Test de Metroid Prime 4: Beyond - Un épisode de transition en attendant un avenir meilleur

Avec Metroid Prime 4: Beyond, Nintendo entend relancer une licence emblématique de son catalogue, mais loin d'être la plus facile à développer. Pour l'occasion, Retro Studios signe également son retour au premier plan sur la scène vidéo ludique.

Une petite histoire

En prenant la suite de Metroid Prime 3: Corruption sorti en 2007, Metroid Prime 4: Beyond comble un gouffre temporel ayant suscité bien des attentes de la part des fans de la licence. L'enjeu de ce nouvel opus est donc à la fois de ne pas décevoir les anciens et de permettre aux nouveaux de raccrocher les wagons.Toutefois, ce n'est pas chose aisée, car Retro Studios a fait évoluer sa formule au fil de sa trilogie sans réellement trouver de consensus pour son jeu d'aventure à la première personne.

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Sorti en 2002 sur GameCube, le premier Metroid Prime a transposé en 3D l'esprit des épisodes 2D originaux, ce labyrinthe à explorer pour dénicher des équipements et ainsi débloquer la suite tout en montant en puissance. De manière posée, il est nécessaire d'analyser son environnement pour découvrir ses secrets, mais aussi son histoire. L'ambiance qui prime alors est ce sentiment de solitude, renforcé par l'absence de parole de Samus, la grande muette surarmée. Les épisodes suivant deviennent progressivement plus accessibles, mais aussi plus linéaires et loquaces. La narration prend plus de place, pour mieux servir la spectaculaire conclusion de l'histoire avec Metroid Prime 3, sur fond de conflit galactique se rapprochant d'un certain Halo.

Le studio texan est alors arrivé au bout de ses idées, avec des envies légitimes de passer à autre chose. Ils changent alors complètement de registre, cette fois sur la licence Donkey Kong Country et des succès certains jusqu'en 2014 avec Tropical Freeze. Malheureusement, Retro Studios connait ensuite une traversée du désert avec des projets abandonnés et une situation financière difficile. En parallèle, Nintendo annonce en 2017 un nouvel épisode avec Metroid Prime 4, confié à un studio Bandai Namco. Cependant, le projet n'aboutit pas et il rebascule en 2019 chez Retro Studios, qui remonte une équipe et finalise un développement chaotique.

Cette histoire a façonné Metroid Prime 4: Beyond, qui se révèle être un épisode de transition. Devant solder le poids du passé et recoller les morceaux de son développement, il s'agit bien d'un jeu imparfait. Cela devrait néanmoins permettre de tendre vers une proposition plus aboutie avec -- on l'espère -- Metroid Prime 5. En attendant, cet opus propose une nouvelle histoire, reprenant les codes habituels de la licence et se concluant cette fois avec lui. Cette parenthèse narrative enterre le côté spectaculaire des batailles avec la Fédération Galactique, pour une aventure plus intime de Samus Aran. Des acolytes -- et clichés ambulants -- perturbent néanmoins cette solitude originelle, un entre-deux.

Un accident de parcours

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On débute Metroid Prime 4: Beyond comme si l'on avait laissé Samus Aran hier. La petite musique d'introduction, la prise en main, l'interface, la Fédération Galactique : tous les éléments sont en place pour assurer une continuité après des années d'absence. Au bout de quelques minutes, le basculement scénaristique nous projete néanmoins dans une expérience plus proche du premier épisode de la série en termes d'ambiance, ce qui n'est pas pour me déplaire. On découvre une nouvelle planète, seul et désorienté.

Les environnements sont sublimes, en particulier les toiles de fond. Le plus frappant est l'immensité qui s'offre à nos yeux, mais aussi la richesse des détails. On est en terrain connu : jungle, volcan, glace, usine et mine sont des classiques, mais sublimés par le passage sur Nintendo Switch 2. On sent néanmoins que des restrictions techniques viennent d'un développement à cheval sur deux générations de console, pas à la hauteur des standards actuels. Mais le pire reste à venir avec la rencontre d'un acolyte lui aussi téléporté sur cette planète, particulièrement volubile et que j'aurais volontiers abandonné sur place si j'en avais eu le choix. Je prends mon mal en patience et je suis soulagé de le laisser dans le hub du jeu, au passage à l'intérêt discutable si ce n'est d'imposer artificiellement des allers-retours avec ce lieu.

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On découvre après la jungle une immense étendue, un désert de sable -- et de contenu -- servant de carrefour à notre aventure. C'est le terrain de jeu pour notre véhicule prenant la forme d'une moto, construite sous nos yeux dans la Forge Volt. Cet ensemble permet pour la première fois dans un Metroid Prime de connaitre ce sentiment de parcourir véritablement un monde ouvert. Et quand on est habitué à des enchainements de couloirs labyrinthiques et oppressants, on est en fait véritablement sur une sortie de piste de la part de Retro Studios. Le jugement est d'autant plus sévère qu'un Breath of the Wild a relevé depuis des années les attentes concernant le monde ouvert, tandis que Star Wars: Outlaws a illustré à quel point cela pouvait être beau sur Nintendo Switch 2. Le monde ouvert de Metroid Prime 4 est juste un accident en comparaison.

Et quand le jeu m'oblige à parcourir ce désert de fond en comble pour de la récolte afin de débloquer la fin du scénario, je m'en remets à mon amour pour Samus Aran pour ne pas abandonner. Si j'avais reproché un côté trop conservateur à Metroid Dread, je cible ici la volonté d'apporter des nouveautés sans aller au bout des choses ou sans s'en donner les moyens. Sur ce registre, le pilotage de la moto coupe juste toute envie de l'enfourcher. Comme le joueur, Metroid Prime 4: Beyond porte de nombreuses contradictions en lui. Mais dans son cas, toute son architecture ouverte déconstruit l'essence même de cette saga. On nous tient la main dans une longue ligne droite linéaire, sans jamais se perdre. Les temples détenant les améliorations d'armes ne sont pas cachés, mais même affichés sur la carte quand on débloque cette option. Le scanner d'analyse est remplacé par une vision psychique, faisant sauter aux yeux la solution de la moindre énigme ou secret caché. On enterre juste le concept de l'expérimentation.

Un nouvel espoir

Et pourtant, je suis allé au bout de cette aventure. La beauté des environnements -- pour un joueur Nintendo Switch 2 je précise -- qui poussent à la contemplation, l'ambiance, la musique, ce mélange d'exploration et d'action, les cinématiques magnifiques, les boss dantesques, ce gameplay et surtout ce plaisir infini de retrouver Samus Aran relèvent l'ensemble. Il y a plusieurs passages où j'ai bel et bien retrouvé l'esprit du premier Metroid Prime. De plus, le lock d'une cible associée au ciblage avec un deuxième stick -- en oubliant le mode à la souris -- sont un gain de confort non négligeable. Les phases en boule morphing apportent une variété de gameplay toujours aussi appréciable, comme le progression en terme de puissance au fil des améliorations.

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Moins épique, le scénario se suffit à lui-même malgré ses airs de déjà-vu. La révélation du passé du grand méchant est un monstre de cliché, me donnant à juste titre l'envie de le descendre. Il faut viser un 100%, à la fois dans la récupération des améliorations et des analyses pour débloquer une cinématique dévoilant le visage de Samus. J’ai remis cela à une autre fois, car même si le jeu est relativement court -- environ 6 heures pour l'histoire principale -- et accessible, je n'ai pas envie de remettre le couvert pour le moment.

J'ai réellement l'espoir que la cinématique de fin illustre l'intention de Retro Studios d'abandonner une partie du passé, pour redonner vie à la licence Metroid Prime. De même, j'espère que l'on abandonne définitivement l'idée d'équipe pour retrouver cette solitude d'antan, Samus Aran n'est pas Master Chief. Au même titre que la série Metroid originelle a cheminé pour arriver jusqu'à Metroid Dread, j'attends de Retro Studios de décider clairement quelle voie emprunter pour Prime, mais pas celle de la moto.

Conclusion

Fruit d'un développement long et laborieux, Metroid Prime 4: Beyond se retrouve daté par de nombreux aspects, notamment le monde ouvert qui occupe pourtant une place centrale dans le jeu. Encore en train de chercher sa voie, on retrouve dans cet opus différents aspects de la trilogie Metroid Prime. Pourtant au prix de l'accessibilité, Metroid Prime 4: Beyond s'éloigne des codes du genre Metroidvania, ce qui est pour le moins cocasse. Incarner le personnage de Samus Aran reste néanmoins assez savoureux malgré quelques grains de sable, grâce à un gameplay bien huilé, une direction artistique sublime et une ambiance emprunte d'une nostalgie certaine. Si le remaster de Metroid Prime sur Nintendo Switch avait permis de remettre le pied à l'étrier, Metroid Prime 4: Beyond laisse entrevoir le potentiel de la licence pour une nouvelle génération.

Test réalisé par Agahnon sur Nintendo Switch 2 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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