Test de Mega Man Star Force Legacy Collection: le même en différent

Mega Man Star Force Legacy Collection rassemble les trois versions de Mega Man Star Force: Pegasus, Leo, et Dragon (sortis fin 2007 sur Nintendo DS en Europe); les deux versions de Star Force 2: Zerker X Ninja et Zerker X Saurian (sortis fin 2008) et les deux versions de Star Force 3: Black Ace et Red Joker (jamais sortis en Europe). Cette compilation sort le 27 mars sur PlayStations 4 et 5 Nintendo Switch, Xbox One, Xbox Series X|S et Steam.

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Il était une fois ... Un nouveau jeu Mega Man, sorti sur une nouvelle console Nintendo. C'est le premier d'une nouvelle série, après un saut dans le futur par rapport à la série existante. Si le gameplay reste relativement similaire, on profite de la puissance accrue de cette nouvelle console pour apporter des améliorations au moteur de jeu. Un nouveau protagoniste, au design similaire à l'ancien, est accompagné d'un casting d'alliés et d'adversaires qui, pour être visuellement nouveaux, n'en sont pas moins familiers dans leur personnalité : tous les ingrédients de la série précédente sont là, même certains ont été réassemblés différemment.
Certains ennemis ont été redesignés et, pour ceux qui n'ont pas fait le voyage, il est assez facile de trouver des équivalents. En bref: les changements sont sur le fond, pas dans la forme.
Vous l'aurez compris, ils nous ont refaits ici le coup du passage de la série Mega Man à la série Mega Man X.

La série se déroule dans les années deux mille deux cents, dans un monde où la science a fait évoluer l'infrastructure d'internet au point qu'elle est désormais 100% sans fil (comprenez par-là que plus aucune connections ne passent par l'ADSL ou la fibre optique, mais uniquement par les "ondes électromagnétiques" (ou EM)).
Non seulement ça, mais en plus ce prodige se permet une couverture globale avec seulement trois satellites : Pegasus, Leo et Dragon. (Oui, comme les différentes versions du premier jeu : c'est surement une coïncidence.) Blague à part, ça fait partie de l'univers de la série, il faut juste l'accepter et passer à la suite. Et Battle Network (abrégé en "BN" dans la suite de cette critique) a fait pire (mention spéciale à l'astéroïde dans Red Sun/Blue Moon) dans le genre.

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On y incarne Geo Stellar, jeune ado vivant à Echo Ridge avec sa mère. Traumatisé par la disparition de son père astronaute, Geo s'isole et ne va plus à l'école, passant ses soirées à observer les étoiles dans l'espoir de le retrouver. Un jour, un ancien collègue de son père lui offre une paire de lunettes qui permettent de voir les ondes électromagnétiques. Cela l'amène à faire la rencontre d'Omega-Xis (Mega de son p'tit nom), une forme de vie extraterrestre dont le corps est composé d'ondes EM et qui peut donc interagir avec l'internet terrien. Il n'est pas le seul extraterrestre arrivé sur Terre et lorsque les autres commencent à posséder des innocents, Omega propose à Geo de faire la même chose : fusionner avec lui pour les affronter à armes égales. Ils deviennent donc Mega Man, héros malgré lui au nom improvisé.

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Leur relation est sans doute la mieux écrite du jeu. Au début du (premier) jeu, Geo est assez réservé, n'agit généralement qu'à contrecœur (et pour dire les choses clairement : n'a sans doute pas encore fait le deuil de son père dans le premier jeu), mais c'est aussi lui qui est aux commandes de leur forme fusionnée de Mega Man.
De son côté, Mega est impulsif, bad boy et se préoccupe assez peu de détails comme la loi, la morale ou l'éthique. Il manipule Geo avec sa façon biaisée de présenter les choses: "On peut faire quelque chose de stupide et/ou dangereux et/ou illégal pour sauver tes pas-encore-amis de la situation dans laquelle ils se sont fourrés ! ... Ou on peut rester là et les regarder en subir les conséquences." et lui fait miroiter des informations sur son père, qu'il semble connaître, pour l'amener à coopérer.

Cela contraste d'autant plus avec l'écriture des personnages secondaires qui, eux, sont plats, à la limite de la caricature, et se limitent à un trait de caractère, deux au mieux : Bud est gros et ne pense qu'à manger; Zack est un je-sais-tout complexé par sa petite taille; le vendeur de Cartes est un surfeur et ainsi de suite.

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Une autre chose qui fait partie de l'univers de ces jeux, c'est le Brother Band : c'est ainsi que les jeux appellent le fait de s'ajouter mutuellement en amis sur l'unique réseau social existant, qui sert un peu à tout et à tout le monde. Dans l'univers, avoir des Brothers rapporte des points, ce qui amène des bénéfices. Par exemple, posséder assez de points permet d'avoir un meilleur fauteuil au cinéma.

Cependant, il me semble que c'est surtout quelque chose qui a d'abord été pensé en tant que mécanique de jeu - surtout dans le contexte du premier jeu, avec un personnage principal renfermé et solitaire. Ou si ledit jeu à une composante multijoueur locale, *clin d'œil* - avant de réfléchir à comment le justifier dans les jeux. J'en veux pour preuve que chaque PNJ étant sur ce réseau social affiche ses cartes de combat favorites sur sa page d'accueil : c'est comme si nous, dans la vraie vie, on s'étaient tous spontanément mis d'accord sur le fait que la chose le plus importante, partout sur le net, c'était d'afficher notre antivirus favoris.

Si la parenté des jeux avec la série BN est indéniable, il faut pourtant commencer par réapprendre tout le vocabulaire des jeux : adieu les champs lexicaux de l'internet et de l'informatique en général, maintenant tout tourne autour des "ondes" (waves) ; à la place de PNJs "Mr Prog", il y a des "Mr Hertz"; on utilise plus des Puces, mais des Cartes en combats et ainsi de suite. Graphiquement ensuite, cette nouvelle version d'internet vient se superposer au monde réel à la manière d'un calque, ce qui donne un effet visuel intéressant, en plus de remplacer les backgrounds simplistes qu'on avait avant.

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Les plus gros changements cependant concernent le système de combat. En premier lieu, il y a la perspective : à la place des sprites en 2D vus de côté, on a des modèles 3D vus de dos. Il y a ensuite la suppression du code alphabétique des Cartes de combat. Le nouveau système qui le remplace est beaucoup moins restrictif à l'usage, mais peut-être aussi moins intéressant côté stratégie : il n'est plus nécessaire (ou possible ?) de se composer un dossier de combat autour d'une ou plusieurs cartes intéressantes, possédant un code en commun. Il est définitivement moins intéressant d'un point de vue de game design, par contre : il n'est plus possible d'offrir en récompense de quête (ou dans un coffre) une carte commune, mais ayant un code alternatif rare.

Viennent ensuite des options de qualité de vie. Le verrouillage tout d'abord : sur commande, un réticule de visée apparait sur un ennemi soit dans votre colonne, soit en diagonale par rapport à vous : Méga Man se téléporte à la position optimale avant d'utiliser une carte de combat sur un ennemi ainsi visé. C'est particulièrement pratique avec les cartes de corps à corps, pour lesquelles il va à l'ennemi si ce dernier ne vient pas se mettre à sa portée. Il y a aussi une option de défense, le bouclier, qui compense la perte de mobilité : dans BN, on avait un carré de neuf cases pour esquiver. Ici, on est limité à une seule ligne de trois cases. Enfin, plus besoin de marteler le bouton de tir pour mitrailler l'ennemi, le maintenir appuyé suffit.
De tels changements interviennent aussi, de façon plus anecdotique, dans les effets des certaines Cartes de combat. Par exemple, les cartes de lancer de bombes avaient une portée fixe ; maintenant leur portée s'adapte automatiquement tant que la cible est dans la même colonne que vous.

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Mis bout à bout, tous ces changements peuvent sembler simplifier les combats, sur le papier au moins. Mais ce n'est pas réellement le cas : à l'usage, on se rend surtout compte que ça accompagne la transition vers des combats plus orientés action et au rythme plus rapide.

Concrètement, on reste très proche de la série précédente, avec son alternance de phases d'exploration et de phases de donjon, et son format presque épisodique.
Le premier jeu en particulier, quelle que soit la version jouée, a beaucoup en commun avec BN 1: on sent dans les deux titres ont une finition assez rêche, avec quelques lourdeurs dans le gameplay et une difficulté supérieure aux autres opus. Et dans les deux cas, la plupart des points de frictions ont été résolus à l'épisode suivant. Autre symptôme de simplification, on est ici limité à une seule quête secondaire à la fois. Pas possible d'en commencer plusieurs en même temps, il faut terminer la précédente avant. Le résultat c'est qu'on fait de (trop !) nombreux allers-retours entre le net et la vraie vie, surtout que les quêtes se débloquent par lots. C'est là un vrai point faible, en particulier quand une seule quête demande déjà beaucoup de trajets : il faut 1) trouver sur le net quelqu'un qui ait un problème. 2) aller le voir dans la vraie vie. 3) résoudre son problème, parfois en retournant sur le net. 4) retourner lui faire son rapport. 5) répéter les étapes 1 à 4 pour les autres quêtes du lot.

Pour autant, le travail de portage est lui complètement bluffant, comme d'habitude. Les jeux sont sortis à l'origine sur une console à deux écrans : l'exploration a lieu sur un écran et les combats sur l'autre. Le portage ne réalise ici rien de moins qu'un tour de force : comme vu sur les captures qui illustrent cette critique, le réglage par défaut affiche les deux écrans. Ce qui n'est pas évident dans ses captures, c'est que l'écran mis en avant change à la volée en fonction de vos actions, de façon tellement fluide qu'on n'y prête pas attention.

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En dehors des jeux, on retrouve les mêmes à-côtés que les Legacy Collections précédentes : une galerie d'artwork, un mode jukebox, la possibilité d'utiliser le net pour les interactions qui étaient à l'époque limitées au multijoueur local sans fil ... Et, bien entendu, le contenu optionnel comme les collaboration avec Battle Network ou Lunar Knights (la suite spirituelle de Boktai) et plus encore.
Il y a aussi plus d'options de qualité de vie que jamais, des divers filtres pour lisser les graphiques aux modes d'affichage alternatifs (y compris une qui utilise votre écran en mode vertical pour simuler la DS: pratique sur Switch en mode portable, sans doute moins sur téléviseurs) en passant par une page entière d'options pour configurer la difficulté à votre goût.

En conclusion, mon avis sur cette compilation est mitigé. Si le travail sur la compilation en elle-même est impeccable, que ce soit sur la question du contenu ou sur la technique (tout juste y a-t-il un léger ralentissement de temps à autre lors de l'exploration), je ne suis personnellement pas sûr d'apprécier la série Star Force.
C'est plus de BN, certes, et ça devrait être une bonne chose ; mais c'est un BN différent, juste assez changé pour qu'on remarque les différences, à la complexité nivelée vers le bas. Or, c'est précisément cette complexité dans les systèmes qui m'attirait dans BN et je trouve que ces jeux ont été trop loin dans la simplification des mécaniques. On peut aussi reprocher à la série un manque de cohérence : non seulement elle change d'antagoniste à chaque épisode, mais certains éléments de gameplay varient d'un jeu à l'autre (comme les lunettes de Geo, qui soudainement, au troisième épisode, rendent les gens invisibles) un peu comme si la série se cherchait encore une identité.

Tout ceci est valable à l'échelle de la série, cependant. Pris individuellement, les jeux restent objectivement réussis : la durée de vie est là -- surtout si on veut jouer à toutes les versions de chaque jeu --, le challenge aussi (peut-être même un peu trop dans le premier d'ailleurs). Je ne doute pas que la compilation trouvera un public, quoique peut-être plus facilement chez les fans de jeux d'actions que chez ceux de RPGs, et si je le recommanderais aux gens qui ont joué à Battle Network Legacy Collection, c'est plus à titre de curiosité que de must-play cependant.

Comme c'est sans doute le dernier Legacy Collection (car je ne crois qu'à moitié à un Legends Legacy Collection), il faut enfin saluer l'effort qu'a fait Capcom en portant la majeure partie de la ludothèque du Blue Bomber sur les supports modernes. Des deux Mega Man Legacy Collection à ce titre, ce n'est pas moins de 41 jeux qui sont disponibles sur les consoles actuelles.

Test réalisé sur Switch par Alenn Tax grâce à une version fournie par l'éditeur.

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Plateformes Nintendo Switch, PlayStation 4, PlayStation 5, Windows, Xbox One, Xbox Series X|S
Genres Action-RPG, jeu de rôle (rpg), futuriste / science-fiction

Sortie 27 mars 2026 (Windows)
27 mars 2026 (Xbox One)
27 mars 2026 (PlayStation 4)
27 mars 2026 (Nintendo Switch)
27 mars 2026 (PlayStation 5)
27 mars 2026 (Xbox Series X|S)