Test de Star Fox - Un bon remake qui pose question sur Nintendo Switch 2

Remake de l'épisode Lylat Wars sorti sur Nintendo 64, le rail shooter Star Fox signe les retours à la fois d'un genre et d'une licence emprunts de nostalgie sur la console Nintendo Switch 2.

StarFox_08.jpg

Nintendo est un producteur reconnu de madeleine de Proust, l'art d'entretenir la nostalgie au fil des générations de consoles et de joueurs. Et si la licence Star Fox a connu une histoire tumultueuse, elle signe son retour avec un remake de l'épisode le plus marquant, Lylat Wars sorti sur Nintendo 64. Disposant toujours de la boite Lylat Wars accompagnée d'un Rumble Pack, j'ai mangé quelques madeleines au passage. C'est néanmoins le signe que Nintendo et les studios sollicités par la suite n'ont jamais trouvé la recette pour faire évoluer cette licence et son genre, le rail shooter.

La question du rail shooter

Variation du shoot 'em up, le rail shooter invite à suivre un chemin prédéfini avec une liberté de mouvement limitée. Ses origines remontent aux années 1980 avec des titres pionniers comme Tempest (1981, Atari), premier tube shooter en 3D vectorielle, ou Buck Rogers: Planet of Zoom (1982, Sega) utilisant une technique d'un autre temps pour simuler une profondeur. Le genre prend son essor avec Space Harrier (1985, Sega), qui définit les standards du genre : immersion, chemin imposé et gameplay axé sur le score. Ces premiers jeux exploitent les techniques des bornes d’arcade pour créer une illusion de 3D, tout en offrant une expérience simple, intense et rejouable, typique des salles d’arcade.

Les années 1990 marquent l’âge d’or du genre, avec l’arrivée de la 3D polygonale et des innovations majeures. Star Wing (1993, Nintendo) intègre une narration et des graphismes polygonaux grâce à la puce Super FX. Des titres comme Virtua Cop (1994, Sega) ou Panzer Dragoon (1995, Sega) combinent rail shooter et pistolets optiques ou systèmes de verrouillage de cibles, prouvant que le genre peut être à la fois immersif et stratégique. Disponibles sur Nintendo Switch Online, Lylat Wars (1997) améliore en tous points la formule de Star Wing, mais un sommet est atteint à mes yeux avec Sin and Punishment (2000, Treasure) en termes de mise en scène et d'exigence. 

Révolution éphémère pour le genre, Rez (2001, Sega) repose sur le concept que chaque ennemi détruit génère des sons musicaux, transformant le jeu en œuvre artistique. Après un déclin face à l’essor des FPS et à la disparition des arcades, le rail shooter connaît une renaissance relative grâce à la réalité virtuelle, aux remakes et à la scène indépendante. Le genre reste marquant dans l’histoire du jeu vidéo, apprécié pour son accessibilité et son immersion, mais en recherche de têtes d'affiche.

La question de Star Fox 

Après un passage au cinéma, Fox McCloud revient donc sur le devant de la scène avec une ancienne production, Lylat Wars. Missionné par Nintendo, Velan Studios est à la réalisation avec son moteur maison. On est sur un respect de la tradition et du conservatisme, la tradition pour la reprise exacte de chaque séquence de jeu, mais avec une modernité venant des graphismes affichés. On apprécie totalement le spectacle visuel pour de la Nintendo Switch 2, même si l'on peut parfois perdre un peu en lisibilité au coeur de l'action par rapport à la version originale. 

On est donc sur un Fox McCloud aux poils roux magnifiques notamment à travers les nombreuses cinématiques qui approfondissent la narration et les personnages. C'est toute une galerie d'animaux formant l'équipage qui nous accompagne, distinction principale de cet univers. Le classique de 1997 s'affiche comme un jeu moderne et actuel, tout en conservant son gameplay de l'époque relativement basique. Les mouvements sont restreints à bord du vaisseau Arwing, mais suffisamment nerveux pour plonger dans l'action. Les tonneaux sur les côtés permettent d'esquiver, alors qu'une jauge limite considérablement la possibilité de freiner ou d'accélérer. Un looping complète l'ensemble, notamment quand on bascule dans des arènes pour jouer au chat et à la souris. On fait aussi quelques crochets à bord d'un tank et d'un sous-marin pour modifier le gameplay.

StarFox_12.jpg

Si les parties sont courtes, une poignée de minutes pour un niveau et autour d'une heure pour le scénario, c'est que Star Fox mise sur la rejouabilité. Il s'appuie pour cela sur des secrets à révéler, sur trois chemins plus ou moins difficiles à suivre pour atteindre le boss final Andross et surtout sur l'amélioration du score. Il s'agit à la fois d'abattre le plus d'ennemis possibles, mais aussi de soigner la manière pour réaliser des combos dans les explosions groupées. Les bonus améliorant son armement sont particulièrement précieux pour y parvenir, à condition de préserver l'intégrité de son vaisseau pour les conserver et éviter de battre de l'aile. Des défis de missions supplémentaires apportent une pointe de rejouabilité, dans une moindre mesure par contre.

L'accessibilité apparente laisse ensuite la place à une difficulté bien réelle. Il est nécessaire de remplir des conditions précises et exigeantes dans chacun des niveaux pour décrocher une médaille salvatrice, permettant ensuite de débloquer un mode expert modifiant notamment les formations ennemis. Un autre prolongement du jeu se trouve dans son multijoueur, plus particulièrement les matchs en arène. 

Le coopératif dans lequel un joueur pilote et l'autre tire demande une synchronisation poussée et un poil trop frustrante. L'utilisation du mode à la souris -- comme souvent sur Nintendo Switch 2 -- est à éviter. Par contre, cerise sur la madeleine, la manette N64 pour Switch est compatible pour se rapprocher de la prise en main d'époque. 

Conclusion

Le paradoxe de Star Fox est certainement d'être un remake solide d'un classique vidéo ludique, mais de rester enfermé dans un carcan d'une autre époque. On peut imaginer des séquences encore plus spectaculaires avec les capacités techniques de la Nintendo Switch 2, au-delà des graphismes. Le remake est toutefois de qualité, à l'image de l'ajout des doublages complets en français, même si je regrette la langue morte Lylat présente sur Nintendo 64.

Les points forts de ce titre n'occultent pas les péripéties de cette licence et des difficultés pour le genre du rail shooter d'évoluer. C'est finalement assez symptomatique d'une industrie limitant les prises de risques et la créativité. Velan Studios ayant délivré un travail de qualité avec Star Fox, j'espère justement voir Nintendo leur confier une suite originale, pour que cette licence sorte enfin de l'impasse Lylat Wars.

Et pourtant, Star Fox est bel et bien un jeu de qualité, permettant à de nouvelles générations de découvrir ce genre si particulier du rail shooter avec une expérience grand public. Si j'ai grandement apprécié de retrouver Fox pour la nostalgie, mon coeur balance pour la version d'origine également présente sur le service Nintendo Switch Online.

Test réalisé par Agahnon sur Nintendo Switch 2 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Réactions


Personne n'a encore réagi. Soyez le premier.