Test de Marvel's Wolverine - Le poilu, il découpe

Annoncé il y a un paquet d'années, le Wolverine de Insomniac Games est enfin là. Fort de son succès sur la licence Spider-Man avec trois jeux solides, le développeur américain reste du côté de Marvel, mais prend cette fois-ci une orientation différente. Pas de monde ouvert, mais plutôt un beat'em all en couloir, dans des zones plus ou moins étendues, avec un focus important mis sur la narration. Inspiré par pléthore de comics, Marvel's Wolverine montre encore une fois le soin apporté par le studio aux univers de super-héros qu'il adapte.

marvelswolverine.png

L'homme derrière les griffes

MarvelsWolverine_20260827172000.jpg
On le sait, Insomniac Games aime faire parler les émotions, les personnages derrière leur costume, et si ça fonctionnait très bien avec Spider-Man, les choses peuvent vite prendre une tournure différente avec Wolverine. Car l'univers et le ton de Logan n'est pas tout à fait le même que l'homme araignée. Bien qu'ils partagent une même appartenance à Marvel et se rencontrent occasionnellement dans les comics, Wolverine est un super-héros plus borderline, capable de violence, et on pouvait raisonnablement craindre que le développeur l'adoucisse plus que nécessaire pour toucher un plus large public. Mais les doutes disparaissent vite alors que l'on découvre, manette en main, un Logan très animal, brutal, qui, au-delà du sang et des démembrements en pagaille, concentre en lui une violence qu'il doit apprendre à gérer au fil de l'aventure. Et ça passe par une histoire bien maîtrisée, qui ne reprend pas les classiques des X-Men, mais qui cherche plutôt du côté de sa relation avec Nathaniel Essex, un mutant qui cherche à comprendre le phénomène et à protéger les autres mutants, traqués par les Reavers, un groupe de mercenaires qui leur veut du mal. On fait vite la rencontre de Jean Grey et l'histoire se structure à la fois autour de ce qu'est réellement Wolverine, les ambitions de Essex, mais aussi la puissance des pouvoirs de Jean Grey. Au premier abord, l'histoire est en ligne droite, sans grandes surprises, mais le jeu finit par prendre des détours intéressants et trouve quelque chose de vraiment pertinent dans sa manière de narrer l'histoire de Wolverine, sa nature et, surtout, ses relations avec les autres personnages, avec en point culminant quelques scènes pleines d'émotions dans ce qui ressemble encore une fois pour Insomniac Games à une lettre d'amour portée à l'univers Marvel ainsi qu'à quelques uns de ses personnages. S'il y a une chose que l'on peut reconnaître au studio, c'est sa capacité à absorber, comprendre, et réécrire des personnages dans des histoires qui pourraient constituer d'excellents comics. Avec Marvel's Wolverine, on profite d'une narration maîtrisée qui souffre peut-être de quelques rares longueurs occasionnelles (pour une campagne qui se termine en 18 à 20 heures), mais qui fait toujours preuve de pertinence dans sa manière d'aborder ses quelques thématiques et personnages.

MarvelsWolverine_20260829193654.jpg
Le jeu, en couloirs contrairement à Spider-Man, nous emmène dans plusieurs pays aux environnements complètement différents et c'est un des excellents points de sa direction artistique. Même s'il arrive occasionnellement de retraverser un même environnement dans un deuxième niveau, le jeu parvient toujours à montrer un même environnement sous un nouvel angle, avec de nouvelles surprises. Qu'il s'agisse des forêts canadiennes où l'action débute ou des bidonvilles de Madripoor, île fictive d'Asie du sud-est bien connue de l'univers Marvel, en passant par quelques environnements surprenants que je me garderai bien de spoiler ici, le titre maîtrise toujours sa direction artistique, avec de très jolis décors que la mise en scène met en valeur autant que possible. Côté musique, le jeu est malheureusement plus discret, mais le sound design est efficace et le voice acting des différents acteurs est très réussi en VO. Liam McIntyre est très bon en Wolverine, idem pour la Jean Grey de Krizia Bajos. Pour Nathaniel Essex, on retrouve l'inévitable Troy Baker, qui fait du Troy Baker. Pour autant, malgré ses très belles qualités narratives et visuelles, il semble lui manquer un petit truc. Peut-être était-ce l'anticipation qui a décuplé les attentes, mais cette histoire semble sur des rails, les quelques surprises ne compensent pas totalement le sentiment de voir un Logan spectateur de ce qui lui arrive et les quelques longueurs évoquées plus tôt rendent une poignée de niveaux moins intéressants qu'au premier abord. J'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir cette campagne, à suivre l'histoire de ce Wolverine, à comprendre sa relation avec Jean Grey, à découvrir d'autres mutants qui ont un rôle plus secondaire (comme Mystique et Dents-de-sabre) et à voir l'évolution de Nathaniel Essex au fil de l'histoire. Mais le studio aime tellement les comics et veut tellement leur être fidèle que j'ai fini par avoir de voir une narration en pilote automatique. Il en reste, face au générique de fin, une histoire hyper efficace et soignée, forte d'un amour évident pour la licence, mais qui n'arrive pas à se démarquer.

Increvable, mais un peu mortel quand même

MarvelsWolverine_20260827181205.jpg
Le point sur lequel ce Wolverine à la sauce Insomniac arrive à surprendre, c'est sur son système de combat. Les différentes bande-annonces vues depuis son annonce ne lui ont pas tout à fait rendu honneur, montrant des combats un peu lourdauds très inspirés par ce qui se faisait chez Spider-Man (ou chez leur inspiration originale, les Batman Arkham). Mais en réalité, Marvel's Wolverine cherche ses inspirations un peu partout et offre des combats au challenge relevé, avec une très belle diversité de coups, parades et attaques spéciales que le jeu nous pousse à exploiter entièrement pour pouvoir survivre aux vagues successives d'ennemis. Il y a bien peu de mécaniques de combat, peut-être même aucune, qu'il est possible d'ignorer, contrairement à un Marvel's Spider-Man où la plupart des gadgets étaient en réalité dispensables. Ici, le jeu pousse à varier les attaques et les manières de contrer les ennemis en apprenant non seulement leurs spécificités, mais aussi en exploitant tout l'éventail de compétences mises à disposition. Sans pour autant tomber dans une exigence démesurée, le jeu offre un challenge surprenant avec des combats franchement féroces, autant contre les boss (à la qualité très variable) que contre les ennemis de base. Les combats peuvent être vraiment grisants et réussir à enchaîner des exécutions brutales, à base de démembrements en tous genres, une fois la barre de rage qui permet de déclencher des finishers tout en style chargée, est un des meilleurs moments du jeu. Mais pour ça, il faut apprendre à esquiver, à contrer certains coups et prioriser certains ennemis plutôt que d'autres pour avoir une chance de s'en sortir lorsqu'ils se mettent à attaquer en groupe. Surtout que le jeu ne tombe pas dans l'écueil de beaucoup trop d'actioners dans lesquels les ennemis ont tendance à attaquer les uns après les autres ; ici, tout le monde saute sur Wolverine sans se poser de questions.

MarvelsWolverine_20260830150523.jpg
Pour s'en sortir, le jeu offre un arbre de compétences à améliorer au fil des niveaux d'expérience glanés. Très artificiel au final, car toutes les compétences finissent par être débloquées avant la fin du jeu, mais cela permet surtout de débloquer au fil des heures de nouvelles manières de combattre et d'apprendre, en douceur, jusqu'à devoir utiliser la plupart des attaques dans les ultimes combats. À cela, le titre ajoute des compétences passives à débloquer en "modifiant" l'ADN de Wolverine, un système qui permet de renforcer certains éléments inhérents au personnage, comme sa résistance, sa puissance, la manière et la vitesse avec laquelle il augmente sa barre de rage. Ici, au contraire de l'arbre de compétences, il faut faire des choix puisque le nombre de compétences passives activables est limité, mais il est possible d'en changer à tout moment si l'on préfère par exemple renforcer sa résistance au détriment d'autres éléments. Enfin, l'autre moyen de se renforcer, c'est de débloquer des costumes en les achetant via des points trouvés dans des caisses d'équipements dans tous les niveaux. Débloquer un certain nombre de costumes permet d'augmenter la barre de vie maximum, avec plusieurs paliers jusqu'à un maximum de 200%. Un atout non négligeable pour un jeu qui propose des combats parfois brutaux, avec un Wolverine qui peut, certes, régénérer sa vie voire même s'offrir une seconde chance lorsqu'il est mis à terre (sous certaines conditions), mais qui reste fondamentalement mortel. Le titre propose néanmoins plusieurs modes de difficulté, selon que l'on souhaite soit se faciliter la vie dans le mode le plus simple (où la régénération de la vie est tellement importante qu'il est très difficile de mourir), soit se la corser avec un challenge plus élevé.

Solide sur ses appuis

MarvelsWolverine_20260830151423.jpg
Maintenant, ces combats très réussis prennent place dans un jeu à la structure ambivalente. Pas de monde ouvert contrairement aux précédents titres du studio, mais des niveaux qui alternent entre des phases en couloirs et des zones plus ouvertes, où le jeu pousse à l'exploration pour trouver une poignée de collectibles (dont ceux nécessaires au déblocage des costumes), et la recherche d'épreuves secondaires, marquées par des portes qui apparaissent dans certains niveaux, qui envoient le héros dans sa vieille cabane au milieu de la forêt canadienne où il peut réaliser de nouveaux challenges. Ces challenges, répétitifs pour la plupart, consistent essentiellement à atteindre une ligne d'arrivée dans un temps limité en utilisant les capacités de Wolverine en matière de déplacements et de parkour, à battre des vagues successives d'ennemis ou à battre certains ennemis spécifiques. Un bonus qui n'a rien d'essentiel à l'aventure, mais qui rajoute un peu d'occasions d'exploiter les compétences offertes par le jeu, surtout la toute dernière épreuve qui permet de débloquer un costume spécial et qui peut être particulièrement corsée dans le mode de difficulté normal. Pour le reste, l'exploration est surtout l'occasion de découvrir quelques références ici et là, Insomniac étant toujours fort dans ce domaine en incorporant à la plupart des niveaux des petits secrets à trouver qui référencent l'univers de Wolverine et plus généralement des X-Men.

MarvelsWolverine_20260827180446.jpg
Le titre offre également un New Game Plus, pas forcément intéressant puisqu'il offre assez peu de nouveauté mis à part la possibilité de gagner des niveaux supplémentaires et d'équiper des modifications ADN en plus pour faire face à un niveau de difficulté ultime, mais il a le mérite d'être là si l'on a envie de refaire l'aventure. Pour ce qui est de la chasse aux collectibles, tous les niveaux peuvent être retraversés indépendamment, un bon point pour celles et ceux qui souhaitent faire le jeu à 100%. Enfin, le titre est solide techniquement ; en mode performance, il tient ses 60 images par seconde sans jamais sourciller, y compris lorsque tout explose à l'écran et que le jeu multiplie les effets. Insomniac se fait d'ailleurs un petit plaisir technique qui n'est pas sans rappeler ses débuts sur PlayStation 5 avec Ratchet & Clank: Rift Apart, puisque le passage dans les portes de challenges nous envoie dans un autre environnement sans aucun temps de chargement visible, à la manière des failles temporelles de Ratchet & Clank. Une preuve supplémentaire que Insomniac maîtrise de bout en bout cette console, avec un moteur graphique maison qui est toujours du plus bel effet. La modélisation des personnages est réussie, même si les expressions peuvent occasionnellement manquer de naturel, mais le jeu s'en sort quand même plutôt bien sur ce point-là. Côté environnements, c'est suffisamment joli pour que l'on ne prête pas trop attention aux rares défauts.

Conclusion

Marvel's Wolverine laisse une drôle de sensation une fois que l'on a vu sa fin. Je ne peux pas ignorer les quelques faiblesses de rythme et plus généralement l'impression qu'il manque un petit ingrédient supplémentaire à sa narration pour en faire quelque chose de grand. Mais en même temps, tout ce qu'il fait est solide : son histoire est agréable à suivre, offre de jolis moments d'émotions et ne fait pas vraiment de faute. Son gameplay est grisant, bien plus dynamique qu'on ne l'imagine au premier abord, et son level design, même s'il a tendance à se répéter, reste agréable et profite en plus d'une jolie direction artistique. Alors, c'était un plaisir de le parcourir, d'enfin découvrir ce Wolverine à la sauce Insomniac, de voir que le studio californien a toujours cet amour des comics qui sublime ses adaptations. Mais peut-être qu'après toute cette attente, j'aurais aimé un peu plus de folie, un peu plus de surprises, un jeu plus audacieux et moins en pilote automatique. Ce n'est pour autant pas un rendez-vous manqué, au contraire ; Marvel's Wolverine reste un excellent jeu, mais il n'avait besoin que d'un petit peu plus pour être grand. 

Test réalisé par Hachim0n sur PlayStation 5 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Réactions


Personne n'a encore réagi. Soyez le premier.