Test de Root Letter

Un reproche qui revient souvent à l'encontre du genre VN est qu'il s'agit généralement d'un principe que l'on pourrait qualifier de « clic & read » avec éventuellement quelques choix à la pertinence variant d'un titre à l'autre. Les studios Kadokawa Games semblent vouloir éviter cet écueil avec leur titre Root Letter, sorti fin octobre 2016 sur PlayStation 4 et Vita en empruntant quelques éléments au genre point & click, mais aussi à la saga Phoenix Wright. Le pari est-il réussi ? Éléments de réponses.

Le scénario de Root letter nous met dans la peau de Nakamura Takayuki, trentenaire japonais vivant à Tokyo et qui entretenait une correspondance quinze ans plus tôt avec Fumino Aya. Alors qu'il pensait sa dernière lettre restée sans réponse durant toute ses années, Takayuki, sobrement surnommé Max en raison de sa propension à « tout faire au max », retrouve la onzième et dernière lettre qui ne lui est jamais parvenue à l'époque et dont le contenu l'intrigue et l'inquiète tout à la fois. Ni une ni deux, notre protagoniste embarque pour Matsue, petit patelin sans histoire où Aya disait être scolarisée, afin de la retrouver et tirer les choses au clair. Pour ce faire, il dispose des lettres que lui envoyaient la lycéenne dans lesquelles elle lui parlait entre autre de son entourage, à qui elle attribuait de charmant surnoms tels que « four-eyes », « Monkey », « Bitch », « Fatty » et tant d'autres...

 

C'est donc dans les chaussures de Takayuki qu'il nous faut retrouver les anciens camarades de classes d'Aya pour leur tirer les vers du nez, tâche qui s'avère bien plus compliquée que prévu puisqu'arrivé à l'adresse où la jeune fille affirme avoir vécu, il ne trouve qu'un terrain vague, réputé hanté, et tous les habitants s'accordent à dire que la seule Fumino Aya qu'ils connaissent est morte 25 ans plus tôt...

 

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Les paroles s'envolent...

 

Si la structure générale du soft reste celui d'un VN, il s'efforce de rendre le joueur moins spectateur et lecteur et de prendre une part plus active à la progression. D'une manière générale, il s'agit d'utiliser le menu pour utiliser diverses interactions possibles à un endroit donné incluant de taper la conversation avec les éventuels personnages présents en choisissant un sujet parmi une liste, examiner l'environnement afin de déceler des indices, montrer un objet à quelqu'un voire tout simplement réfléchir à la situation afin d'obtenir un indice sur ce qu'il convient de faire ou tout simplement débloquer la suite de la progression. Si le résultat reste globalement assez linéaire en constituant une variation un peu plus complexe que le simple clic pour accéder à la ligne suivante, force est d'avouer qu'on se sent un peu plus impliqué dans l'histoire et ce léger gameplay aura au moins le mérite de solliciter le joueur de manière régulière.

 

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Une fois suffisamment d'indices trouvés, Max s'en ira trouver l'un des anciens camarades et amis présumé d'Aya pour tenter de lui tirer les vers du nez, à commencer par leur faire admettre que oui, le surnom peu gracieux dont Aya les avait affublés est bien le leur. C'est l'occasion d'un interrogatoire un rien « musclé » qui n'est pas sans rappeler Phoenix Wright, à savoir coller dans la face du récalcitrant des arguments et preuves dans le bon ordre afin de lui mettre le nez dans ses mensonges ou les évidences et briser le rempart érigé entre vous et la vérité. L'occasion de rappeler sans le moindre ménagement à un employé municipal qui fait tout pour l'oublier que oui, c'est bien lui le binoclard antisocial, premier de la classe, tête de turc et au crâne dégarni tendrement surnommé « Four-Eyes », tout ça pour lui demander s'il se souvient d'une fille avec qui on échangeait des lettres 15 ans plus tôt. Quand Max affirme fièrement tout faire au max, faut pas croire qu'il dit ça pour rigoler, non mais oh !

 

Ce qui nous amène d'ailleurs au Max Mode, sorte de « finish him » consistant à balancer la bonne réplique au cours d'un mini-jeu qui propose en succession quelques répliques bien senties allant crescendo, afin de clouer le bec à son interlocuteur en lui gueulant bien fort dans les oreilles. Le concept en lui-même n'est pas mauvais, mais appliqué à la sauce Max, ça donne un résultat un rien particulier, donnant la très forte impression que l'on incarne une grande-gueule dans de grands sabots qui ne s'encombre pas des sensibilités de ceux qui seraient susceptibles de le mettre sur le chemin de la vérité. Impression renforcée quand notre protagoniste se plaît à imaginer ce que devait être la vie d'Aya au fil de ses visites dans divers lieux où il espère trouver un indice.

 

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Popopopoooooo... Azy, file ton 06 gros !

 

Enfin, à chaque chapitre nous avons l'occasion de lire une des lettres d'Aya, puis la réponse de Max, qui nous met à contribution pour choisir la réponse à une question, puis une question en retour, afin de personnaliser un peu l'aventure, certains de ces choix étant susceptibles de mener à l'une des différentes fin, en plus de la progression de l'enquête en elle-même.

 

les écrits restent.

 

Techniquement, le jeu n'a pas grand chose à se reprocher. Intégralement doublé, les acteurs livrent une bonne performance et les graphismes sont soignés, avec toute une galerie de personnages que l'on croisera au fil de l'aventure et un style graphique mature et sobre correspondant bien à l'atmosphère mystérieuse du titre. La durée de vie est relativement courte : comptez une petite dizaine d'heures pour en venir à bout, mais avec plusieurs fins donnant au titre un peu de rejouabilité.

 

Pour ce qui est des défauts, les musiques sont par moment assez faibles, donnant presque l'impression déroutante qu'on écoute en même temps deux morceaux n'ayant pas grand chose à voir l'un avec l'autre. Certaines explications, comme pour le Max Mode, ne sont également pas toujours claires, laissant avec un léger doute sur le fait qu'il faille bien trouver la bonne réplique ou juste avoir le bon timing pour choper la plus élevée. Sur Vita, on peut regretter que l'écran tactile ne soit pas exploité pour la partie « point & click » qui s'y serait pourtant bien prêtée. Le protagoniste réussit également l'exploit d'être à la fois effacé (cas typique du « héros anonyme et interchangeable ») censé permettre au joueur de plus facilement s'identifier tout en ayant une personnalité « dans ta face ! » s'exprimant parfois d'une manière pouvant le rendre assez peu sympathique qui ne facilite justement pas l'identification à ce dernier.

 

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Contrairement aux apparences, non, le protagoniste ne fait pas dans l'insulte facile.

Au final, le jeu en lui-même fait preuve d'une certaine originalité en s'efforçant de proposer un peu de gameplay au joueur afin de le rendre plus actif et impliqué et est techniquement réussi malgré des musiques au mieux oubliables. L'intérêt pour le titre dépendra beaucoup de l'intérêt du joueur pour les mystères et le fantastique, mais risque de paraître un rien quelconque pour ceux que ces thématiques laissent indifférents.

Test réalisé par Chantelune à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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