Test - Darkest Dungeon: The Fire's Edge - Rallumez le bûcher
Avec The Fire's Edge, Darkest Dungeon récupère deux nouvelles classes, de nouvelles synergies et une excellente excuse pour replonger dans sa boue, son stress et ses baffes mentales. Petit DLC, vraie rechute.
Dix ans plus tard, Darkest Dungeon continue de pratiquer une médecine très particulière, celle qui consiste à vous arracher un sourire pendant qu'il vous brise deux côtes et trois certitudes. The Fire's Edge arrive donc avec une promesse simple, presque modeste, ajouter l'Evadée et la Duelliste, deux classes venues de la suite, quelques trinkets, trois districts pour le hameau et, surtout, une nouvelle raison d'aller se faire humilier dans un couloir humide.
Le DLC ne prétend pas réinventer le jeu, et c'est sans doute plus sage ainsi. En revanche, il promet de nouvelles options tactiques, un peu de sang neuf et cette sensation très spécifique qui fait se demander, encore une fois, pourquoi souffrir ici reste aussi agréable.
Ce qu'on a aimé
Les deux nouvelles classes qui ne se contentent pas de remplir une case
Le vrai cœur de Darkest Dungeon: The Fire's Edge, ce sont évidemment ses deux nouvelles recrues, et la bonne nouvelle, c'est qu'elles ne donnent jamais l'impression d'avoir été ajoutées pour gonfler artificiellement la boîte.
L'Evadée apporte une mécanique de Burn franchement réjouissante, parce qu'elle ne se contente pas de coller des dégâts sur la durée comme un vulgaire post-it enflammé. Son feu travaille avec le placement, avec le mouvement, avec le plaisir presque malsain de regarder une formation ennemie se dérégler au pire moment.
En face, la Duelliste joue une partition plus technique, basée sur ses postures, sa mobilité et ses ripostes. L'une démarre un incendie, l'autre transforme le duel en exercice de haute voltige. Dans les deux cas, on obtient de vraies nouvelles manières de penser ses combats, pas seulement deux portraits de plus à accrocher au mur du hameau entre deux crises de nerfs.
Une intégration qui respecte la vieille cruauté du jeu
Le plus appréciable, c'est peut-être que ces deux classes s'intègrent naturellement dans le premier Darkest Dungeon. Elles apportent de la fraîcheur sans donner l'impression qu'on a greffé un autre jeu sur le cadavre encore chaud de l'ancien.
L'Evadée peut paraître très forte, et elle l'est souvent, mais nous sommes dans un titre où les runs, les synergies, les trinkets et les petits alignements cosmiques peuvent déjà transformer un héros solide en machine à traumatiser l'opposition. Ici, la puissance reste cohérente avec la logique habituelle du jeu.
Même chose pour la Duelliste, qui peut faire des merveilles si on comprend vraiment ce qu'on fait, mais qui sait aussi vous punir si vous jouez avec la précision d'un sanglier enrhumé. The Fire's Edge ne rend pas Darkest Dungeon plus doux. Il lui donne simplement davantage d'outils pour vous malmener avec élégance, ce qui est une forme de politesse très Red Hook, même si nous éviterons d'ouvrir un débat sur le prix du savoir-vivre.
Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé
Un recyclage intelligent qui regarde franchement du côté de la suite
Oui, The Fire's Edge recycle une partie de son contenu en allant chercher l'Evadée et la Duelliste dans Darkest Dungeon II, et non, ce n'est pas forcément un problème.
On pourrait toujours pousser un soupir très dramatique en parlant de manque d'ambition, la main sur le front et l'autre sur le testament, mais ce serait un peu excessif. Dans les faits, ces personnages ne sont pas plaqués à la truelle. Ils sont adaptés avec suffisamment de soin pour paraître chez eux dans le premier jeu, tant du point de vue des mécaniques que du ton.
Ce n'est donc pas une révolution, ni un contenu qui invente un nouveau langage tactique de zéro. C'est plutôt une récupération bien pensée, une manière de faire circuler de bonnes idées sans casser la cohérence de l'ensemble. Et, pour être parfaitement honnêtes, si cela peut en plus donner envie d'aller jeter un œil à la suite à ceux qui l'avaient superbement ignorée jusque-là, nous n'allons pas hurler à la trahison entre deux quintes de toux sanglantes.
Une rechute qui parlera surtout aux gens déjà amoureux de leur propre misère
La question du retour des vétérans est plus délicate, parce qu'elle dépend beaucoup du degré d'attachement que chacun entretient avec ce jeu et avec sa propre définition d'un loisir sain.
Pour certains, l'annonce de nouvelles classes suffira à provoquer un réflexe immédiat du type "je le veux, donnez-le-nous maintenant". Pour d'autres, le premier Darkest Dungeon appartient déjà à la catégorie des grandes douleurs que l'on respecte de loin, comme une cicatrice ancienne ou un ex toxique qui lit du Lovecraft.
Le DLC a clairement de quoi relancer l'envie chez celles et ceux qui aiment encore bricoler des compositions, explorer de nouvelles synergies et replonger dans cette boue gothique où chaque erreur se paie comptant. En revanche, il ne faut pas lui demander l'impossible. Il ne ramènera pas magiquement ceux qui sont passés à autre chose. C'est moins un grand rappel général qu'une excellente excuse pour rechuter quand on n'avait, au fond, jamais vraiment guéri.
Ce que l'on a moins aimé
Une extension qui sent davantage l'arrière-pensée que le grand retour
Le principal reproche adressé à The Fire's Edge tient à la taille de son contenu, et il n'a rien d'illégitime. Après autant d'années, on pouvait raisonnablement espérer un contenu plus épais, quelque chose qui remue un peu plus fort la charpente de Darkest Dungeon.
Or le DLC reste très concentré autour de ses deux nouvelles classes. Les trinkets ajoutent bien quelques possibilités sympathiques, les districts du hameau donnent de petits bonus hebdomadaires utiles, mais l'ensemble ressemble davantage à un accompagnement soigné qu'à un plat principal.
Cela ne rend pas l'extension mauvaise, loin de là, mais cela la place dans une position un peu frustrante, celle du contenu qui fonctionne très bien tout en laissant planer un léger "tout ça pour ça ?". En clair, nous avons aimé ce qu'il ajoute, mais nous aurions volontiers pris un peu plus de matière, un peu plus de folie, un peu plus de ce poison qui fait revenir la main vers la boîte alors qu'on avait juré, cette fois, que c'était fini.
Un prix acceptable, et un petit tacle aux possesseurs de l'Ancestral Edition
Le sujet du prix n'est pas scandaleux en valeur brute. À 6,49 EUR, et probablement moins lors d'une future promotion parce que le capitalisme adore aussi les soldes sur la souffrance, The Fire's Edge ne donne pas l'impression d'un braquage à main armée. La rejouabilité supplémentaire qu'il apporte, les nouvelles synergies qu'il ouvre et l'attachement presque maladif que beaucoup entretiennent avec Darkest Dungeon permettent de défendre le tarif sans se rouler par terre en criant à l'arnaque.
En revanche, sur le principe, il reste difficile de ne pas froncer un sourcil devant le sort réservé aux possesseurs de l'Ancestral Edition. Faire repasser à la caisse ceux qui avaient acheté la version présentée comme l'édition ultime du jeu a quelque chose d'un peu mesquin, surtout alors même que le dernier DLC, The Butcher's Circus datant de 2020 (soit après la sortie de la version intégrale) y avait été rajouté facilement (bon, OK, le DLC était lui gratuit...).
Le problème n'est donc pas tant le montant que le geste, ce petit camouflet adressé aux fans les plus fidèles. Et oui, cela laisse un arrière-goût légèrement rance, même si nous serons probablement les premiers à relancer une campagne en marmonnant que c'est une question de principe.
Crache ton stress, Myrhdin
Darkest Dungeon: The Fire's Edge n'est pas l'extension géante qui retourne le jeu comme une table d'autopsie, et ce n'est même pas vraiment ce qu'il essaie d'être.
C'est un petit DLC malin, bien intégré, tactiquement savoureux, porté presque entièrement par deux classes qui enrichissent réellement les combats sans trahir l'identité du premier opus. L'Evadée est forte, parfois très forte, mais reste dans les clous d'un jeu où la puissance a toujours dépendu des circonstances, des synergies et de cette science occulte qui transforme parfois une bonne idée en carnage méthodique. La Duelliste, elle, demande davantage de doigté, mais récompense l'effort avec une vraie personnalité de jeu.
On regrette en revanche une ampleur trop modeste et une politique tarifaire qui gratouille un peu là où ça fait mal (mais bon, c'est moins cher qu'un paquet de clope ou qu'un apérol spritz, et c'est tout aussi mauvais pour votre santé mentale que les deux autres le sont pour votre santé physique).
Pour les amoureux de Darkest Dungeon, ceux qui sourient encore en pensant au stress, aux mauvais jets et aux expéditions qui tournent au roman gothique écrit avec des larmes de sang, il y a clairement de quoi replonger. Pour les autres, ceux qui ont déjà fait leur paix avec la douleur, ce ne sera peut-être qu'une jolie braise. Pour nous, c'est déjà suffisant pour rallumer un grand feu de tout sauf de joie.
Ce test a été réalisé par Myrhdin avec une clé ou un jeu fournis par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le développeur, l'éditeur ou les entreprises les représentant.










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