Test de Bioshock : The Collection - La Switch submergée

Il y a treize ans sortait Bioshock, le premier jeu d'une série qui marqua de son empreinte le genre du FPS scénarisé. Son univers si particulier qui nous envoyait dans une ville fictive sous la mer, avant de nous proposer une balade dans le ciel dans son troisième épisode, était évidemment séduisant : ambiance soignée, narration solide et un gameplay qui mélangeait pouvoirs et armes à feu. Successeur spirituel d'un certain System Shock, la saga imaginée par Ken Levine a fini par être remasterisée et portée sur toutes les plateformes du moment, mais il en manquait une seule, la Switch. C'est désormais chose faite et cela nous donne l'occasion de nous pencher sur le portage de la saga sur la console de Nintendo.

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L'enfer de Ryan

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Compilation des trois Bioshock et de tous leurs DLC, la "Collection" se faisait attendre sur Switch. Bien peu gâtée en matière de jeux de tir, la console de Nintendo peut enfin se targuer d'ajouter à son catalogue l'une des sagas les plus marquantes de la génération précédente. En effet, au-delà de son genre, Bioshock, c'est avant tout une ambiance et un ton parfois cynique, parfois sarcastique, abordant des thèmes aussi vastes que la folie des grandeurs, le capitalisme et l'exploitation qui en découle, le fait religieux ou encore, dans son deuxième épisode, la filiation. Le premier opus sorti en 2007 nous faisait découvrir un monde glauque, le rêve fou d'un homme nommé Andrew Ryan qui développait sa propre civilisation dans une ville submergée où la population, le plus souvent vue comme un simple force de travail, obéissait à ses règles. Par la suite, le moins aimé deuxième épisode était plus intimiste malgré un rythme très orienté vers l'action, avec en point d'orgue quelques scènes particulièrement émouvantes. Enfin, Bioshock Infinite, dernier épisode de la trilogie, apportait une vraie bouffée d'air (au sens propre comme au figuré) avec la découverte d'une ville dans le ciel qui se trouvait bien loin de l'ambiance oppressive de ses prédécesseurs.

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Les Bioshock n'ont jamais brillé pour leur gameplay. S'ils mélangent avec beaucoup de bonnes idées des pouvoirs surnaturels désignés comme des "plasmides" que l'on obtient régulièrement au cours de l'aventure, à base de flammes, de glace ou encore d'électricité et de télékinésie que l'on peut jeter à loisir sur les ennemis grâce à notre réserve d'"eve", les phases de tir ont tendance à vite devenir exaspérantes tant la lourdeur du personnage a bien du mal à tenir la cadence face à des ennemis souvent rapides. Malgré tout, difficile d'ignorer quelques combats épiques face aux "Big Daddies", des protecteurs qui s'occupent des "Little Sisters", des fillettes qui sont de véritables réservoirs à "Adam" qu'elles récupèrent sur les cadavres qui traînent dans la ville submergée de Rapture. L'Adam est une ressource extrêmement prisée à Rapture, et même l'un des points de friction les plus réguliers pour la population locale qui en est devenue addict : c'est une ressource qui permet de modifier son organisme et d'obtenir notamment de nouveaux plasmides. Bioshock Infinite, quant à lui, s'éloignait un peu plus de ce côté très horrifique des deux premiers épisodes, avec un ton différent qui n'a pas forcément séduit tous les fans de la première heure, mais qui amenait indéniablement un style rafraîchissant à la licence sans pour autant renier les thèmes qui faisaient tout l'intérêt de la narration des deux premiers jeux.

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La direction artistique est par ailleurs un des points les plus marquants de la licence. L'ambiance horrifique, jouant parfois avec les codes du thriller, laissait un souvenir impérissable à bon nombre de joueurs. À cela, on y associait de vraies qualités en matière de dialogues alors que l'essentiel de la narration se faisait du côté de fichiers audio à récupérer dans les niveaux, profitant également de quelques décors et mises en scène qui en disaient parfois beaucoup sur ce qu'il se passait réellement au fond de l'océan. Mais cela, transposé à la Switch, est à double tranchant. En mode portable, le jeu souffre d'abord de la taille de l'écran qui empêche de pleinement apprécier chaque détail, mais surtout des Joy-cons. Les manettes de la Switch sont effectivement bien peu adaptées aux FPS avec leurs mini-sticks assez peu pratiques, à tel point que l'on est vite passé à la manette Switch Pro Controller en mode dock, sur grand écran, en évitant à tout prix de  retourner au mode nomade. Néanmoins, cela a un coût visuel assez violent.

Rapture sous une nouvelle résolution

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Plutôt joli à l'oeil en mode portable, le portage réalisé par le studio singapourien Virtuos n'a toutefois fait aucun miracle. On salue la stabilité du jeu qui se maintient quasi-constamment (à l'exception de très, très rares affrontements) à 30 images par seconde, mais cela se fait au détriment de la qualité des graphismes. Anti-aliasing inexistant, des textures au rabais sur certains environnements, des effets visuels un peu moins éclatants et des textures en basse résolution pour les éléments les plus éloignés. Mais surtout, c'est sa résolution dynamique qui fait passer du tout au tout et qui empêche d'apprécier pleinement le jeu lors de certaines scènes.

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Bien que les deux premiers titres de la saga peuvent se targuer d'une ambiance sombre qui fait parfois office de cache-misère, le jeu est capable du pire comme du meilleur. Sur la base d'une résolution en 1080p en mode dock et de 720p en mode portable, la résolution dynamique choisie par Virtuos souffre parfois d'une violente chute lors des scènes les plus gourmandes (les combats, principalement) où la pixellisation de l'image apparaît très clairement. Et ce notamment dans le troisième jeu, plus gourmand que ses prédécesseurs. Il serait néanmoins dommage de condamner le jeu pour cela. Lors de notre test qui a consisté à terminer les deux premiers jeux et à passer quelques heures sur Infinite, nous n'avons jamais été horrifié par cette résolution dynamique. Quelques scènes souffrent évidemment d'une pixellisation évidente, bien que cela reste toujours acceptable en mode portable compte-tenu de la taille de l'écran, mais il faut saluer la solidité du framerate qui ne tombe que très rarement sous les 30 images par seconde. Le jeu est fluide, agréable à parcourir et semble être au mieux de ce que la Switch pouvait faire sur cette trilogie.

Conclusion

Le passage à la Switch ne dénature donc pas les trois jeux qui ont marqué la précédente génération. On peste un peu contre l'imprécision des sticks des Joy-cons, associée à la lourdeur général du gameplay, mais rien que pour son ambiance et sa direction artistique, la série mérite d'être parcourue par les quelques personnes qui n'en ont pas encore eu l'occasion. On préfère évidemment conseiller les autres versions de cette Collection aux personnes qui en ont la possibilité, tant pour profiter au maximum de la qualité visuelle des trois titres que pour leur prix réduit sur d'autres plateformes où les remasters sont sortis depuis longtemps. Néanmoins, celles et ceux qui n'ont qu'une Switch ou qui tiennent à parcourir ces jeux en mode portable ont accès à une version qui fait certes quelques concessions, mais qui s'en sort tout de même très bien sur la console de Nintendo sans porter préjudice aux plus grandes qualités de la saga. 

Test réalisé par Hachim0n sur Switch à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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