Test de Shadow Warrior 2

Il y a de ça 20 ans, 3D Realms, alors développeur à grand succès critique, fit faire un bon de géant aux jeux d’action à la première personne sur PC grâce à 3 jeux sortis coup sur coup : Duke Nukem 3D, Shadow Warrior et Blood. Si le premier est passé par une case résurrection douloureuse et que le dernier semble bel et bien relégué au cimetière, le second lui a connu une deuxième vie grâce au studio polonais Flying Wild Hogs qui, suite au succès critique de leur jeu Hard Reset, a relancé la licence en 2013. En 2016, voici donc venir Shadow Warrior 2, suite de cette nouvelle incarnation des aventures de Lo Wang.

You don’t mess with Lo Wang

L’univers de Shadow Warrior présente une genèse assez simple : une « collision » a fait entrer en contact les mondes terrestres et surnaturels, transformant toute une région de la Terre en un environnement mixte où se croisent humains, paysages urbains et campagnes traditionnelles et une forme d’univers démoniaque et surnaturel aux visuels fort inspirés des contes, mythes et légendes extrême-orientaux.

C’est dans cet univers loufoque et chaotique qu’évolue l’instable Lo Wang, mercenaire décalé et bourrin à la seule obsession : l’argent. Lo Wang est aussi repoussant que charismatique et si la plupart de son entourage social déteste cordialement sa personnalité paillarde et grasse, nul ne peut se passer de l’efficacité de son service, en tout cas pas les réseaux criminels et les sectes démoniaques.

L’histoire démarre donc pendant l’un de ses contrats, qui voit Wang secourir la fille d’un puissant yakuza. Hélas, le corps de la jeune femme est infesté par une malédiction et afin de préserver l’intégrité de son âme, la voici stockée dans le corps de… Lo Wang. S’ensuit donc moult péripéties pour espérer trouver un moyen de retourner à la normale, avec de nombreux traits de buddy movie, avec Lo Wang dans le rôle du gros pénible à l’humour bloqué au stade anal et Kamiko, aussi intelligente que consternée par les punchlines de son hôte. L’histoire se déroule quasiment sans temps mort, avec même parfois quelques subtilités d’écritures bien trouvées - on regrettera, toutefois, que celle-ci soit relativement courte, une dizaine d’heures à tout casser.

If killing you is wrong, then I don’t wanna be right

Si le scénario de Shadow Warrior 2 se veut drôle et décomplexé, vous vous doutez bien qu’il ne s’agit en aucun cas du pilier fondamental qui fait tenir tout ce délire. Non, cette clé de voûte, c’est bel et bien le gameplay et, à ce niveau là, le jeu envoie son artillerie la plus lourde pour vous clouer à votre fauteuil. Les retours visuels et sonores accompagnent un gameplay extrêmement fluide où rien n’est plus plaisant que de tirer des millions de munitions diverses dans des dizaines de milliers de tronches abominables jusqu’à plus soif. C’est là d’ailleurs que « bute » la brièveté de l’histoire et son manque de rejouabilité : arrivé au bout, on en veut beaucoup, beaucoup plus. Wang saute, tire et cogne sans jamais s’interrompre. Ici, nul besoin de couvertures ou d’environnement élaboré : quelque soit l’arène dans laquelle vous allez devoir en découdre, votre capacité à survivre ne sera dictée que par vos mouvements, esquives et autres utilisations judicieuses de vos capacités. Celles-ci sont suffisamment nombreuses ; c'est notamment le cas des dash qui, accompagnés de vos sauts de cabri, vous permettront de rester en permanence en mouvements et donc d'éviter la quantité astronomique de dommages que les ennemis n’hésiteront pas à vous balancer sans la moindre retenue. N’essayez pas de vous cacher derrière un mur, Shadow Warrior 2 se joue comme en 1997 : on sprinte, on saute, on strafe et on dash jusqu’à l’épuisement ou la mort des centaines d’ennemis qui vous sautent à la gorge.

Larry, how’s it hanging ?

Mais Flying Wild Hog n’a pas voulu livrer à son public un bête moteur de shoot en couloir et a choisi au contraire de s’orienter vers le « shoot’n’loot » de plus en plus populaire depuis Borderlands, Destiny et autres The Division. Tout y est : du loot, des améliorations, des montées en niveau, un level design procédural, des marchands… Contrairement à ses cousins cités plus haut, Shadow Warrior ne propose pas de loots d’armes : celles-ci, bien que nombreuses, sont entièrement « fixées » et s’acquièrent au gré de quêtes principales ou secondaires. Le joueur récupère des power ups, à installer dans lesdites armes pour modifier leur comportement, leurs dommages ou encore pour leur attribuer des éléments. On peut aussi trouver ici et là des cartes, dans lesquelles des points acquis au gré de l’expérience peuvent être investis, renforçant ainsi certains aspects de Wang tels que sa résilience, son affinité à certains éléments, sa capacité de mana, etc.

Est-ce que ça fonctionne ? Et bien… pas vraiment, en réalité. Le soucis est que les runes à insérer dans les armes n’offrent pas de modifications suffisamment lourdes pour avoir un réel impact. Celles-ci se trouvent par centaines et, dû à une interface bien pénible, on passe le plus clair du temps de jeu à gérer un inventaire digne d’un Castorama ; ce qui, en réalité, revient à balancer à la poubelle 99 % de ce que l’on trouve. Pour être tout à fait honnête, je n’ai personnellement plus fait la moindre modification une fois passées les 5 premières heures de jeu et cela n’a pas vraiment impacté mon impression de puissance (ou de faiblesse, à vrai dire). Le jeu manque de ce plaisir du loot magique, de renouvellement dans l’équipement si cher à ce type de jeu. C’est à l’image des marchands, au nombre de deux, fiers de vous proposer leur magnifique inventaire de 2 à 3 items : on comprend mal si l’objectif était d’offrir des opportunités de builds capables de se différencier ou de donner l’impression au joueur de pouvoir faire évoluer son personnage au fil de l’histoire, mais dans un cas comme dans l’autre, c’est un peu raté.

Qui dit shoot’n’loot dit, en tout cas, multijoueur et sur cet aspect le contrat est rempli. Le jeu est jouable de 1 à 4 joueurs en ligne et si cela n’implique pas vraiment de renouveler les stratégies, ça permet amplement de s’amuser entre amis et de profiter du gameplay nerveux dans de grosses sessions endiablées.

Le tout se veut saupoudré de génération aléatoire, le fameux mot-clé « procédural » de cette année 2016. Encore une fois, c’est loupé : le découpage des niveaux offre parfois des gros trous bien vides qui ressemblent à de la randonnée, pour ensuite aligner face aux joueurs 3 boss super balaises qui mettront jusqu’à 30 minutes à tomber sans pour autant avoir le moindre intérêt pour la mission en cours. Si ce n’est, évidemment, leur précieux loot, hélas complètement inutile.

Beautiful !

Finissons sur une note positive : techniquement, les Polonais prouvent une fois de plus tout le talent qui se trouve dans leurs contrées. Shadow Warrior 2 embarque le tout dernier cri des technologies 3D les plus récentes : textures hautes résolutions, occlusion ambiante, profondeur de champ, réflexions dynamiques, éclairages volumétriques, tout y est, le tout dans un menu digne des meilleures tables du guide Michelin. Le jeu s’offre même le luxe d’être le premier jeu PC à intégrer deux technologies, le HDR (battant Battlefield 1 de quelques jours) et le Multi-res Shading. Pas d’opinion sur le HDR ici puisque, faute d’équipement, je ne peux en profiter, comme probablement l’écrasante majorité d’entre vous jouant sur des moniteurs PC. Le Multi-res Shading, toutefois, est accessible à tous, y compris à ceux qui jouent sur des configurations modestes. La technologie consiste à employer différentes résolutions sur les zones de l’écran les plus éloignées du centre : théoriquement, la vision périphérique du joueur et son attention concentrée au centre de l’écran permettent de masquer ce différentiel, qui donne un sacré coup de pied au framerate du jeu. Cela marche ? Oui, et super bien même. Sur ma 1070, activer l’effet a boosté la fluidité de plus de 40 images par seconde (!), pour un impact minimal sur la qualité d’image. Mieux, dans la mesure où la transition de résolution pendant une phase de mouvement se fait de façon graduée et fluide, cela implique de n’être visible qu’une fois la caméra à l’arrêt et les yeux rivés sur les bords de l’écran. Un must have pour tout jeu AAA un peu poussé graphiquement, hélas accessible qu’aux joueurs équipés de carte Nvidia.

Ce n’est même pas comme si le jeu en avait besoin, en réalité, car ce package graphique tourne comme du beurre sur quantité de configurations : mon PC de test, équipé d'une GTX 1070, maintient le jeu autour de 80 fps, 70 au plus bas, en ultra et en 1440p. On peut facilement imaginer de très bon résultats une fois quelques détails recalés et dans des résolutions inférieures pour les configurations plus raisonnables. On regrettera hélas que le frametime global soit parfois assez violenté, donnant une action hachée à de trop nombreux moments.

La musique est aussi un poids lourd de l’ambiance, avec ses airs mystico-oriento-religieux revisités à la guitare électrique, le tout agrémenté par le morceau exclusif composé pour le jeu par Stan Bush, légende d’une époque révolue vers laquelle Shadow Warrior 2 regarde avec tendresse et nostalgie.

 

Shadow Warrior 3 sera parfait, vous l’avez lu ici en premier

On passe tout près de la perfection, sans l’atteindre. Shadow Warrior 2 est généreux, violent, gore, stupide et incroyablement jouissif à jouer, si ce n’est pour ce stupide système de loots, heureusement facile à ignorer après quelques heures. Laissons tomber les grandes ambitions du 21e siècle, le procédural, le loot, le RNG : faisons revenir Lo Wang à la source de sa tuerie comique et en 2020 Shadow Warrior 3 pourrait très bien être le meilleur shooter des années 90s.  

 Test réalisé par Kafka Datura à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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