De briques et de broc - Test de Lego Dimensions

Myrhdin jette un oeil dans le rétro et retourne en 2015 pour tester LEGO Dimensions, un jeu quelque peu atypique dans la collection LEGO puisqu'il propose une histoire qui sort du carcan confortable de l'adaptation de licences à succès et une connectivité NFC pour vous permettre de jouer avec des figurines et véhicules dans la vie réelle.

Nous sommes tous de grands enfants et nous avons tous été un jour où l’autre en contact avec un jouet de la marque LEGO ou profondément inspiré par les créations de l’entreprise danoise. Ces dernières années, ils ont su surfer sur des licences plus ou moins populaires, sortant des sets pour les films du Seigneur des Anneaux, du Hobbit et de Star Wars comme pour le décrié remake de Ghostbusters en 2016. Ils ont aussi envahi le paysage vidéoludique avec de nombreuses adaptations de la recette mise en place depuis bientôt 12 ans dans leur jeu LEGO Star Wars, qui vous invite à détruire des univers à la recherche de jetons, éléments et personnages cachés, tous inspirés par des licences comme Jurassic Park, Harry Potter ou encore Indiana Jones.

Toi aussi, t'es un AFOL ?

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LEGO Dimensions est donc une énième déclinaison de cette recette qui vaut aux jeux LEGO d’être très souvent cités comme une des meilleures séries pour les joueurs avides de coopération, mais avec plusieurs particularités notables. Le jeu, sorti il y a maintenant bientôt deux ans, est le premier à proposer un scénario entièrement original qui ne soit pas basé sur une œuvre déjà disponible dans un autre média, mais il est aussi connecté à l’utilisation d’un portail NFC (Near Field Communication) qui permet de faire apparaître en jeu les personnages représentés par de minifigurines LEGO.

Quand Dimensions a été annoncé, tout le monde a bien évidemment crié au scandale en disant que c’était juste une tentative de grappiller une part du marché juteux du jeu-jouet à collectionner lancé par Skylanders et récupéré par la suite par Disney avec son jeu Infinity. L’ensemble de la presse s’attendait à un copier-coller en mode brique, les joueurs étaient assez perplexes quant à l’attrait de figurines LEGO face aux splendides miniatures de Disney ou même aux simples, mais efficaces Amiibos.

Et pourtant, le développeur Traveller's Tales a trouvé une façon de jouer qui avait été jusqu’alors complètement ignorée par ses concurrents et qui fait que deux ans après sa sortie, le jeu est encore mis à jour régulièrement, avec du nouveau contenu, quand l’un de ses concurrents a mis la clé sous la porte et l’autre s’enlise dans des mises à jour annuelles qui perdent chaque jour un peu plus les fans de la première heure. En effet, un développeur de jeu vidéo vous propose ni plus ni moins que de jouer à un jeu sur leur écran en jouant comme des gamins avec des jouets bien réels eux !

Mais où est Stargate ?

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On vous l’a dit, LEGO Dimensions a besoin d’un portail et de mini-figurines pour fonctionner. Le pack de base vous fournit donc les pièces nécessaires à la construction d’une espèce de Porte des Étoiles pour orner votre portail NFC USB, ainsi que 3 figurines (Batman, Gandalf et Cool Tag, l’héroïne du film La Grande Aventure LEGO) et un véhicule (la Batmobile). Le fait est que dans l’absolu, vous n’avez besoin d’assembler absolument aucun de ces éléments : le portail marche très bien sans la construction alien qui peut l’orner et les supports des figurines sont liés à leurs personnages respectifs sans avoir à les associer physiquement. Mais on est en droit de se poser la question de pourquoi vous acheter un jeu LEGO si c'est pour ne pas le construire…

D’autant plus que le jeu vous invitera régulièrement à interagir avec vos jouets et à les démonter pour les réassembler au rythme des montées en niveau de vos véhicules notamment. Rassurez-vous, pas besoin de démonter et remonter le portail en lui-même, et comme dit précédemment, pas besoin de démonter les véhicules dans l’absolu puisque les informations seront contenues et mises à jour dans leur support NFC, mais cela amène le joueur à faire quelques pauses bienvenues et à prendre le temps de rentabiliser un peu plus les pièces de LEGO dans lesquelles il a investi.

Le portail est au cœur de l’expérience de jeu et vous ne pourrez strictement rien faire sans lui. La longueur de câble fournie est assez longue pour convenir à la grande majorité des salons et vous devrez sans doute jouer sur un écran de cinéma pour que les 3m ne suffisent pas à vous offrir une prise en main agréable.

Jouez sur votre écran en jouant sur votre table

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Ce portail gagnera au fil de votre aventure différents pouvoirs qui font toute la différence entre LEGO Dimensions et ses concurrents. Prenons Skylanders avant 2015 : leur portail n’est rien d’autre qu’un moyen de faire apparaître en jeu tel ou tel monstre. Vous le posez, il apparaît comme par magie dans votre partie. Ce n’est déjà pas mal et ça marche plutôt bien. Traveller's Tales a réussi cependant à faire en sorte que son portail soit bien plus important que ça dans LEGO Dimensions, en lui faisant gagner des pouvoirs spéciaux à mesure que le joueur progresse, pour offrir une variété d’actions qui se renouvelle sans cesse tout au long de la partie du joueur tout en acceptant jusqu’à 7 figurines différentes. Si au début, on vient à dire que la répétition des puzzles liés aux premières fonctions que l’on débloque est un peu usante (on utilise encore et toujours les mêmes mécanismes que l’on vient juste d’apprendre pour vaincre les boss de chaque niveau), une fois que toutes les fonctions (changer la taille des personnages, les téléporter à un endroit précis ou encore leur donner une attaque élémentaire, entre autres) sont à notre disposition, le jeu prend une autre envergure.

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C’était d’ailleurs un des points noirs de notre première prise en main que vous pourrez voir ci-après, qui laissait à penser que nous n’avions droit qu’à une copie conforme de la recette de base, alors qu’il n’en est rien quand on prend le temps d’explorer les nombreux niveaux qui suivent la rencontre de nos trois acolytes avec le Dr. Who. Ce niveau marque un vrai tournant dans l’histoire et la progression du jeu, puisqu’on a à ce moment-là débloqué pas moins de quatre pouvoirs différents de notre portail et qu’on les utilise tous en même temps pour combattre les Daleks.

Le portail ne se résume d’ailleurs pas à ce rôle d’outil pour résoudre les puzzles, il est aussi utilisé dans les environnements des niveaux ou par les boss, qui peuvent par exemple étourdir votre personnage ou l’emprisonner. Là où les jeux précédents vous demandaient simplement de changer de personnage en appuyant sur Y, on vous demandera cette fois de déplacer physiquement votre personnage de la zone du portail sur laquelle il se trouvait vers une autre pour en reprendre le contrôle.

Au final, il y a tant à faire en jeu comme sur le portail qu’on ne peut dire qu’on est un joueur passif dans aucun des niveaux du jeu.

Les épices changent, mais le goût reste le même

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Le principal problème de ce LEGO Dimensions reste qu’au final, c’est la même recette que pour les autres jeux vidéo LEGO auxquels on a pu déjà jouer et malgré les quelques améliorations et nouveautés apportées au gameplay, on est en droit de se dire que si c’est un bon point que de reconduire une recette qui a fait ses preuves, on pourrait attendre une prise de risque un peu plus grande pour un jeu qui se voulait si novateur dans la saga. Ne vous y trompez pas : nous avons vraiment aimé de ne pas avoir à réapprendre totalement à jouer à un jeu qu’on connaît déjà, mais nous aurions peut-être attendu un peu plus de folie dans la façon dont le jeu et l’intrigue sont menés, notamment grâce à la liberté totale dans le traitement des licences grâce à ce scénario inédit.

On l’évoquait plus haut, l’histoire du jeu est une histoire originale, qui n’est pas inspirée par une licence spécifique même si elle surfe sur de très nombreuses licences extrêmement populaires de la pop culture occidentale. Vortech, une figurine un peu étrange, sorti du néant du multivers, a la capacité de changer et de voyager entre les univers LEGO pour les soumettre à sa volonté, notamment en y téléportant ses robots ou ses alliés, les plus grands méchants des licences LEGO, allant de Saroumane au Joker en passant par Lex Luthor. Il leur confie la mission d’aller récupérer pour lui des objets spéciaux, bien évidemment dans des univers qui ne sont pas les leurs et dans lesquels ils causeront un chaos des plus absolus. Imaginez Sauron qui invoque la tour de Barad-Dur en plein milieu de Metropolis alors que Superman vient d’être happé par un vortex dimensionnel ou le Joker qui fait régner le chaos avec son robot géant dans les rues de la ville des Simpson, Springfield.

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La principale déception au niveau de l’histoire est véritablement de ne pas avoir travaillé, dans de très nombreux cas, avec les voix officielles ou les plus emblématiques des héros présentés en jeu et c’est encore plus décevant quand la version anglaise, elle, a eu le droit à un traitement royal avec l’intégralité ou presque des voix originales reprenant du service pour le jeu. Si certaines stars ne sont présentes que grâce à l’utilisation de morceaux enregistrés à partir de captures dans les œuvres originales (on pensera notamment à certaines des incarnations du Docteur Who, à Liam Neeson pour le policier de La Grande aventure ou à Orlando Bloom pour Legolas), certains grands noms ont accepté d’enregistrer quelques lignes, comme par exemple le binôme Christopher Lloyd/Michael J. Fox pour le pack Retour vers le Futur, Chris Pratt pour la voix d’Emmet, héros de La Grande Aventure Lego, et pour son personnage dans Jurassic World, ou encore Sean Astin, le stupide hobbit joufflu. De notre côté franco-français, on se retrouve avec quelques aberrations qui feront tiquer les plus vieux d’entre vous : le doubleur de Morgan Freeman au doublage de Gandalf en lieu et place de l'inégalable Jean Piat (qui n'a jamais, à leur décharge, travaillé pour un jeu vidéo), la voix de Batman confiée à son habituel doubleur jeu vidéo quand les vieux attendaient sans aucun doute son doubleur de la série animée des années 90, Richard Darbois, le doublage d’Emmet est confié à la (très prolifique) habituelle doublure de Robin et Nightwing dans les dernières séries, Donald Reignoux (qui doublait entre autres, Titeuf ou Shinji Ikari). Bref, on s’y fait, mais la première écoute démange un peu l’oreille, nuisant un peu à l’immersion.

Un plaisir de mélanger les genres

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On ne peut s’empêcher de saluer la multitude des univers proposés par le jeu : passer de Scooby-Doo à Ghostbusters, de l’Agence Tous Risques à K-2000, c’est quand même un gros trip pour n’importe quel joueur qui a atteint la trentaine et il en ira de même pour les plus jeunes, qui pourront eux faire se côtoyer les héros de LEGO Ninjago et des Animaux Fantastiques. C’est agréable, c’est marrant, c’est bourré de nostalgie, mais ça coûte aussi une blinde. En effet, vous serez amenés à traverser certains de ces mondes dans le cadre de l’aventure, mais certains n’y sont pas liés et ne sont accessibles que si vous placez un des personnages de cet univers sur votre portail. Une fois que vous l’aurez fait, pas de souci, vous aurez accès en permanence à cet univers avec vos autres personnages, mais le souci reste que ces personnages supplémentaires sont bien évidemment tous payants et que tous les débloquer finit par coûter quelques euros (de 10 à 30€ en fonction des packs). C’est du contenu supplémentaire, donc optionnel et pas forcément utile, mais c’est frustrant, très frustrant, surtout quand le jeu vous rappelle à longueur de temps que vous n’avez pas accès à tout ce qu’il faut pour finir le jeu à 100%.

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En effet, dès lors que vous vous retrouvez face à une action qu’aucun des personnages sur votre portail ne peut effectuer, une grosse bulle d’information apparaît en vous disant « Holala, quel dommage, vous n’avez pas accès à l’un des 123 323 personnages ou véhicules qui pourraient normalement vous permettre d’accéder à cet endroit qui cache bien évidemment un objet caché nécessaire pour finir le jeu à 100% ». En effet, chacun des personnages a toujours une panoplie de compétences limitées et aucun d’entre eux ne peut faire en sorte de savoir tout faire : par exemple, Scooby Doo est extrêmement rapide, sans doute le plus rapide de tous les personnages avec Sonic que nous n’avons pas pu tester, Chel, l’héroïne de Portal, a la possibilité de passer à travers les murs avec son pistolet à portails et si vous n’avez pas leurs figurines, vous ne pouvez pas les invoquer en jeu pour les utiliser.

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Cette situation a provoqué un véritable tollé parmi la communauté des fans, qui a fait part de son mécontentement aux développeurs qui n’ont pour une fois pas fait la sourde oreille et ont trouvé une idée simple et satisfaisante pour apaiser les esprits. Quelques jours plus tard, une fonction de location des personnages faisait son apparition en jeu : quand vous tapiez l’une de ses bulles, elle vous donnait la possibilité de louer pour trente secondes, contre quelques pièces LEGO, l’un des personnages ayant le pouvoir vous permettant d’accéder à la zone concernée ou de détruire tel ou tel obstacle. Cela n’est peut-être pas aussi fun que de changer ses personnages sur le portail, mais au moins, cela montre bien que tous les développeurs ne sont pas forcément bornés, car les petits gars de Traveller's Tales vous permettent au final de bénéficier gratuitement de fonctions qu’ils avaient initialement envisagées comme payantes, même si leur plan était extrêmement bancal. Mais bon, quand tu nages déjà dans les millions, ça aide.

Story Pack Ghostbusters

La longévité et la rejouabilité des jeux LEGO sont indiscutables et Dimensions ne fait pas exception à la règle. Comptez une quinzaine d’heure pour finir la trame principale, une petite trentaine pour finir le jeu à 100% avec tous les succès. Vous rejouerez les différents niveaux de l’histoire pour trouver tous les éléments des kits à collectionner, pour rassembler toutes les briques dorées et libérer tous les personnages secondaires en danger. On vous l’a dit : ils ont repris le vieux pot à soupe de Mamie pour faire ce jeu. Le seul vrai souci de la recette, c’est qu’elle n’a pas vraiment su faire prendre la sauce avec les univers supplémentaires : l’après-jeu est extrêmement déstructuré et ne procure vraiment pas la même sensation de plaisir que les niveaux de la campagne. Si vous achetez des packs de niveaux, vous passez d’un monde à l’autre sans vraiment qu’on vous y donne de mission ou que vous ayez quoique ce soit à y faire. Les niveaux que vous pouvez acheter grâce aux packs Histoire, eux, vous donneront un vrai scénario, qui vous proposera environ quatre à cinq heures de jeu supplémentaires, pour une trentaine d’euros, un investissement assez élevé pour un DLC si court si vous n’êtes pas intéressés par l’aspect construction, car ces packs sont fournis avec une nouvelle mouture du portail dimensionnel ainsi qu'avec plusieurs personnages et véhicules.

Crache ta BOM, Myrhdin

Achèterez-vous LEGO Dimensions pour jouer à un jeu ou pour jouer avec des jouets ? C’est une question qu’il faudra vous poser, car de la réponse découlera votre approche du jeu : si vous voulez uniquement jouer à un jeu LEGO parce que vous aimez les précédents, Dimensions ne sera certainement pas une innovation agréable pour vous, car le portail risque de trop bousculer vos habitudes.

Si vous n’avez pas honte de vous avouer que vous kifferiez bien de pouvoir rejouer avec des briques LEGO, par contre, l’histoire est toute autre, car vous deviendrez vraiment le réalisateur de votre propre histoire dans l’univers LEGO et vous pourrez, comme quand vous étiez petits et que vous faisiez embarquer des chevaliers dans des vaisseaux spatiaux pour aller attaquer une caserne de pompiers, sauf que là, on vous donnera la possibilité de faire prendre l’avion à Barracuda de l’Agence Tous Risques, avec Ethan Hunt de Mission Impossible aux commandes, pour aller défier le méchant Saroumane.

Le jeu fait littéralement fondre la barrière du jeu et du jouet, du numérique et du physique, et vous vous retrouverez à jouer dans le réel et le virtuel sans que vous vous rappeliez vraiment qu’il y ait jamais eu une frontière.

On pourra pointer le manque de prise de risque de la part des développeurs, ainsi que le coût élevé que peut représenter l’achat de l’ensemble des figurines, mais au final, la recette marche, la sauce prend tout aussi facilement que pour les opus précédents et on finit par se demander quelle nouvelle licence les développeurs vont sortir de leurs tiroirs pour satisfaire les adulescents, car c’est bien le principe de base de ce jeu que d’offrir à des jeunes trentenaires ou plus une madeleine de Proust façon LEGO. Vous retirerez de Dimensions autant de fun que vous espérez en avoir, comme si vous vouliez vous fendre la poire en vous rappelant des souvenirs liés aux samedis après-midi passés devant telle ou telle série. Si vous n’aimez aucune des licences, vous n’aimerez pas le jeu et il n'y a aucun mal à cela.

Test réalisé par Myrhdin à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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