Test - Until Then : en attendant, prévoyez les mouchoirs

Visual novel philippin signé Polychroma Games, Until Then plonge le joueur dans le quotidien d'un lycéen de Manille dont la vie déraille entre amitiés, chagrins et mystères. Un voyage émotionnel qui ne laisse pas indemne.

Il y a des jeux qui se présentent sous des dehors innocents avant de vous retourner comme une crêpe. Until Then est de ceux-là. Développé par le studio indépendant philippin Polychroma Games et édité par Maximum Entertainment, ce visual novel nous invite à incarner Mark Borja, un lycéen de Manille de quinze ans dont le quotidien semble, de prime abord, résolument ordinaire. Des cours qui s'étirent, des amis avec qui traîner, un téléphone portable vissé dans la main et des réseaux sociaux à alimenter : rien que de très familier pour quiconque a traversé l'adolescence à l'ère numérique. Sauf qu'Until Then n'est pas un jeu ordinaire, et que cette apparente normalité n'est que le premier acte d'une histoire bien plus ambitieuse.

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Disponible sur PC via Steam, mais aussi désormais sur Xbox Series X|S, PlayStation 5 et Nintendo Switch, Until Then s'inscrit dans la tradition des visual novels à forte composante narrative tout en cherchant à s'en distinguer par ses mécaniques de gameplay, son ancrage culturel assumé et une direction artistique qui, dès les premières minutes, ne laisse aucun doute sur les intentions de ses créateurs. Le jeu ne s'inscrit dans aucune franchise connue et constitue une œuvre originale, ce qui, dans un paysage vidéoludique souvent friand de suites et de remakes, mérite d'être souligné. Pour les amateurs du genre comme pour les néophytes curieux, Until Then a visiblement quelque chose à dire. Reste à voir si cela vaut le détour.

Ce qu'on a aimé

Une direction artistique qui vaut le détour

Disons-le sans embages : Until Then est l'un des plus beaux jeux en pixel art que nous ayons eu l'occasion de parcourir. Polychroma Games a poussé l'esthétique rétro à un niveau de finesse rarement atteint dans le secteur indépendant. Chaque décor de Manille respire, les animations des personnages sont expressives sans jamais tomber dans la caricature, et les transitions entre scènes font preuve d'une inventivité constante qui empêche l'œil de se lasser.

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Le jeu alterne avec une aisance déconcertante entre des séquences en pixel art classique et des passages dans un style graphique plus cartoon, créant une palette visuelle variée qui sert magnifiquement les différentes tonalités de la narration. La bande-son accompagne ce travail visuel avec une cohérence remarquable, oscillant entre mélancolie douce et moments de légèreté, sans jamais imposer une émotion au détriment d'une autre. Until Then est, avant toute chose, un jeu qui se regarde et s'écoute autant qu'il se joue.

Une histoire qui sait prendre son temps

Le véritable atout d'Until Then réside dans la construction minutieuse de sa narration. Le jeu prend le parti de nous installer confortablement dans le quotidien de Mark et de ses amis, avant de commencer à tirer sur les fils qui font tenir cet équilibre fragile. Cette progression lente et délibérée n'est pas un défaut de rythme mais un choix narratif pleinement assumé : il s'agit d'abord de nous attacher à ces personnages, de rendre leur réalité tangible et crédible, pour que les événements qui suivent résonnent avec une véritable force émotionnelle.

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Les personnages sont écrits avec une authenticité rare, dotés chacun d'une voix propre, de contradictions, d'humour et de failles qui les rendent profondément humains. La montagne russe émotionnelle promise se révèle pleinement sur la durée des quinze à vingt heures que dure l'aventure, et il serait peu honnête de prétendre ne pas avoir été plusieurs fois touché par ce que le jeu choisit de raconter.

Un cadre philippin authentique et bienvenu

Until Then se déroule dans une version fictive des Philippines post-catastrophe, dans un contexte qui évoque le passage du typhon Haiyan de 2013, un événement dont les conséquences humaines et sociales imprègnent chaque recoin de l'univers du jeu. Ce contexte aurait pu rester purement décoratif, mais Polychroma Games l'exploite avec intelligence et sensibilité. La culture philippine irrigue le jeu dans ses moindres détails, que ce soit dans les références culinaires, dans les dynamiques familiales et sociales, ou dans les expressions et codes linguistiques des personnages.

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Cette authenticité culturelle apporte au jeu une identité singulière qui le distingue nettement de la production occidentale ou japonaise dominante dans le genre. Pour beaucoup de joueurs, Until Then sera une fenêtre ouverte sur un univers peu représenté dans le jeu vidéo, ce qui lui confère une valeur supplémentaire qui dépasse la simple expérience ludique.

Des mécaniques de smartphone vraiment bien pensées

L'une des idées les plus séduisantes d'Until Then est d'avoir intégré un simulateur de smartphone et de réseaux sociaux directement au cœur de la narration (qui n'est pas sans rappelé les Stein). Mark consulte ses messages, répond à ses contacts, like des publications et navigue sur une interface mobile qui singe nos propres usages numériques avec une précision amusante et parfois un brin gênante.

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Cette mécanique n'est pas un gadget : elle devient progressivement un outil narratif à part entière, permettant d'approfondir les relations entre personnages, de distiller des informations contextuelles et, à mesure que l'histoire se complexifie, de brouiller subtilement les frontières entre l'ordinaire et l'inquiétant. Des notifications qui ne correspondent pas à ce dont on se souvient, des messages dont le ton a changé, des publications qui semblent contredire notre propre mémoire : le téléphone de Mark finit par devenir un narrateur aussi fascinant qu'inconfiable.

Des mini-jeux qui cassent le rythme avec malice

Contrairement à ce que l'on pourrait redouter d'un visual novel, Until Then ne se contente pas de faire défiler du texte sur fond d'illustrations statiques. Le jeu parsème son parcours de mini-jeux variés et inventifs qui viennent casser la monotonie inhérente au genre avec une efficacité bienvenue. Ces intermèdes jouables sont franchement amusants et s'intègrent de manière cohérente à la fiction.

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La séquence autour des fish balls, dans laquelle on affronte un ami à qui embrochera le plus de boulettes frétillant dans l'huile chaude, est un petit moment de bonheur pur qui résume bien l'équilibre que le jeu cherche à maintenir entre légèreté et profondeur. La séquence dans la maison hantée, où il s'agit d'effrayer le maximum de visiteurs, n'est pas en reste.

Ces mini-jeux ne sont pas difficiles au sens compétitif du terme, mais leur rôle n'est pas là : ils rendent le voyage vivant, rythmé et ludiquement engageant pour un genre qui peut parfois sembler hermétique aux joueurs peu habitués à passer plusieurs heures à lire.

Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé

Une structure narrative qui ne convient pas à tous les profils

Until Then fait le choix d'une narration linéaire, sans embranchements moraux significatifs ni systèmes de choix qui modifieraient profondément le cours de l'histoire. Le jeu propose bien plusieurs fins, ce qui offre une certaine rejouabilité et invite à reconsidérer certaines décisions lors d'une seconde partie, mais les joueurs habitués aux visual novels les plus exigeants du genre, ceux où chaque dialogue est une décision stratégique aux conséquences multiples, pourraient trouver cette approche un peu trop passive à leur goût.

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Nous avons, pour notre part, apprécié cette linéarité assumée : elle permet à Polychroma Games de maîtriser son récit avec une précision qu'une structure à embranchements multiples n'aurait peut-être pas permise. Mais nous avons bien conscience que cela ne fera pas l'unanimité, en particulier auprès des lecteurs-joueurs les plus chevronnés du medium, pour qui la liberté de choix est indissociable de l'expérience visual novel.

Un rythme qui demande de la patience

L'honnêteté nous impose de signaler que le premier tiers du jeu progresse avec une lenteur qui peut tester la patience. Until Then mise tout sur l'installation progressive de son univers et de ses personnages, et cette phase d'exposition, si elle est narrativement justifiée, peut donner l'impression d'un démarrage en côte pour quiconque cherche une montée en tension rapide.

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Certaines scènes s'attardent plus que nécessaire sur des détails du quotidien qui, même s'ils participent à la construction de l'atmosphère, auraient pu bénéficier d'un montage éditorial plus serré. Le jeu finit toujours par tenir ses promesses émotionnelles, et l'investissement initial est amplement récompensé, mais il convient d'aborder Until Then avec l'état d'esprit du lecteur plutôt que celui du gamer en quête d'action, sous peine d'un début de partie frustrant.

Ce que l'on a moins aimé

Un DLC absent au lancement

Une ombre au tableau mérite d'être mentionnée : le contenu additionnel Afterimages, annoncé pour accompagner l'expérience de base, n'était pas disponible au moment de notre test sur Xbox. Ce DLC, dont la sortie est prévue courant 2026 sans date précisée, promet deux nouveaux chapitres approfondissant certains thèmes de la force d'âme qui traversent l'aventure principale, ainsi que de nouvelles activités et mini-jeux.

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Son absence est certes regrettable pour les joueurs souhaitant une expérience aussi complète que possible dès l'achat. L'aventure principale reste néanmoins parfaitement cohérente et conclusive en l'état : on ne se retrouve pas face à une histoire tronquée. Mais l'attente d'Afterimages laisse quelques questions en suspens qui auraient pu trouver réponse plus tôt.

Des mini-jeux au challenge anecdotique

Si nous avons globalement apprécié les mini-jeux pour leur capacité à dynamiser le rythme de l'aventure, il faut reconnaître qu'ils ne présentent quasiment aucun défi pour le joueur. L'absence de difficulté réelle les cantonne davantage au rôle d'intermèdes interactifs que de véritables séquences de gameplay, et certains d'entre eux souffrent d'une conception un peu maladroite à la manette.

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Pour un public de casual gamers ou de néophytes du genre, cela ne posera aucun problème. En revanche, les joueurs qui espèrent des séquences jouables plus musclées risquent une légère déception. La fonction de ces mini-jeux reste avant tout narrative et rythmique, et c'est dans cet esprit qu'il faut les aborder, mais un peu plus de mordant dans leur conception n'aurait assurément pas nui à l'expérience globale.

Crache ton adieu, Myrhdin

Until Then est une réussite sincère et touchante, portée par une direction artistique exemplaire, une écriture des personnages d'une grande maturité et un ancrage culturel philippin qui lui confère une identité forte et mémorable. Le jeu n'est pas parfait : son rythme exige une mise en condition, sa structure linéaire ne séduira pas les puristes du genre et certaines de ses mécaniques manquent de profondeur ludique.

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Mais ces réserves n'effacent en rien ce qui reste une expérience narrative parmi les plus marquantes que le genre indépendant ait produites ces dernières années, proposée à un tarif particulièrement raisonnable. Pour les joueurs prêts à accepter son tempo et son parti pris narratif, Until Then a tout d'un petit chef-d'œuvre que l'on n'oublie pas facilement. Et puisque le DLC Afterimages pointe le bout de son nez pour plus tard dans l'année, nous aurons d'ailleurs l'occasion de reparler de l'univers de Mark Borja dans les prochains mois.

Ce test a été réalisé par Myrhdin avec une clé ou un jeu fournis par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le développeur, l'éditeur ou les entreprises les représentant.

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Plateformes Linux, Nintendo Switch, PlayStation 5, Windows
Genres Aventure, contemporain

Sortie 25 juin 2024 (Windows)
25 juin 2024 (Linux)
25 juin 2024 (PlayStation 5)
26 juin 2025 (Nintendo Switch)

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