Test - Nine Sols : du Sekiro-like qui a du Qi
Nine Sols avait attiré notre regard lors de son passage sur le Xbox Game Pass. Le backlog en a décidé autrement, mais sa sortie physique sur PS5 et Switch nous a offert une seconde chance qu'on n'allait pas rater.
Il y a des jeux qui s'installent dans un coin de la tête sans qu'on leur ait vraiment donné leur chance. Nine Sols est de ceux-là. Développé par le studio taïwanais Red Candle Games, connu jusqu'alors pour ses jeux d'horreur narrative (Detention, Devotion), le titre avait fait une apparition remarquée sur le Xbox Game Pass en 2024, suffisamment pour piquer notre curiosité, mais pas suffisamment pour vaincre l'inexorable tyrannie du backlog. C'est finalement la sortie de la version physique sur PlayStation 5 (et Switch), éditée par Fangamer et commercialisée à 45 euros, qui nous a définitivement mis le pied dans le dos. Précisons d'emblée qu'en Europe, c'est la version standard qui a eu droit à ce traitement physique, la version Deluxe restant, elle, une exclusivité des marchés non européens, ce qui est un peu dommage mais ne change pas grand-chose à ce qu'on a sous la manette.
Nine Sols se présente comme un metroidvania 2D à combat exigeant, fortement inspiré par Sekiro : Shadows Die Twice de FromSoftware pour ce qui est de sa philosophie de combat, mais en y greffant un univers visuel et narratif tout à fait personnel. Le jeu nous plonge dans la peau de Yi, un guerrier qui se réveille dans un monde post-apocalyptique appelé New Kunlun, une mégastructure fermée, peuplée d'humains condamnés à végéter sous la domination de neuf seigneurs divins, les fameux "Nine Sols" qui donnent leur nom au titre. L'ambition est claire : proposer une expérience d'action-exploration qui ne se contente pas de singer ses influences, mais les transcende grâce à une identité culturelle forte, ancrée dans la mythologie et la philosophie taoïstes. Mission accomplie, ou presque.
Ce qu'on a aimé
Une direction artistique qui ne ressemble à rien d'autre
Soyons honnêtes : dans un genre aussi encombré que le metroidvania, se démarquer visuellement relève de l'exploit. Nine Sols y parvient avec une aisance déconcertante. Chaque environnement est dessiné à la main dans un style qui mélange avec audace l'esthétique cyberpunk et les codes visuels de l'art asiatique traditionnel, pour quelque chose qu'on pourrait appeler du "Taopunk". Des tubes fluorescents baignent des temples en ruine, des automates mécaniques croisent des créatures inspirées de la mythologie chinoise, et les transitions entre les zones ne ressemblent jamais à un simple changement de palette.
Les séquences de combat contre les boss sont particulièrement saisissantes : elles s'accompagnent de véritables planches en style manga qui transforment chaque affrontement majeur en moment cinématographique. C'est beau, c'est cohérent dans son incohérence apparente, et surtout, ça ne court pas les rues. On a beau chercher des comparaisons, Nine Sols possède une identité visuelle qui lui appartient, et c'est suffisamment rare pour mériter d'être souligné.
Un système de combat qui récompense la patience et la lecture
Si l'on devait résumer le système de combat de Nine Sols en une phrase, ce serait celle-ci : Sekiro, mais avec des talismans explosifs. Le principe de la parade (le fameux parry) est au coeur de l'expérience, mais il serait réducteur de s'arrêter là. Yi dispose en effet de la capacité d'apposer des talismans sur ses ennemis, qu'il peut ensuite faire exploser au moment le plus opportun, souvent dans une fenêtre de contre-attaque qui nécessite de combiner avec précision esquive, parade et déclenchement.
Le résultat est un système qui oscille constamment entre le calcul froid et l'urgence instinctive, qui demande une vraie lecture des patterns adverses, et qui offre un sentiment de maîtrise progressif particulièrement satisfaisant. On ne parade pas juste pour survivre : on parade pour construire une fenêtre d'opportunité, puis on enchaîne avec la précision d'un chirurgien. C'est exigeant, parfois franchement brutal, mais jamais injuste, et la courbe d'apprentissage est bien calibrée pour que chaque victoire sur un boss difficile soit genuinement méritée.
Une narration qui assume son ambition
On ne s'attendait pas à ce que Nine Sols nous touche autant sur le plan narratif. Le jeu construit un univers dense, cohérent et original, avec une intrigue principale qui mêle vengeance, philosophie taoïste et réflexions sur la nature de la vie et de la mort dans un contexte de science-fiction. Mais ce qui retient vraiment l'attention, c'est la relation entre Yi et Shuanshuan, un enfant qu'il recueille et qui devient le coeur émotionnel de l'aventure.
Cette dynamique apporte une dimension humaine inattendue à ce qui aurait pu rester un simple récit de vengeance, et elle est gérée avec une sensibilité et un humour discret qui surprennent régulièrement. Les antagonistes eux-mêmes ne sont pas de simples obstacles : chacun des neuf seigneurs est doté d'une personnalité, d'une histoire et de motivations suffisamment nuancées pour que l'on s'y intéresse vraiment. Le jeu intègre par ailleurs un glossaire in-game qui permet de suivre le lore sans avoir besoin de consulter une encyclopédie externe, et le hub central évolue visuellement au fil de la progression, devenant un repère narratif à part entière.
Une bande-son à la hauteur de l'ambition visuelle
Difficile de parler de l'identité de Nine Sols sans mentionner sa bande-son, qui joue un rôle essentiel dans l'atmosphère générale. Le jeu fait cohabiter des compositions d'opéra chinois traditionnel avec des nappes électroniques et des passages proches de la techno industrielle, et l'ensemble fonctionne remarquablement bien.
Chaque zone possède sa propre signature sonore, les combats de boss sont accompagnés de morceaux qui renforcent l'intensité de l'affrontement, et la musique sait aussi se faire discrète dans les moments d'exploration pour laisser l'ambiance sonore de l'environnement respirer. C'est le genre de bande-son qu'on n'écoute pas passivement : elle participe activement à l'expérience, et on a fini par plusieurs reprises à se retrouver à chercher les playlists sur les plateformes de streaming une fois la manette posée.
Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé
Une navigation parfois approximative
Se perdre dans un metroidvania est souvent une fonctionnalité, pas un bug. Nine Sols joue en partie sur cette logique, et dans l'ensemble, l'exploration est agréable et rythmée par de belles découvertes. Cependant, il faut reconnaître que la progression principale n'est pas toujours évidente à suivre après un boss. Il nous est arrivé à plusieurs reprises de nous retrouver à tourner en rond sans savoir exactement dans quelle direction le jeu voulait qu'on aille, et la carte, si elle est fonctionnelle, ne donne pas toujours les indications nécessaires pour localiser précisément un secret ou un passage manqué.
Cela dit, c'est un défaut relatif : les joueurs aguerris aux Souls-like et à la philosophie "cherche par toi-même" seront en terrain connu. Pour les autres, quelques allers-retours supplémentaires non planifiés sont à prévoir. On a personnellement trouvé ça globalement acceptable, sans que cela ne devienne une vraie source de frustration durable.
Les sections de plateforme, un rôle de figuration assumé
Nine Sols intègre des séquences de plateformes dans son level design, sans pour autant en faire le coeur de l'expérience, et c'est probablement la bonne décision. Ces passages existent, rythment l'exploration, mais ne cherchent pas à rivaliser avec un Super Meat Boy ou un jeu de plateforme pur. Ils font leur travail de transition sans demander de certification en saut de précision.
Si vous cherchez un die-and-retry effréné sur des plateformes mortelles, vous n'êtes pas au bon endroit, et c'est très bien ainsi. En revanche, si vous espériez que ces sections apportent une vraie variété de gameplay, il faut avoir des attentes raisonnables : elles fonctionnent, elles se laissent traverser sans déplaisir, mais elles ne marquent pas les esprits autant que les affrontements.
Ce que l'on a moins aimé
Une fenêtre de timing qui peut user la patience
Le revers de la médaille d'un système de combat aussi précis, c'est qu'il ne pardonne pas grand-chose. La fenêtre pour réussir les parades successives lors de certaines attaques enchaînées est particulièrement serrée, et il faudra s'attendre à mourir beaucoup, souvent, et parfois de façon qui semblera injuste au premier regard avant de réaliser, après le dixième essai, que non, c'était bien notre faute.
Les boss les plus avancés peuvent nécessiter un nombre de tentatives qui testent sérieusement la solidité des manettes et la résistance mentale des joueurs les moins patients. Le jeu inclut heureusement un mode Histoire pour ceux qui souhaitent profiter de la narration sans se soumettre à l'intégralité du défi, ce qui est une décision sage. Mais pour les joueurs qui abordent le mode standard, il faudra accepter que Nine Sols soit un jeu qui demande du respect, de la concentration, et une bonne dose d'humilité.
Des retours aux points de sauvegarde parfois longuets
C'est un défaut classique du genre, mais Nine Sols n'y échappe pas entièrement. Certains retours au point de sauvegarde avant une arène de boss impliquent un trajet et des écrans de chargement qui, à force de répétitions, peuvent légèrement émousser la motivation. Ce n'est jamais rédhibitoire, et la disposition des points de sauvegarde est globalement bien pensée, mais dans quelques cas précis, on aurait apprécié que la checkpoint soit un tout petit peu plus proche de la porte du boss. C'est un détail, mais un détail qui se rappelle à votre souvenir avec insistance quand on est au vingtième essai sur un seigneur particulièrement retors.
Crache ton Qi, Myrhdin
Nine Sols est, sans détour, l'une des plus belles surprises que le genre metroidvania ait produites ces dernières années. Red Candle Games signe un titre qui assume pleinement ses influences tout en construisant quelque chose d'unique sur le plan visuel, sonore et narratif. Le système de combat, exigeant et profond, offre une satisfaction rare à ceux qui acceptent de jouer selon ses règles. L'univers Taopunk, son mélange de mythologie chinoise et de science-fiction cyberpunk, est une direction artistique qui ne ressemble à rien d'autre sur le marché, et c'est déjà une raison suffisante pour s'y intéresser. Avec une vingtaine d'heures pour un premier run et une bonne trentaine pour les completionnistes, le contenu est généreux pour le prix demandé. Quelques petites aspérités sur la navigation et la longueur de certains retours au checkpoint ne changent rien à l'essentiel : Nine Sols est un jeu qui méritait amplement qu'on lui accorde enfin du temps, et on ne regrette pas une seconde d'avoir attendu l'édition physique pour le faire.
Ce test a été réalisé par Myrhdin avec une version physique PS5 EU fournie par le distributeur Fangamer. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le développeur, l'éditeur ou les entreprises les représentant.
Sur le même sujet :
| Plateformes | Nintendo Switch, PlayStation 5, Windows, Xbox Series X|S |
|---|---|
| Genres | Action, aventure et plateforme (metroidvania), plateformes, arts martiaux, asie |
| Sortie |
29 mai 2024 (Windows) 26 novembre 2024 (Nintendo Switch) 26 novembre 2024 (PlayStation 5) 26 novembre 2024 (Xbox Series X|S) |
Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.









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