinement de l'histoire parfois complexe. Le prix risque également d'en rebuter plus d'un, surtout considérant que le jeu commence à dater et propose une résolution native assez faible.

 

Verdict:

En conclusion, MangaGamers nous apporte un Visual Novel dont la principale qualité vient de son histoire solide et maîtrisée. Si vous aimez les histoires contemporaines sombres et tragiques avec une dose de surnaturel, The Shadows of Pygmalion devrait vous plaire. Si vous êtes intrigué par le genre yuri, mais ne voulez pas attaquer directement aux classiques amourettes de lycéennes, le titre constitue une entrée en matière plus en douceur puisque s'intégrant à une histoire plus « sérieuse ». Un titre qui a sa place dans la ludothèque de tout amateur de Visual Novel et/ou de yuri et qui vous entraînera dans une tempête d'émotions.

 

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Test réalisé par Chantelune à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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