Neo Retro : Utawarerumono: Prelude to the Fallen

Après les épisodes Mask of Deception et Mask of Truth, la licence de visual novels (romans graphiques) japonais Utawarerumono nous revient sur PlayStation 4 et PlayStation Vita avec le remaster de celui qui a lancé la série il y a 18 ans de cela, nommé pour l’occasion Utawarerumono: Prelude to the Fallen. Longtemps une des références de ce que l’on pourrait appeler les visual novels hybrides, ce jeu sorti initialement sur PC et PlayStation 2 a profité d’un petit lifting pour notre plus grand bonheur.

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Sortez les madeleines

Il fut un temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas, durant lequel le visual novel était un genre roi sur PC au Japon. Depuis une petite dizaine d’années, le spectre s’est élargi et Steam a pris énormément d’ampleur, mais avant cela, jouer sur PC au pays du soleil levant signifiait généralement jouer à ces romans graphiques, parfois érotiques, sur lesquels on pouvait passer des dizaines d’heures tant les contenus pouvaient être denses. Genre méconnu du grand public occidental jusque très récemment, certains titres ont tout de même réussi à se faire une petite place chez nous au début des années 2000, notamment grâce aux traductions réalisées par des amateurs frustrés de devoir attendre une sortie en Occident qui n’arriverait probablement jamais. C’est ainsi que des jeux comme Clannad, Little Busters, Narcissu ou encore les Muv-Luv ont réussi à sortir du lot des années avant qu’ils ne soient officiellement traduits et édités sur Steam.

Parmi la longue liste de jeux ayant pu se frayer un chemin jusque chez nous à la grande époque des traductions de fans, on retrouve celui qui nous intéresse aujourd’hui et qui fut longtemps une des références d’un sous-genre que l’on pourrait qualifier de visual novel hybride : Utawarerumono. Développé par le studio Leaf à qui l’on doit des séries populaires au Japon comme To Heart, White Album ou Tears to Tiara, Utawarerumono s’est d’abord illustré sur PC en 2002 dans une version érotique, pour ensuite être édulcoré afin de se faire une place sur PlayStation 2 en 2006 puis sur PSP en 2009. Licence quelque peu oubliée, elle est revenue sur le devant de la scène en 2015 grâce à un tout nouvel épisode nommé Itsuwari no Kamen et qui est le premier à officiellement atteindre nos contrées sur PlayStation 4 en 2017 sous le nom Utawarerumono : Mask of Deception. Suit la même année le dernier épisode Mask of Truth qui boucle l’histoire 15 ans après avoir débuté. Seulement voilà, les deux derniers épisodes se sont peut-être bien vendus, il n’en reste pas moins vrai que le premier n’était toujours pas disponible chez nous, ce qui n’avait pas beaucoup de sens puisque cela reste une trilogie. C’est maintenant chose faite, puisque le studio Leaf a eu la bonne idée de donner un coup de jeune à ce jeu qui fêtera bientôt ses 20 bougies et auquel est affublé pour l'occasion le doux nom de Prelude to the Fallen afin qu’il s’imbrique au mieux dans la trilogie. Chose à préciser de suite, les anglophobes seront probablement déçus d’apprendre que la traduction se limite à une version anglaise et les chances de voir arriver une version française gravitent autour de 0. Pour ceux ayant un peu peur de la quantité de texte, sachez tout de même que c’est un anglais globalement très accessible.

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Élixir de jouvence

Comme dit précédemment, Utawarerumono: Prelude to the Fallen est sorti dans sa version originale en 2002 au Japon. Forcément, le ressortir en 2020 sur PlayStation 4 ainsi que sur PlayStation Vita (oui oui, vous avez bien lu) oblige à faire quelques ajustements afin de l’adapter à nos standards actuels. Après 18 ans, autant dire qu’il y avait du boulot et globalement, le studio s’en est bien sorti. Les illustrations sont joliment retravaillées tout comme les portraits, l’interface a été modernisée, les modèles 3D des batailles ont été affinés et adaptés afin de correspondre à ceux des épisodes Mask of Deception et Mask of Truth et ils ont même remasterisé les thèmes musicaux tout en ajoutant des morceaux issus des deux autres jeux. Pas d’inquiétudes pour les fans, le scénario n’a pas été touché et reste le même qu’à l’époque, ou du moins le même que la version tout public. Dans les options, rien à signaler si ce n’est que vous pouvez passer de la bande-son remasterisée à celle d’origine à la volée.

Petite comparaison entre la version de 2002 et le remaster :

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Ainsi, ce remaster remplit le contrat et s’intègre parfaitement au reste de la trilogie. On aurait pu espérer un peu plus et on peut regretter le fait qu’ils aient dû rogner les illustrations d’origine pour obtenir le format 16:9 de nos écrans actuels, mais difficile de faire autrement et pousser le remaster plus loin aurait probablement irrité les fans plus qu’autre chose. Quoi qu'il en soit, la trilogie est enfin homogène et entièrement disponible chez nous et ça c'est une excellente nouvelle.

 

30 millions d’amis

Pour résumer l’histoire sans trop en dire, vous jouez le rôle de Hakuowlo (oui, ce n’est pas Hakuoro), un homme amnésique ayant la particularité de porter un masque impossible à retirer. Recueilli dans un village isolé et peuplé d’individus tout aussi étranges avec leurs oreilles et queues d’animaux, il s'intègre petit à petit à cette grande famille pour devenir, grâce à ses vastes connaissances dont lui-même ne connaît pas l’origine, le conseiller du village que l'on consulte pour chaque grande décision. Tout se déroule dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où un drame pousse le village à prendre les armes et à combattre dans une guerre qui dépasse amplement ses frontières et qui fait de notre héros un grand stratège militaire.

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Le monde de ce Utawarerumono n'est peut-être pas très original et ne bousculera pas vos habitudes, mais il a le mérite d'être cohérent et c'est déjà pas mal quand on prend en compte la complexité de l'histoire. On est face à du médiéval-fantastique japonais assez classique, mais auquel on a ajouté un petit brin de folie avec des humanoïdes aux caractéristiques animales comme des oreilles de chiens, des ailes d’oiseaux, des griffes de félins, etc. Au-delà du fait que cela permet de différencier chaque habitant de chaque région, cela leur confère aussi des attributs qui déterminent la manière dont ils sont perçus. Par exemple, ceux qui ont des caractéristiques de chiens sont souvent plus dociles et aiment vivre en groupe alors que ceux qui possèdent des attributs de rapaces sont réputés pour leurs talents au combat, leur bravoure et leur honneur. Quant à ceux possédant des caractéristiques de félins, ils sont généralement plus sauvages et forts, etc. Chaque race a ainsi ses propres caractéristiques que vous retrouvez dans les comportements des divers individus que vous rencontrez. Et vous allez en faire des rencontres, car s’il y a bien un point sur lequel Utawarerumono n’est pas avare, c’est sur le nombre de personnages que l’on côtoie tout au long de l’aventure. Tactical RPG oblige, vous en recrutez de plus en plus au fil du temps jusqu’à arriver à un stade où dans beaucoup d’autres jeux, ils se retrouveraient noyés dans la masse sans possibilité de s’exprimer pour que l’on ait l’envie de s’y attacher. Par chance, ici ce n’est pas le cas et les auteurs ont su savamment doser le nombre de personnages pour qu’ils aient tous l’opportunité de nous en apprendre davantage sur eux et sur leurs motivations. Même les ennemis sont traités avec un minimum d’égard et tous ne sont pas mauvais, même si certains restent clairement des clichés de dictateurs, ne nous voilons pas la face. C’est ainsi que l’on prend plaisir à suivre la jeune Aruru et son partenaire poilu, la fière Touka, l’indomptable Karulau ou encore le noble Benawi et son second Kurou. Tous sont différents, tous ont un passif, une raison de se battre et de suivre Hakuowlo dans une guerre qui mêle la géopolitique aux drames plus intimistes tout en distillant des moments de « légèreté et d’insouciance ».

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C’est là toute la réussite du scénario de ce Utawarerumono. Mature et passionnant tout en sachant éviter de tomber dans la tragédie, il nous fait voyager dans un monde cohérent abritant des individualités marquées et attachantes. Difficile de ne pas se laisser porter par l’histoire, même si cela ne plaira pas à tout le monde. Déjà, le fait qu’il soit uniquement en anglais n'aidera pas à le rendre populaire chez nous tout comme les petites cicatrices qui témoignent de l’époque où le jeu était encore interdit aux moins de 18 ans avec son casting féminin étrangement très admiratif et intéressé par Hakuowlo au grand dam des compagnons de sexe masculin. Malgré tout, on ne peut que féliciter Suga Munemitsu d’avoir accouché d’un tel univers, qui n’a pas à rougir de bien des romans de fantasy populaires.

Pion prend cavalier en E3

J’en parlais plus tôt, Utawarerumono fut pendant longtemps une référence de ce que j’appelle les visual novels hybrides, mais qu’est-ce donc ? Eh bien, contrairement à la plupart des jeux du genre, qui se contentent de raconter des histoires et d’éventuellement donner quelques choix aux joueurs, le visual novel hybride ajoute une couche de gameplay supplémentaire issue d’un autre genre vidéoludique. C’est ainsi que l’on a vu débarquer des visual novels intégrant des phases de point & click, qui ont servi de base pour les jeux d’enquêtes, ou des phases de gestion voire, comme c’est le cas pour Utawarerumono, une partie Tactical RPG. Alors, ne vous attendez pas à un miracle : c'est rarement aussi profond que les références des genres auxquels ils empruntent ces éléments, mais cela ajoute suffisamment d’intérêt à l’ensemble pour justifier leurs présences et devenir de véritables atouts.

Comme dit au-dessus, Utawarerumono contient donc une partie Tactical RPG (T-RPG), qui se traduit par des batailles disséminées tout au long du jeu afin de faire avancer le scénario. Ici, pas de cartes, pas de choix de batailles à mener, pas de marchands, pas de longues listes de compétences ou encore de gestion complexe du terrain. On est vraiment face à ce qui se fait de plus simple avec juste deux ou trois subtilités pour donner un peu de consistance à l'ensemble. Dit comme ça, ça peut laisser perplexe, mais n’ayez crainte, les batailles valent le coup d’être jouées et certaines d’entre elles risquent même de vous donner du fil à retordre.

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Comme tout T-RPG qui se respecte, chaque bataille commence par le choix des personnages que vous utilisez. Ces personnages, vous pouvez leur donner deux consommables parmi la panoplie classique d’objets de soin et les équiper d’un accessoire afin d’améliorer leurs attributs ou obtenir une compétence supplémentaire, comme par exemple une bague qui donne la possibilité de lancer un sort de feu. Cela fait, il est temps de commencer la bataille. Là encore, on reste en monde connu avec le système à damier sur lequel chaque participant occupe une case et chaque camp joue ses « pions » lorsque c’est son tour. On ne peut pas dire que vous serez bousculés et ce n’est pas l’éternel pierre-feuille-ciseaux pour déterminer le rapport de force en combat ou le choix du positionnement dans le dos ou sur le côté pour maximiser les dégâts qui prouveront le contraire. Non, c’est plus du côté des petites subtilités qu’il faut regarder et si elles ne sont pas nombreuses, elles ont au moins le mérite d’apporter un peu de fraîcheur.

En dehors des soigneurs, des mages et de quelques accessoires spécifiques, il n’y a pas de compétences à lancer, juste l’attaque de base sauf qu’elle n’est pas si basique que cela. En effet, les développeurs ont profité de ce remaster pour intégrer le système de Chain Attacks présent dans les deux jeux suivants. Comment cela fonctionne ? C’est assez simple : lorsque vous lancez une attaque (ou un soin), une séquence de QTE se met en place durant laquelle vous devez appuyer sur un bouton en respectant un timing précis afin de créer un combo. Si vous réussissez, le combo continue et plus vous progressez, plus vous pouvez continuer la chaîne jusqu’au coup final qui se nomme très simplement Final Strike et qui se traduit par une attaque spéciale très puissante. Seulement voilà, arriver au bout de la chaîne n’est pas gratuit et c’est là qu’intervient la seconde subtilité : la barre de zeal. Cette dernière sert de ressource à toute compétence spéciale et pour la remplir, il faut attaquer ou soigner et de préférence en accomplissant le combo le plus long possible. Mais attention, lorsqu’elle atteint 100%, le simple fait de débuter un combo la consomme entièrement pour en augmenter les dégâts, ce qui vous oblige souvent à l’annuler afin de préserver cette ressource et de l’utiliser à bon escient sur un ennemi puissant, car si remplir la jauge n'est pas compliqué, cela prend du temps et vous y arriverez rarement plus de deux ou trois fois par bataille et par personnage. Toutefois, vous pouvez aussi décider d’utiliser votre barre de zeal pour la troisième subtilité : les actions combinées ou plus exactement les Co-op Chain. Comme son nom l’indique, il s’agit de compétences impliquant deux personnages se trouvant dans un rayon limité et dont l’activation lance, tout comme Final Strike, une compétence surpuissante.

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Quant à la progression des personnages, elle reste très classique et sommaire. Chaque action fait gagner de l’expérience, qui fait augmenter le niveau du personnage, débloquant de nouvelles compétences de soin, des sorts ou allonger le combo de Chain Attacks. De plus, chaque personnage a aussi droit à son lot d’aptitudes passives lui permettant de contrer les attaques ennemies, de résister à certains types de dégâts, d’augmenter l’esquive, etc. Rien de transcendant, mais cela permet de rendre uniques vos combattants. En fin de bataille, vos personnages obtiennent un gain en expérience, mais aussi des Battle Points ou BP que vous pouvez dépenser afin d’augmenter leurs statistiques parmi la force, la défense physique et la défense magique.

On ne va certainement pas s’amuser à comparer le gameplay d’Utawarerumono: Prelude to the Fallen à celui d’un Fire Emblem et encore moins d’un Disgaea, ce serait presque insultant pour ces deux derniers. Malgré tout, nous ne sommes pas face à une partie T-RPG dénuée d’intérêt. Certes, les mécaniques restent simplistes et peu nombreuses, mais cela ne la rend pas facile et superflue pour autant. Au contraire, le nombre limité de mécaniques a pour conséquence de pousser le joueur à bien étudier les possibilités qui s'offrent à lui, à bien gérer ses déplacements et à ne surtout pas sous-estimer l’ennemi sous peine de perdre un personnage (rien de définitif, soyez rassurés). En effet, si les premières batailles sont faciles, elles se complexifient avec le temps et peuvent s'avérer assez ardues pour vous obliger à faire attention à vos ressources et à bien réfléchir avant d’agir. De plus, si vous êtes en recherche d’un peu plus de challenge, vous pouvez toujours choisir le mode de difficulté plus élevé en début de chaque bataille.

La Vérité vraie

Bon, soyons clairs : lorsque j’ai pris en charge le test d'Utawarerumono: Prelude to the Fallen, ce n’était pas sans avoir un certain affect envers sa version originale. Forcément, cela joue sur mon rapport à ce remaster et je ne vais pas vous certifier sur l’honneur que ma conclusion sera d’une objectivité sans faille. Malgré tout, pour quelqu’un ayant eu la chance d’y jouer il y a 18 ans de cela, ce remaster était inespéré et c’est un véritable plaisir de pouvoir enfin l’apprécier dans des conditions plus actuelles et donc plus confortables. Le jeu n’est pas dénué de défauts ou de points pouvant diviser comme le rythme un peu lent, qui peut s’amplifier en fonction de la vitesse de lecture de chacun, la partie T-RPG qui ne satisfera probablement pas les spécialistes du genre ou encore le fait qu’il n’y ait pas de choix narratifs proposés aux joueurs, mais cela reste une histoire captivante, rythmée par des personnages attachants et parsemée de batailles, certes pas au niveau des références du T-RPG, mais qui s’en sortent très bien et s’intègrent parfaitement au reste de l’aventure.

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Est-ce que je vous conseille ce jeu ? Plutôt deux fois qu’une, que ce soit pour découvrir la licence ou pour comprendre d’où elle vient. Seulement voilà, c’était bien trop beau pour s’arrêter là. En faisant un tour sur le PlayStation Store, il s’avère que le jeu est vendu 59,99€ dans sa version PlayStation 4 et ça, c’est probablement un énorme frein pour passer le cap, surtout pour les nouveaux joueurs qui souhaiteraient découvrir la licence. Je suis la première personne à soutenir le fait qu’un remaster mérite aussi d’être vendu à un prix correct, qu’il y a des gens derrière et qu’un petit studio peut encore moins se permettre de proposer un tel jeu à petit prix, mais je peux difficilement soutenir sans sourciller que ça vaut une telle somme, surtout quand Mask of Deception et Mask of Truth sont vendus 29,99€ chacun et même 49,99€ pour le bundle comprenant les deux jeux. Vous pourrez certainement trouver le jeu moins cher dans le commerce, mais je ne doute pas que cela rebutera certains joueurs, qui préféreront dépenser cet argent dans un jeu plus ambitieux. Au pire, il reste la version Vita vendue 39,99€, ce qui est tout de suite bien plus raisonnable, mais j'ai comme le sentiment que peu d'entre vous seront concernés par cette dernière.

Test réalisé par Lianai sur PlayStation 4 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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