Test de Sonic Forces

Annoncé en grandes pompes l'année dernière à la suite de Sonic Mania, Sonic Forces avait un lourd poids sur les épaules : tenir le niveau de qualité proposé par l'opus rétro sorti le 15 août de cette année, enfin réconcilier tous les amateurs du hérisson bleu et sa clique et, pourquoi pas, venir donner des coups de coude à Mario comme au bon vieux temps. Si l'on peut se le permettre : Sonic a-t-il eu la force de faire tout ça ?

La fin de Sonic ?

Sonic Forces se place dans un univers très sombre, quasi post-apocalyptique. La dernière invention du Docteur Eggman, une sorte de hérisson-robotique nommé Infinite et boosté à l'énergie du Rubis Fantôme, lui a permis de réussir son rêve ultime : battre Sonic et dominer le monde en y répandant terreur ainsi que destruction grâce à ses créations. Tout le monde ? Non ! Une poignée d'irrésistibles Gaulois... Pour la première fois, on se place dans la situation où Sonic a échoué devant l'incroyable pouvoir de son adversaire et dans laquelle ses compagnons de toujours doivent mener une résistance sans lui.

Bon, ça, il s'agit du synopsis sur les 3 premiers niveaux du jeu, puisque Sonic est très vite libéré. Tout ça non pas grâce à un plan murement réfléchi et parfaitement exécuté par Knuckles, Tails ou autre Team Chaotix, mais par un rookie venu d'on-ne-sait où. Ce personnage, c'est vous qui le créez, grâce à un outil simple d'accès qui propose choix de race (et chacune a son influence : par exemple, l'Oiseau peut sauter deux fois tandis que le Chat garde 1 Ring après avoir subi un coup), de la couleur de peau ou de la forme des yeux. Au final, les possibilités ne sont pas très nombreuses, mais suffisantes pour rester raccord avec le style graphique du jeu et ne pas partir dans des énormités comme on peut le voir trop souvent dans d'autres licences.

La relève est assurée... ou pas ?

Ce personnage en question est au coeur de l'aventure. Toutes les missions du jeu débloquent une multitude d'accessoires cosmétiques pour lui, permettant de l'habiller de la tête aux pieds. Il dispose également de Wispons, armes lui offrant un grappin et surtout une attaque et un pouvoir Wisp différent : le Lance-Flamme permet d'éliminer les ennemis par paquets et d'effectuer un saut explosif une fois le Wisp attrapé tandis que le Fouet Électrique lui offre la possibilité de prendre des chemins d'anneaux. Leur nombre n'est pas très grand, mais ça permet de varier (un peu) le gameplay. De plus, ces Wispons octroient des bonus au héros (et chaque lance-flamme propose des bonus différents, par exemple), ce qui donne un intérêt à aller en dégoter de nouveaux.

Ce héros sans nom évolue au sein de niveaux en 2D et en 3D, tout comme le Sonic Moderne, le personnage principal de Sonic Forces. On retrouve donc les habituels niveaux qu'on parcourt à grande vitesse dans des structures ultra-linaires donnant souvent l'impression de jouer sur un rail et d'être spectateur de ce qu'il se passe. Le sentiment s'améliore un petit peu sur les niveaux où l'on joue à la fois Sonic et le rookie en même temps puisqu'ils permettent d'avoir accès aux capacités des deux personnages. Un tout petit peu.

Et il y a le Sonic Classique aussi. Rencontré dans Sonic Generations, le petit hérisson rondouillard et muet est de retour dans une optique de pur fan-service. Sa présence n'a aucun sens dans le scénario du jeu et il la doit certainement à la seule volonté de surfer sur la réussite de l'excellent Sonic Mania. Par contre, n'espérez pas prolonger l'aventure de ce dernier. Le level design de ses niveaux est également raté ; il n'y a aucune verticalité et très peu de chemins différents. On est bien loin du génie de Christian Whitehead et sa bande. Pour couronner le tout, ce Sonic est affublé de la physique immonde du Sonic Moderne en proposant une accélération-éclair et une inertie très étrange, ce qui rend l'expérience très frustrante.

Sonic Forces n'est ni un jeu long, ni un jeu difficile. À titre d'exemple, il m'a fallu à peine 4 heures pour en venir à bout en débloquant la note maximale à plus de la moitié des niveaux en un seul essai. Le tout en mode difficile. Contrairement aux autres Sonic en 3D, il n'y a aucun compteur de vies et une cinquantième mort vous fera revenir au dernier checkpoint atteint. Il faut également savoir que les niveaux en eux-mêmes sont extrêmement courts et demandent, pour la plupart, moins de 3 minutes pour être terminés. Les boss sont absolument triviaux, n'offrant aucune vraie résistance et se couvrant bien souvent de ridicule. Le premier affrontement contre Infinite qui arrive pas très loin dans le jeu fait peine à voir pour une création censée être invincible...

Un jeu Post-Apocalyptique ?

Ces défauts redoutés étaient toutefois presque attendus. Sonic Forces semblait se démarquer par son ambiance pesante, son cachet post-apocalyptique prononcé, mais là aussi tout retombe comme un soufflé. Tout d'abord, à cause des voix françaises désastreuses, donnant l'impression que Sonic est doublé par Roger Carel récitant un texte écrit par Jean Roucas. Ensuite, à cause de cet enchaînement de niveaux sans trop de rapports les uns envers les autres, entrecoupés de la même cinématique de l'équipe de "Résistance" se tournant les pouces au QG en vous envoyant en mission (et ce n'est pas le retour de niveaux connus qui y change quelque chose). Enfin, avec sa patte musicale beaucoup moins bonne que les épisodes 3D des dix dernières années (ce qui est dommage vu que c'était à chaque fois le point fort des jeux en question), mais c'est à pondérer puisqu'il est difficile de s'imprégner d'une musique qu'on écoute une seule fois dans des niveaux de 2 minutes 30.

Pour paraphraser Dewey dans Malcolm (grosse référence) : "Je n'en attendais rien et je suis quand même déçu". Vous souvenez-vous de cette vidéo avec les 4 anciens boss qui reviennent sous le joug d'Eggman ? Et bien, sachez que deux d'entre eux sont vaincus sans affrontement, dans une cinématique, et que les deux autres seront écrasés en moins d'une minute. Là où ce jeu avait tout pour offrir un univers qui va crescendo à la manière d'un Sonic Adventure 2, tout est expédié en deux coups de cuillère à pot sans vraiment de liant. On ne sait pas trop dans quel but on doit parcourir les différents niveaux et, même si ce n'est pas forcément désagréable, on ne peut pas s'empêcher de rester sur notre faim.

Sans aucune Force ?

Cela dit, il faut quand même souligner les bons côtés du jeu. Tout d'abord, il ne coûte pas très cher, surtout sur Switch, ce qui donne un peu moins l'impression d'avoir vécu un braquage dans les règles. Ensuite, il est plutôt bien finalisé et fluide, même sur la console de Nintendo malgré une baisse qualitative notable (et de nombreuses situations peu lisibles en mode portable) - ce qui change du parcours du combattant qu'on avait pu connaître sur le légendaire opus de 2006. Et en dépit de sa longueur ridicule, les scorers pourront y trouver leur compte avec des nombreuses missions (quotidiennes ou non) et des performances à battre sur le ladder. Sans aucun conteste, il s'agit là du seul et unique point qui pourra garder certains joueurs sur le moyen terme, surtout que certaines d'entre elles pourront ou devront être réalisées avec les avatars d'autres joueurs. Une bonne idée à souligner.

Et c'est tout le positif qu'on peut noter : une dizaine de lignes en fin de test.

 

Passage de témoin

Sonic Forces, c'est un peu comme donner une belle sucette à un enfant, sauf que la sucette a un goût de maroilles. L'enfant ne la prendra que s'il a bien faim, et ce sera pareil pour vous avec ce nouvel épisode 3D.

Sonic Mania avait relancé les fans du hérisson bleu avec un opus exceptionnel revenant aux sources en sublimant l'original. Forces ne revient absolument pas aux origines des épisodes 3D et nous propose la même mélasse décriée depuis plus de 10 ans sans vraiment y apporter d'ajout d'envergure. Vous oublierez ce jeu en moins de temps que ce qu'il vous aura fallu pour le terminer et si vous comptiez mettre un platformer sous le sapin, ce sera bien évidemment un petit morceau de papier avec un code pour débloquer Sonic Mania, qui nous a montré à tous qu'une équipe de passionnés pouvait déplacer des montagnes. Cela dit, il existe aussi d'excellents amateurs travaillant sur des projets de Sonic en 3D. À bon entendeur...

Test réalisé par Malison à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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