Test de Torment : Tides of Numenera : c'est une très longue histoire

Le 06 mars 2013, inXile entertainement lançait une campagne Kickstarter afin de financer le développement de Torment : Tides of Numenera, successeur spirituel de Planescape : Torment. C’est donc un nouveau RPG old school qui se propose aux amateurs du genre. Quatre années après avoir levé plus de 4 millions de dollars sur Kickstarter, le jeu a fini par sortir. Est-il à la hauteur des attentes qu’il a fait naître ?

Il était une fois

Tout commence de manière très banale. Vous débutez alors que votre personnage tombe du ciel. Confondu par les témoins avec une étoile filante, vous finissez par heurter brutalement le sol. Heureusement, vous êtes un être immortel et revenez donc rapidement à la vie. Vous n’avez cependant aucun souvenir et il vous faudra essayer de comprendre ce que vous faites là.

Bon, ce n’est peut-être pas si banal que ça. Si l’amnésie est un point de départ courant, l’histoire de Torment : Tides of Numenera est assez unique. En effet, celle-ci se déroule dans le neuvième monde, ainsi nommé parce que huit civilisations l’ont occupé, avant de décliner et de disparaître. Des reliques très puissantes côtoient donc des hommes nettement moins avancés technologiquement, le tout agrémenté d’une magie… particulière.

Si vous connaissez sur le bout des doigts les codes de l’heroic fantasy et désirez du renouveau, Torment : Tides of Numenera est un excellent choix. C’est un univers avec ses propres codes, semblable à aucun autre. Chaque quête permet de le découvrir davantage, mais aucune règle cohérente n’existe véritablement ; Torment est une collection d’histoires rappelant beaucoup les codes de l’absurde. Ainsi, deux factions se livrent la guerre, mais chaque camp dispose d’un artefact permettant de modifier le temps pour conserver le résultat le plus avantageux. Un peu plus loin se trouve le Biophage, un gigantesque organisme vivant de la taille d’une grande ville dans lequel vivent de nombreuses personnes. Le Biophage dispose de plusieurs gueules, des portes ouvrant vers d’autres lieux de l’univers. Toutes les thématiques traditionnelles sont donc présentes, côte à côte, mais elles sont revisitées avec ce ton absurde propre à Torment. N’effectuez pas le voyage avec des aprioris : l’histoire du titre ne ressemble à rien de ce que vous connaissez.

Bla, bla, bla

Ce n’est cependant pas une raison de fuir le titre, tout au contraire. Torment : Tides of Numenera constitue probablement ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle en termes de dialogues. Ce n’est pas une question purement qualitative : les dialogues de Torment sont de qualité, mais plusieurs autres jeux (Pillars of Eternity notamment) partagent cet atout. Ce n’est pas non plus une question de quantité, bien que Torment soit extrêmement bavard, presque trop : chaque carte est remplie à ras bord de descriptions pas forcément souhaitées. Non, ce qui fait la force majeure de Torment vient d’ailleurs : de ses choix.

Le PNJ exprimant encore et toujours le même discours tient du meme. Dans tous les jeux, on trouve des personnages génériques, n’ayant généralement pas de nom défini et radotant encore et toujours les mêmes quatre lignes de texte, rendant les dialogues inintéressants au possible. Dans Torment : Tides of Numenera… il y en a aussi. C’est une tare qui n’est pas encore prête à disparaître. Cependant, entre ces spectres sans identité réelle, Torment propose un grand nombre de personnages ayant une grande variété de dialogues à proposer.

 

C’est là le point clef. Les dialogues de Torment ne sont pas une longue liste de sujets que l’on peut épuiser à loisir sans réelle attention. Au contraire, ce sont eux qui déclenchent des quêtes ou les résolvent. Ils peuvent également déclencher des affrontements, voire la mort de votre interlocuteur si vous choisissez la mauvaise option. Torment est un jeu de dialogues, dans lequel tout peut se résoudre par de beaux discours… à moins que vous ne préfériez procéder différemment.

Tu peux pas test.

Parler c’est bien, mais il reste à convaincre son interlocuteur. Bien entendu, les choix de dialogue ont une importance déterminante. Cependant, un autre facteur entre en jeu : les tests. Régulièrement, le jeu vous demande d’effectuer un test de puissance, d’agilité ou d’intellect. Vous pouvez généralement l’effectuer vous-mêmes ou laisser un compagnon s’en charger. Toutefois, ce qui est intéressant, c’est qu’il est possible d’augmenter vos chances de réussite en dépensant un ou plusieurs points de la caractéristique concernée. Les points ainsi utilisés ne sont récupérés qu’en exploitant un consommable ou en prenant une nuit de sommeil.



Il est donc essentiel d’être économe. Au début, il est tentant de dépenser sans compter afin de s’assurer de réussir. Puis, une fois arrivé à court de points, il devient indispensable de dormir… mais la nuit n’est pas sans conséquence. Le système est particulièrement bien pensé, puisqu’il oblige à faire des choix sans pour autant se montrer trop cruel.

Entre les dialogues et ces tests, il est possible de vivre son aventure sans jamais effectuer le moindre combat. Il existe toujours une issue différente, que ce soit par un dialogue ou en exploitant un objet présent sur la carte. Si vous avez toujours préféré éviter les combats dans les jeux de rôle, ce titre est donc fait pour vous : c’est le meilleur jeu de dialogues existant à l’heure actuelle.

Ready ? Fight !

Si vous préférez de l’action – ou considérez que c’est une part importante de tout jeu vidéo –, cela s’annonce en revanche plus compliqué. En effet, tout le budget est manifestement passé dans les dialogues, au détriment du reste. Les cartes sont minuscules, faisant passer Pillars of Eternity pour un jeu en monde ouvert. Les graphismes sont très moyens et il n’est pas possible de voir le visage de ses interlocuteurs, nuisant à l’immersion. N’espérez en outre pas voir de cinématiques : il n’y a que des dialogues, tout le temps. De plus, quelques bugs sont présents çà et là ; rien de dramatique, mais il est nécessaire de le signaler.

 

Néanmoins, le pire n’est pas dans tous ces points, mais dans le système de combat. Il est agréable de pouvoir choisir d’éviter l’affrontement, mais pour que ce soit réellement un choix, il faudrait qu’il existe une alternative viable. Certes, il est toujours possible de combattre. Cependant, les combats souffrent de tant de défauts qu’il est généralement préférable de charger une sauvegarde et de trouver un moyen de les éviter.

Les combats sont aussi pauvres que les dialogues sont riches. Il n’existe que trois classes et celles-ci sont peu différenciées : elles ne possèdent que bien peu d’aptitudes. La progression est lente et extrêmement avare en points : monter de niveau se limite donc à améliorer quelques rares compétences, à l’impact souvent limité. En général, cela augmente seulement les chances de toucher, ce qui est assez inutile quand on atteint déjà ce résultat sans le bonus. Les armes sont elles aussi très peu nombreuses. Enfin, l’ensemble du combat manque de lisibilité et de modernité. Torment réunit ce qui se fait de pire dans le domaine des combats au tour par tour. Le jeu s’affranchit de la grille, mais conserve un système de déplacement archaïque (un mouvement et une attaque par tour, quelle que soit la distance parcourue) retirant tout point positif de cette décision. La gestion de points d’action, proposée par Divinity : Original Sin, est ici absente. De même, en l’absence de grille, les déplacements sont très irréguliers et peu stratégiques, bien loin de ce que proposent les Fire Emblem.

Le gameplay de Pillars of Eternity constituait son talon d’Achille. Celui de Torment : Tides of Numenera fait bien pire. Dès que l’on sort des dialogues, le titre est dépassé sur tous les plans.

 

Néanmoins, est-ce bien grave ? Juge-t-on un bon livre à la qualité de son papier, à sa couverture ou à son poids ? Torment : Tides of Numenera doit être considéré comme une version vidéoludique des célèbres Livre dont vous êtes le héros. Si vous appréciez cette orientation, vous prendrez un plaisir certain devant le titre, bien plus qu’avec n’importe quel autre RPG old school. Le titre possède beaucoup de défauts, mais il est possible de les ignorer, alors que les combats étaient omniprésents dans Pillars of Eternity. Torment : Tides of Numenera est donc un jeu que beaucoup de personnes détesteront, mais qu’adoreront ceux à qui il est destiné.

Test réalisé par Alandring à partir d’une version fournie par l’éditeur.

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