Test de Utawarerumono : Mask of Deception

Deux ans après sa sortie japonaise, Utawarerumono : Mask of Deception, développé par Aquaplus, débarque en Occident traduit en anglais seulement sur PlayStation 3, PlayStation 4 et PlayStation Vita. Utawarerumono est une série de visual novel avant tout, mais elle possède aussi des combats façon tactical RPG.

Pour les plus connaisseurs en matières de japanimation , le titre du jeu leur sera familier vu qu'une série d'animation relatant les principaux faits du jeux a été diffusé l'an dernier. Il est utile de préciser que Utawarerumono : Mask of Deception est en fait une suite ; il s'agit d'une séquelle d'Utawarerumono, était sorti en 2002 uniquement au Japon. Toutefois, vous pouvez toujours faire votre session de rattrapage en regardant l'anime licencié chez nous par Kazé, qui retrace toute l'histoire du premier opus et qui était de bonne facture. S'il n'est pas obligatoire d'avoir joué ou visionné le premier Utawararerumono pour attaquer ce Mask of Deception, c'est quand même fortement conseiller.

Amnésie international

Après une série d'événements étranges, notre protagoniste Haku se réveille dans une petite yourte située sur le flan d'une montagne enneigée. Celui-ci, bien évidemment, n'a aucun souvenir des évènements qui l'ont conduit à se retrouver dans cette situation. Le joueur, à travers les yeux d'Haku, fait la découverte de cet univers fantastique inspiré du Japon médiéval.

Haku est recueilli par une jeune femelle demi-humaine qui répond au doux nom de Kuon. Contrairement à notre protagoniste, toutes les personnes vivant dans ce monde sont des demi-humains. Très proches physiquement de nos bons vieux sapiens, ils ont la particularité d'avoir des oreilles animales ainsi qu'une queue bien velue.

Test de Utawarerumono : Mask of Deception

La belle Kuon, qui se prétend apothicaire itinérante, prend notre infortuné sous son aile et tâche de lui apprendre les us et coutumes pratiqués dans l'empire de Yamato. Après s'être rendu au village le plus proche, nos deux compagnons effectuent différents travaux pour aider les villageois et subvenir à leurs besoins alimentaires.

Un beau jour, un incident survient dans les alentours du village : des monstres envahissent la région. Pour les chasser, nos héros font équipe avec Ukuon, un chevalier de passage, et Maroro, un érudit aux pouvoirs étonnants.

Grâce à l'ingéniosité d'Haku (à défaut de ses talents de guerriers), les terribles Girigiri - des espèces de mantes religieuses géantes - sont vaincus. Kuon se dit alors que les talents intellectuels de notre héros seront plus utiles à la Capitale qu'à la campagne, la coïncidence tombant bien vu que c'est là-bas qu'Ukuon et ses hommes doivent se rendre. En chemin vers Yamato, nos deux compagnons font connaissance avec Rulutieh et Cocopo, son singulier destrier (un piaf géant), et se battent contre une bande de bandits.

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Impressionné par ces nouveaux faits d'armes, Ukuon, qui est en fait un des généraux de l'Empire, propose à Haku et Kuon de devenir ses agents une fois arrivés à la capitale. Il se trouve que tout n'est pas rose à Yamato : les rues ne sont pas sûres et les puissants sont corrompus, de plus Ukuon craint que la vie de l'empereur et de sa fille, la princesse Anju, ne soit menacée par quelques comploteurs.

Ainsi Haku se retrouve impliqué dans les intrigues qui agitent l'Empire ; sera-t-il à la hauteur de la tâche qu'on lui à confier ?

Qu’est-ce Kuon s’amuse

Le jeu est vendu comme un Tactical-RPG et un Visual Novel, mais le considérer comme un T-RPG uniquement serait à mon sens une terrible erreur. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Utawarerumono est avant tout un Visual Noval. Comme son nom l'indique, c'est un roman interactif avec un support visuel, une bande sonore et un doublage lors des dialogues. Si UMoD propose des illustrations magnifiques, ainsi qu'un doublage japonais de grande qualité, la partie interactive est plus que limitée. La majorité du temps, vous serez en train de lire et d'écouter les très nombreux dialogues entre les différents personnages et dieu sait qu'ils sont extrêmement loquaces. Contrairement à la plupart des VN, Utawarerumono ne propose pas de choix : le joueur n'a aucun pouvoir de décision quant au déroulement de l'histoire. Enfin, presque : on peut parfois choisir entre plusieurs options quant à l'ordre des scènes que vous pourrez voir. Ces scènes sont nombreuses et sont majoritairement là pour montrer les différentes interactions entre les personnages de l'histoire et leurs personnalités respectives.

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Si l'écriture de ces séquences est plutôt bien exécutée, leurs longueurs et leurs nombres font que l'intrigue principale avance extrêmement lentement. De plus, ces scènes sont parfois redondantes et insistent lourdement sur tels traits de caractères de tels personnages. Cela donne une impression de déjà vu au joueur, qui assiste à un enchainement de fillers entre chaque bataille. Si vous êtes comme moi et ne zappez aucune scène de dialogues, il faudra compter en heures les séquences de "tranche de vie" entre chaque combat.

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Et puis, on ne va pas se mentir : la majorité de ces scènes, vous les avez déjà vues dans différents animes ou mangas. En outre, elles tapent par moments dans la gratuité.

Par exemple, il arrive qu'Haku trébuche malencontreusement dans la rue et, en tentant de s'agripper à quelque chose pour ne pas tomber, arrache la jupe d'une des nanas. Plus classique encore, le coup des bains chauds où notre protagoniste surprend par un hasard les demoiselles en pleine baignade. La majorité de votre fine équipe étant constitué de personnages féminins (certains parleront de harem), ces scènes ont pour but d'exposer ces dames dans toutes leurs personnalités - et leurs nudités aussi.

Enfin, vous l'aurez compris : la partie t-rpg n'occupera concrètement qu'une très faible partie de votre temps de jeux et c'est bien regrettable parce que le système de combat est plutôt bien foutu et agréable à jouer.

Ceci n'est pas un Fire Emblem

Ce VN n'a qu'une seule route possible et donc qu'une seule fin. Les seules décisions que peut prendre le joueur se font sur le champ de bataille.

Si vous passerez la majorité de votre temps à appuyer sur croix pour faire défiler les innombrables lignes de textes, le jeu entre dans une phase totalement différente dès que l'action pointe le bout de son nez. Exit les magnifiques background et les portraits de personnages classiques aux genre du VN pour laisser place à une carte en 3D isométrique sur laquelle vont s'affronter Haku et sa bande contre divers monstres et brigands. Si le début de ce Mask of Deception est un peu chiche en matière de baston, les choses se pimentent passée la première moitié du jeu.

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Tel un Final Fantasy Tactics, chaque unité agit à son tour et l'ordre des tours est déterminé par la vitesse du personnage. C'est-à-dire qu'un personnage avec un haut score de vitesse se verra avant les autres. L'exception qui confirme la règle et auquel le joueur devra être très attentif, c'est la jauge de zèle.

Celle-ci est affichée sous les points de vies d'un perso et lorsqu'elle est pleine, l'unité peut agir immédiatement, bénéfice d'un boost d'attaque ainsi que de défense et est purgé de tout effet de statut néfaste. Frapper et recevoir des coups augmentent cette fameuse jauge, tandis que certaines techniques nécessitent du zèle. Autant vous dire qu'il faut faire particulièrement attention à la jauge de zèle des boss : vous n'avez pas envie qu'ils passent en état de grâce alors que vous n'y êtes pas préparés, sous peine de voir vos personnages un peu fragiles se faire réduire en bouillie.

Autre paramètre à prendre en compte lors des batailles, le terrain. Contrairement à pas mal de tacticals, Mask of Deception propose des environnements variés et quelques-uns possèdent une certaine verticalité ou des obstacles à franchir sur le champs de bataille. Chaque personnage a une valeur de mouvement et de saut qu'il faudra prendre en compte dans votre stratégie : un personnage pourra difficilement attaquer un ennemi en hauteur et les personnages avec une haute valeur de saut auront plus d'aisance pour traverser la carte. Heureusement, le jeu vous donne la possibilité de prévoir le mouvement du personnage qui se déplace et vous indique combien de tours seraient nécessaires pour que celui-ci atteigne l'endroit désigné. Cette feature est très pratique et devrait être adoptée par tous les tactical-rpg.

Les dégâts ne sont pas influencés par le positionnement de vos unités (sauf pour un personnage, qui bénéficie de 20% dégâts supplémentaires lors des attaques de dos, mais c'est un passif qui lui est propre), en revanche il faudra faire attention à l'affinité élémentaire de chaque combattant.

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Chaque personnage est lié à un élément (sauf Haku, le personnage principal qui est neutre) : selon l'élément, vous aurez un avantage de dégâts et de résistance contre un autre élément. Par exemple, un personnage d'élément eau aura un avantage contre les personnages d'élément feu et un désavantage contre les adversaires d'élément terre, etc.

Utawarerumono : Mask of Deception intègre également un élément de gameplay que je n'avais pas vu dans un tactical depuis Gladius (Electronic Arts, PS2/Gamecube) : une mécanique de coups critiques non basée sur la chance. Il faudra appuyer au bon moment lors de l'attaque de vos personnages (ou maintenir le bouton lors de l'incantation d'un sort) pour bénéficier d'un coup critique. C'est pas mal, car cela rajoute un poil de dynamisme pendant l'animation des attaques, qui peuvent être assez longues, car celles-ci peuvent être successives ; en gagnant des niveaux, vos personnages ajoutent de nouvelles attaques à leurs techniques pour constituer une série d'attaques ou de sorts lorsque vous choisissez d'exécuter une action.

Concernant la progression des personnages, s'ils gagnent automatiquement des statistiques et des capacités (passives ou actives) à chaque montée en niveau, le joueur peut librement attribuer des points de caractéristiques bonus. Et s'il n'y a pas de gestion d'armes et d'armures, vous avez la possibilité d'assigner des parchemins qui confèrent de nouvelles aptitudes à des personnages (tel que par exemple un parchemin de blocage, qui vous donnera la possibilité de réduire les dégâts subis en appuyant sur X au bon moment lorsque votre personnage reçoit un coup) ou des codex qui confèrent des bonus passifs plus ou moins puissants.

Vous l'aurez sans doute deviné : si je n'ai toujours pas évoqué de classes ou de jobs, c'est parce qu'il n'y a rien de tel dans Utawarerumono. Chaque personnage qui rejoint votre équipe est unique et a son propre set de techniques et de compétences, avec ses forces et ses faiblesses. Durant les batailles, vous serez limité au déploiement de 8 unités maximum, la participation de certains personnages étant obligatoire pour certaines missions, mais le reste dépendant de votre bon vouloir. C'est à vous de choisir la bonne composition de vos forces pour remporter la victoire.

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La difficulté est loin d'être insurmontable et un personnage qui est réduit à 0 points de vie en mission n'est pas mort définitivement. Il n'y a pas non plus de grind obligatoire, comme dans Disgaea par exemple, car les batailles sont plutôt faciles une fois qu'on a saisi les différents mécanismes et l'expérience en fin de combat est assez généreuse. Vous ne serez donc absolument pas contraint de devoir rejouer les missions en boucle pour gagner des niveaux , d'ailleurs, les missions rejouées ne donnent pas énormément d'expérience. Toutefois, il est intéressant de noter qu'on peut rejouer les différentes batailles de l'histoire dans une difficulté plus élevée.

Bilan Mitigé

Mélange de genres comme son aîné d'il y a 15 ans, Utawarerumono : Mask of Deception est une de ces curiosités typiques de l'île nippone. Un visual novel et un tactical qui nous embarque dans un univers dépaysant et unique, enrobé avec des illustrations de grande qualité et un doublage japonais plutôt convaincant. Mais si la partie tactique est vraiment intéressante, on regrettera la lourdeur et la lenteur de la narration ; le temps que l'intrigue décolle véritablement, l'amateur de T-RPG aura vite fait de décrocher. On regrettera aussi qu'on ne puisse pas prendre de décisions durant la partie Visual Novel, qu'il n'y ait aucun choix durant les dialogues et que malgré le nombre de jeunes femmes qui accompagnent Haku dans son aventure, le jeu ne s'aventure à aucun moment dans le dating sim. De plus, sans vouloir trop en dévoiler, l'histoire devient vraiment prenante et on regrette qu'elle ne se termine pas du tout à la fin du jeu, celle-ci continuant dans le prochain opus. Au final, le véritable problème de ce Mask of Deception est qu'il est plus un chapitre introductif pour le jeu à suivre, Mask of Truth, qui sortira en septembre. Le jeu souffre véritablement d'être un épisode entre deux au niveau de la grande intrigue ainsi que des problèmes de rythme au niveau de la narration.

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Au-delà de ça, il reste un Visual Novel plutôt du haut du panier, magnifique par ses illustrations avec un système de combat solide. Par contre, graphiquement les combats sont tout juste au niveau de la Vita ; sans être hideux, ce n’est clairement pas très impressionnant. Malgré les problèmes que j'ai relevés dans l'écriture, l'univers est tout de même attractif. Le jeu a le bon goût de mettre à votre disposition un glossaire dans lequel se trouvent toutes les informations utiles sur les personnages, les combats et l'empire de Yamato ; même si vous vous sentez perdu vous pourrez à tout moment le consulter. J'aurais beaucoup de mal à conseiller cet Utawarerumono : Mask of Deception aux non-initiés, mais si vous aimez ce genre de jeux ou que vous êtes fan de l'anime, ce jeu s'adresse à vous.

 Test réalisé par Sance à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Source : http://atlus.com/uta/deception/home.html

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