Test de I Hate Running Backwards, le crossover dont personne ne rêvait

Développé par les Croates de Binx Interactive, I Hate Running Backwards est un "shoot'em down", comme aiment le présenter ses développeurs, qui prend place dans l'univers de Serious Sam. Avec une dizaine de personnages venus de quelques jeux édités par Devolver Digital, le jeu s'avère être un crossover assez improbable où l'objectif sera de survivre le plus longtemps possible dans des niveaux générés de manière procédurale.

Test de I Hate Running Backwards, le crossover dont personne ne rêvait

Présenté comme un "shoot'em down", I Hate Running Backwards est un shooter en scrolling vertical, avec une particularité : les ennemis viennent du bas de l'écran. Un double défi se pose donc au joueur, puisqu'il faudra veiller à éviter les assauts répétés des ennemis venus du bas tout en surveillant la progression de notre personnage vers le haut de l'écran. Avec quelques obstacles disséminés ici et là, le jeu prétend offrir un challenge important en raison de ce choix de game design assez peu commun.

Avec huit personnages issus de licences éditées par Devolver Digital comme Serious Sam, Enter the Gungeon, Hotline Miami ou Shadow Warrior et quatre personnages inédits, I Hate Running Backwards s'affirme comme un gigantesque crossover de l'improbable pour l'éditeur américain qui a multiplié les licences depuis des années. Un jeu entièrement réalisé en voxel et sur le ton de la dérision, avec en toile de fond des mondes et ennemis venus de Serious Sam, un choix qui se révèle séduisant dans les premières heures tant on se laisse happé par le rythme effréné des affrontements et sa musique aussi entraînante qu'entêtante. 
Le joueur aura le choix entre un mode de jeu classique qui consiste à jouer les niveaux les uns après les autres, selon deux modes de difficulté et en activant divers bonus (ou malus) pour réaliser le meilleur score possible, et un mode "challenge quotidien" assez quelconque qui se résume à battre un score déterminé.
Il est également possible de jouer en multijoueurs, à deux, mais c'est sur l'aspect communautaire que les développeurs insistent avec l'apparition d'un "twitch mode", un mode de jeu spécial consacré à la célèbre plateforme de streaming et qui consiste, pour le streamer, à permettre à ses spectateurs de prendre part à la partie en invoquant les ennemis qu'il doit affronter. Pour ce faire, les spectateurs verront à l'image une liste d'ennemis, chacun ayant un chiffre attribué (entre 1 et 9), ce qui leur permet de les invoquer en envoyant simplement le chiffre correspondant dans le chat du stream. Une idée plutôt sympathique en théorie, pourtant, et à l'image du reste du jeu, on verra que le concept tombe rapidement à l'eau.

Le monde procédural à l'intérêt aléatoire

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La particularité de I Hate Running Backwards dans la construction de son monde est l'aspect procédural. En effet, si le jeu dispose de six environnements différents, tous les niveaux sont générés de manière procédurale selon un moteur qui alliera obstacles (murs et vides) et quelques composantes plus ou moins originales : compétences spéciales à récupérer et séquences de gameplay différentes (comme dans les mines avec des chariots sur rails ou une jeep équipée d'une mitrailleuse). Ainsi, chaque partie sera différente, à tel point que la difficulté peut varier très largement d'un niveau à l'autre. En effet, les ennemis, eux aussi, apparaissent en nombre et en type de manière aléatoire, à tel point que certains niveaux mélangent sans raison des obstacles difficiles à esquiver (vides qui incitent au zig zag) et ennemis plus puissants, tandis que d'autres s'apparentent à d'incroyables promenades de santé tant les obstacles sont aussi peu nombreux que les ennemis que le moteur aura décidé de nous lancer à la figure.

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Ce déséquilibre dans la génération procédurale des niveaux est un point essentiel du jeu tant il porte atteinte à son idée même. I Hate Running Backwards se présente comme un jeu de scoring, pourtant ce déséquilibre permanent dans l'enchaînement des niveaux empêche véritablement de se frotter sérieusement aux scores de nos amis. En réalité et pour peu que l'on ait un peu de chance, il est tout à fait possible d'enchaîner six mondes qui s'apparenteraient à une promenade de santé, tandis que les plus malchanceux pourront sans mal tomber dès les premiers instants sur un monde difficile à gérer. Alors, le jeu se révèle assez fun dans ses premiers instants, d'autant plus que le système de progression à base de niveau - des points d'expérience que l'on récupère en détruisant le décor, quasi intégralement destructible - permet au joueur d'améliorer son personnage au fil de son avancée dans une même partie. Néanmoins, le tout procédural montre ses limites et donne assez peu de sens au scoring.

Un choix douteux et une exécution qui ne l'est pas moins, qui semble trahir certaines intentions du studio ou de son éditeur. À trop vouloir insister sur ce gigantesque délire, presque private joke de Devolver Digital, I Hate Running Backwards fait le strict minimum dans sa structure et ne donne que les bases de ce qui semble être un jeu vidéo.

Un contenu aussi vaste qu'inintéressant

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C'est d'autant plus dommage qu'en termes de contenu, le jeu est assez généreux. Au-delà de ses douze personnages, les nombreuses compétences et armes offrent une variété de gameplay assez intéressante. Les parties évoluent souvent très vite selon les armes récupérées en route, mais aussi les bonus de vitesse ou de protection, et on peut rapidement passer d'un relatif confort à une situation où l'on doit composer avec des éléments auxquels on n'est pas forcément habitués. Les niveaux destructibles offrent aussi pas mal de fun puisqu'on peut la plupart du temps détruire tout ce qui passe devant nous grâce au coup au corps à corps, de quoi tracer notre propre route sur des niveaux qui ne se soucient pas trop de nous donner des chances de nous en sortir.
On note aussi les combats de boss, pas forcément captivants, mais ils offrent toutefois un challenge qui, pour le coup, n'est pas teinté d'aléatoire, grâce à des patterns classiques, mais néanmoins sympathiques. D'autant plus qu'ils sont tout droit sortis de l'univers de Serious Sam, et c'est avec un certain plaisir qu'on se met à tirer sans réfléchir sur le Roi Scorpion, Scrapjack ou le Golem de lave.

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Néanmoins et comme le reste du jeu, tout ça tombe rapidement à l'eau. Bien que les développeurs n'aient pas été radins en contenu, leur exploitation au sein du jeu est aussi aléatoire que mal pensé : les armes secondaires à récupérer dans les niveaux apparaissent sans aucune logique et les compétences ont finalement assez peu d'impact sur le déroulement des combats. Si le mode deux joueurs remonte un peu l'intérêt du tout puisqu'on pourra combiner les forces et faiblesses de chaque personnage, celui-ci est parfois parfaitement illisible tant la destruction des décors, associé aux graphismes voxel, donne parfois un gigantesque bordel où l'on a du mal à se situer.

Conclusion

À l'image d'une conférence de Devolver Digital à l'E3, I Hate Running Backwards est un immense délire qui ne sera compris que par ses auteurs. Crossover de l'enfer entre les quelques licences de l'éditeur américain, le jeu nous propose de rejoindre ses personnages supposément emblématiques dans un "shoot'em down" aussi mal rythmé que possible. Avec des mondes générés de manière procédurale et une apparition aussi aléatoire des ennemis, on fera souvent face à des niveaux mal conçus qui rappellent s'il le fallait encore qu'un moteur qui génère aléatoirement des niveaux ne fait pas un jeu. Si quelques niveaux, par miracle, parviennent à allier level design de qualité et challenge grâce à des ennemis générés au bon moment, la plupart du temps le joueur se voit confronté à des niveaux d'une platitude rare et d'un challenge en dents de scie. Le mode Twitch tant vanté par les développeurs ne sauvera pas grand chose non plus : reposant sur les mêmes mécaniques de niveaux procéduraux, il permet juste aux spectateurs de votre stream de générer quelques ennemis en nombre et en type déjà définis par le jeu. Autant dire que le fun est rapidement mort et, comme beaucoup de jeux édités par Devolver, on se dit que c'était sympa pendant une heure ou deux avant de passer au suivant.

Test réalisé par Hachim0n à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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4,7 / 10 - Moyen

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.