Test de Fist of the North Star : Lost Paradise - Kenshiro est devenu un Yakuza

Curieux mélange entre le manga japonais Ken le Survivant (Hokuto no Ken) et la licence des Yakuza, Fist of the North Star : Lost Paradise est un jeu développé par le Yakuza Studio, à l'origine d'un spin-off aussi inattendu que barré et le plus souvent bien décevant.

Test de Fist of the North Star : Lost Paradise - Kenshiro est devenu un Yakuza

Sans adapter fidèlement l'histoire du manga, le jeu en reprend quelques éléments essentiels pour en proposer sa propre version. Kenshiro, le successeur et héritier de l'école d'art martial assassin, le Hokuto Shinken, est aux prises avec Shin, celui qui a enlevé sa bien aimée Yuria. Aux termes d'un terrible combat qui le voit sortir vainqueur, le héros part vers la cité d'Eden afin de retrouver Yuria. Cette mystérieuse ville apparaît comme une anomalie : suite à une guerre nucléaire qui a touché le monde, elle est la seule où sécurité et eau potable existent encore. 

L'histoire de la Grande Ourse

En reprenant pour l'essentiel la base de la série des Yakuza, Fist of the North Star : Lost Paradise nous invite en terrain connu. De son histoire principale surjouée avec de nombreux boss à ses quêtes secondaires et activités diverses et loufoques, on sait rapidement à quoi on a affaire. À tel point que les surprises sont rares.

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Kenshiro, dont la voix est celle de Takaya Kuroda, le doubleur du héros des Yakuza, se retrouve aux prises avec de nombreux ennemis alors qu'il tente de percer le secret d'Eden, cette ville curieuse et auto-suffisante dans un monde terrassé par les armes nucléaires, où l'eau et la nourriture sont des denrées terriblement difficiles à trouver. C'est en fouillant par là-bas, en recherchant sa bien-aimée Yuria, qu'on se retrouve dans un système de jeu classique tout droit sorti de la licence phare du Yakuza Studio. Aller-retours incessants et combats de rue, le skin Ken le Survivant s'insère sans mal dans un modèle qui a fait ses preuves, tout en essayant de tirer partie de son propre univers à la Mad Max avec un open world, assez minuscule, où l'on pourra s'aventurer avec un buggy customisable. Malheureusement, il est bien désagréable de se balader dans ce monde ouvert tant la conduite du buggy est inintéressante. Sans impression de vitesse ni même de poids dans les virages, on a juste le sentiment de flotter sur le sable en roulant à 50 et ce même lorsque le compteur affiche plus de 200km/h. Le jeu tente d'introduire un système de carburant, mais il est si simple de s'en procurer - il suffit en effet de parler à un gamin en ville ou sur plusieurs points de la carte du désert - que le "game over" promis par le jeu si on ne fait pas attention à notre carburant n'apparaîtra jamais.
Curieusement, ce monde ouvert ne constitue pas le coeur du jeu, alors que l'univers de Hokuto no Ken se prête parfaitement au voyage et à la découverte d'endroits insolites. L'essentiel de l'histoire se déroule dans l'unique ville d'Eden, tandis que ses plaines désertiques ne seront qu'un moyen de justifier d'interminables aller-retours, notamment dans les derniers chapitres, afin de rallonger artificiellement la durée de vie du titre. Ce qui aurait pu différencier Fist of the North Star : Lost Paradise de la licence dont il n'est finalement qu'un spin-off tombe donc rapidement à l'eau et il faudra se contenter d'un jeu qui se contente le plus souvent de singer son grand frère.

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L'histoire du jeu nous invite donc dans une course contre-la-montre, la recherche de la bien-aimée laissant vite la place au sauvetage d'une ville en péril. Face à des masses de survivants qui cherchent refuge, ou le plus souvent pouvoir, cette ville auto-suffisante grâce à une énergie étonnante attire l'oeil. Et le héros se retrouve bien vite contraint de leur prêter main forte face à diverses milices pour conserver la paix. L'occasion de balancer du "atatatatata" et des "tu ne le sais pas, mais tu es déjà mort" en boucle (en japonais ou en anglais, néanmoins) et d'atteindre les points vitaux des adversaires. Un style de combat, sans armes, propre à Kenshiro et qui est mis en scène d'une manière plutôt habile grâce à des coups spéciaux à sortir lorsque l'ennemi est étourdi. Une impression de surpuissance submerge le joueur, jusqu'à ce qu'il croise finalement des boss qui maîtrisent eux aussi ce style de combat. Au premier abord jouissif, ce système de combat se révèle assez rapidement limité avec un nombre de combos et une diversité de coups très faible et ce malgré un système de progression et d'expérience avec de nouvelles techniques à débloquer. À tel point qu'au bout de quelques heures les (nombreux) combats de rue et arènes de progression de l'histoire apparaissent comme une plaie. La faute aussi à des ennemis qui ne se renouvellent quasiment pas puisque la même dizaine d'ennemis réapparaît toujours, peu importe sa faction (délinquant, mercenaire ou forces armées du grand méchant de l'histoire). On se contente simplement de différencier les trash mob des tanks et des quelques mini-boss qui viennent nous donner du fil à retordre pour venir compenser l'apparente surpuissance du héros. 

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Ce sentiment de répétitivité se retrouve également, et malheureusement, du côté de la campagne principale. Avec une structure narrative qui a tendance à (mal) reprendre celle de la saga des Yakuza, on se retrouve dans la peau du "good guy" qui donne un coup de main un peu à tout le monde, de manière désintéressée, afin de sauver sa ville. Si l'idée fonctionne bien chez Yakuza grâce à la construction de son héros, son passé avec le quartier qu'il protège et la présence de ses proches, la question est plus difficile pour Kenshiro qui débarque à Eden un peu par hasard et uniquement dans le but d'en savoir plus sur sa bien-aimée. Le voir devenir le sauveur des petits vieux et des intérêts d'Eden est rapidement barbant et la course contre-la-montre tourne vite en eau de boudin. L'action laisse place à d'interminables dialogues aux rebondissements sans fin, tandis que le jeu ne parvient pas à surprendre, la faute à des personnages calqués sur ceux des Yakuza. Si les fans de la licence apprécieront d'y retrouver les voix japonaises qui ont bercées des centaines d'heures sur la série, il aurait probablement été plus judicieux de nous éviter un clone mal branlé de Goro Majima. 
Quant aux enjeux de l'histoire, s'ils se révèlent finalement assez terribles, le jeu ne parvient pas à installer la moindre intensité dramatique et on se sent assez peu concerné par les événements. Pire, après une vingtaine d'heures de jeu à faire des aller-retours dans un monde ouvert aussi moche que mal pensé, j'espérais fortement que tout finisse mal pour tous ces personnages qui n'ont été synonymes que d'ennui. 

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Tu ne le sais pas encore...

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Heureusement, et pour apporter un peu de diversité à une aventure monotone et sans grand intérêt, les activités secondaires qui ont fait la popularité de l'univers des Yakuza se retrouvent aussi dans ce Fist of the North Star : Lost Paradise. Pour l'essentiel, il s'agit d'activités annexes qui étaient déjà présentes dans la saga du Yakuza Studio. Je pense notamment au club d'hôtesses, introduit dans Yakuza 0, qui se retrouve là-aussi lorsque Kenshiro est chargé par la boss de l'immense night club d'Eden de prendre les commandes afin de pouvoir soutirer tout type d'informations. Ici aussi, il faut embaucher des hôtesses, leur faire gagner de l'expérience et prendre soin des clients en leur attribuant les hôtesses qui leur correspondent le mieux. Un mini-jeu qui a beaucoup plu dans Yakuza 0 et qui se voit adapté avec quelques disparités, comme une interface légèrement repensée et un rythme plus soutenu.
Je pense également à l'activité du baseball, fidèle à la sage des Yakuza et qui se voit ici réadaptée sous une forme plus loufoque. En effet, celle-ci se trouve dans les dunes de sable où un avant-poste d'Eden est attaqué par des mercenaires. À l'aide d'une immense poutre de fer, Kenshiro enchaîne les motards qui se jettent droit sur lui afin de marquer le plus de points possibles grâce à des home-run. Je dois avouer que, si j'ai été sévère avec d'autres activités ou même avec l'histoire principale, le concept de ce baseball m'a beaucoup amusé et, pour le coup, il exploite bien l'univers de Hokuto no Ken et l'improbable force de son héros.
Au-delà de ça, on trouve aussi d'autres activités comme celle du barman, qui consiste à réaliser des cocktails pour remonter le moral des clients, mais aussi des courses en buggy, qui pour le coup ne présentent strictement aucun intérêt tant la conduite est désagréable. On se forcera tout de même à faire une course, à un moment de l'histoire, juste pour débloquer une pièce pour le véhicule, avant de rapidement oublier que ce mini-jeu existe. 

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Quant aux quêtes secondaires, elles reprennent là encore l'essentiel de ce qui existe chez l'autre licence du Yakuza Studio. Parfois loufoques, souvent assez drôles, les quêtes secondaires vont de la simple chasse au mercenaire à la partie de cache-cache avec un enfant. Entre temps, on aide un petit vieux à se faire des amis ou on retrouve un célèbre maître d'arts martiaux des Yakuza. Si celles-ci présentent un intérêt souvent inégal, leur nombre important (80 quêtes secondaires) et leur diversité permet au moins de se changer les idées et d'apporter un nouveau visage à un jeu qui peine, à côté, à séduire.

... Mais tu es déjà mort

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Là où le bât blesse, c'est cette impression de reskin qui est omniprésente. Simple copie de la série des Yakuza avec un skin Ken le Survivant, les développeurs du Yakuza Studio, ou plus probablement une équipe secondaire, semblent dénués d'idées alors qu'ils devaient livrer un jeu sous licence. Le phénomène est assez drôle lorsque l'on se rend compte que des séquences de jeu, quasi entières, sont calquées sur des séquences que l'on retrouve dans la saga. Je pense notamment au dernier chapitre du jeu qui se déroule de la même manière, pratiquement scène par scène, que le dernier chapitre du premier Yakuza. C'est-à-dire une arène à parcourir avec une succession de trash mob et de mini-boss, puis deux boss, sans point de sauvegarde ni de moyen d'acheter des soins. Une manière assez foireuse de présenter les derniers combats, mais surtout un équilibrage très étonnant avec un énorme pic de difficulté sur cette dernière ligne droite. Si je n'étais jamais mort jusque-là, j'ai dû recommencer quatre fois ce dernier chapitre avant de voir le générique de fin. Ce pic de difficulté était symptomatique de la série des Yakuza, mais ce problème a été résolu au fil des épisodes et la série offre désormais une meilleur progression. C'est donc assez dommage de retrouver ça dans Fist of the North Star : Lost Paradise, qui s'est juste contenté de reprendre des éléments de son grand frère, sans trop veiller à en corriger les problèmes.

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Mais ce sentiment d'y voir une copie va encore un peu plus loin, avec une interface calquée sur celle de Yakuza 3, tandis que le moteur graphique semble aussi être le même, celui de l'épisode de 2009. Avec son terrible aliasing et ses limitations techniques comme des temps de chargements très nombreux ou un héros qui peine parfois à faire soudainement demi-tour, on a quand même l'impression d'être revenu dix ans en arrière. Le producteur de Yakuza Studio, Toshihiro Nagoshi, avait d'ailleurs été assez vague sur le moteur utilisé pour Fist of the North Star : Lost Paradise, se contentant simplement de dire qu'il n'exploiterait pas le Dragon Engine de Yakuza 6. Et on comprend pourquoi. Le jeu est graphiquement très daté et ses limitations techniques nous renvoient à une autre époque, avec pour seule nouveauté un filtre cell-shading appliqué au jeu pour tenter de coller à l'anime.

Enfin, et c'est une énorme déception mélangée à de la colère : le jeu ne comporte aucune musique venue de l'anime original. Si les Japonais ont eu droit à ces musiques dans une improbable édition "first print" hors de prix, rien n'indique leur présence future dans l'édition européenne. Pire, il faut se contenter de thèmes musicaux venus là encore des Yakuza ou de remix de ces derniers, d'un goût aussi douteux que déprimant. Quand on se balade en buggy, l'autoradio nous laisse finalement le choix entre trois musiques : le thème original du jeu, le thème de Binary Domain et enfin le thème de Super Monkey Ball. À moins que vous ayez déjà voulu vous balader dans les terres désolées avec l'entêtant thème des Super Monkey Ball, vous aurez bien du mal à prendre au sérieux ces voyages dans le désert. 

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Conclusion

Fist of the North Star : Lost Paradise est finalement un jeu à l'image de l'anime qu'il adapte. S'il est rigolo quelques instants à la fois par nostalgie et pour les "atatatata" devenus cultes, il n'en reste pas moins terriblement daté. Avec son interface et son gameplay tout droit sortis de Yakuza 3 et sans prendre en compte les dernières améliorations de la licence de gangsters, on a le sentiment de voir un jeu sorti trop tard. Ajoutant à cela une histoire pas bien passionnante, une bande-son terriblement décevante et une mise en scène le plus souvent risible, ce spin-off mal branlé ne rend pas honneur à Hokuto no Ken et ne semble s'adresser finalement qu'à ceux qui auront quelques euros à perdre dans un jeu qui joue péniblement sur la fibre nostalgique. En singeant entièrement la licence phare du studio, on a toujours cette impression d'assister à un remake de Yakuza 1 avec un nouveau skin, dont l'intérêt ludique est le plus souvent proche de zéro.
Au final, on ne saurait que trop vous conseiller d'aller jouer à un vrai Yakuza plutôt qu'à cette mauvaise copie, tant celle-ci échoue dans tous les domaines où l'original excelle habituellement, et ne parvient même pas à captiver l'attention avec son univers pourtant riche et qui résonne en beaucoup d'amateurs de mangas. Le pire dans l'histoire, ou le plus triste, c'est qu'il s'agit pourtant probablement de l'adaptation vidéoludique de Hokuto no Ken la plus réussie jusqu'à aujourd'hui, mais malgré tout, on a bien du mal à y prendre le moindre plaisir. 

Test réalisé par Hachim0n à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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