Test de Greedfall - Spiders à la conquête d'un nouveau monde

Pour leur dernière collaboration avec Focus, les développeurs de Spiders nous reviennent avec leur projet le plus ambitieux à ce jour. Vérifions ensemble s’ils n’ont pas eu les yeux plus gros que le ventre.

Terra Nova

Le jeu nous place dans la peau de monsieur ou madame De Sardet, nouveau légat chargé d’assister son cousin Constantin qui prend ses fonctions de gouverneur sur Teer Fradee, une île lointaine récemment découverte. Un diplomate donc, ce qui sera plus que bienvenu sur une île qu'occupent différentes nations aux motivations diverses et aux méthodes souvent discutables tout en se concentrant sur la recherche d’un remède à une maladie qui fait des ravages sur le continent. Et ce sans compter les peuples natifs de l’île, peu disposés à accueillir à bras ouvert ces colons bien trop envahissants. À vous de forger votre histoire et de découvrir les nombreux mystères qui entourent Teer Fradee et ses habitants.

Cap sur l'aventure !
Cap sur l'aventure !

Nature morte

Je vous avoue que le premier contact avec les graphismes de GreedFall m’a laissé un peu froid. Spiders reste un studio de taille réduite et le choix de proposer un monde réduisant au maximum les écrans de chargements a dû nécessiter quelques compromis ; on est donc bien en retrait des grosses productions, principalement au niveau des textures. On fronce un peu les sourcils, tant au niveau des personnages que des environnements de la ville qui nous accueille durant l'introduction du jeu. Tout semble bien fade et éloigné des images vendant le jeu. On s'accroche malgré tout quelques heures, car les graphismes ne font pas tout et qu’on espère trouver mieux plus loin. C'est lorsqu'on sort des villes, une fois sur Teer Fradee, que la qualité artistique de Greedfall touche enfin sa cible. La nature de cette île lointaine reprend ses droits et nous offre quelques superbes tableaux, installant encore plus le contraste entre les natifs et leurs villages en pleine nature et ces envahissants visiteurs retranchés dans leurs villes si ternes en comparaison.

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On retrouve d'ailleurs cet étrange décalage au niveau des personnages. Certains monstres (les bosses en particulier) sont particulièrement réussis visuellement, tout comme vos compagnons. Par contre, lorsqu'on touche aux personnages secondaires ou, plus gênant, au personnage du joueur (homme ou femme, même combat), c'est un peu plus la soupe à la grimace puisqu’on passe du correct au bien moins convaincant, certains personnages frôlant la caricature. On ne va pas se mentir : l'animation des visages des personnages reste le gros chantier du studio parisien et Greedfall ne déroge pas à la règle. Ceci dit, l'esthétique très 17ème siècle fonctionne, chaque faction ayant ainsi une identité visuelle qui reflète bien sa philosophie.

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Liberté de choix

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On débute naturellement par la création de personnage qui, bon point, vous laisse cette fois libre de choisir le sexe de votre avatar. Si Spiders fait quelques efforts sur les options de personnalisation, on reste tout de même dans le limité, du style couleur des yeux et coupe de cheveux ; n'espérez rien de trop extravaguant. Heureusement, le jeu se rattrape dans les compétences. S'il vous est proposé de choisir un archétype de départ, rien ne vous oblige à vous y tenir par la suite. Libre à vous de débuter comme un guerrier et de vous donner quelques compétences techniques et magiques en route. Vous gagnez des points de compétences à chaque niveau ainsi que des points d'attributs (les stats classiques, comme la force) et de talents lors du passage de certains niveaux fixes. Un système d'évolution assez libre donc.

La plume plus forte que l’épée, vraiment ?

Vous le savez sans doute si vous êtes un habitué des précédents jeux du studio, les combats chez Spiders ont toujours eu un côté assez usant, tant dans la fréquence des combats que par leurs longueurs. Greedfall est donc à marquer d'une pierre blanche tant il brise enfin ce cycle. Le jeu n'est bien sûr par dépourvu d'occasions de tirer l'épée, mais celles-ci sont enfin devenues agréables à jouer. Moins fréquents et surtout plus rapides à régler, les combats ne donnent plus cette impression de casser le rythme de l'aventure. On note même dès le début la présence d'une difficulté "Histoire" pour ceux qui ont vraiment envie de rendre ces phases le moins pénible possible. Ces changements sur les combats ne signifient pas que vous traverserez le jeu les mains dans les poches ; il est toujours facile de se faire envoyer au cimetière pour avoir sous-estimé un groupe d’ennemi, en particulier face à ceux qui infligent des dommages magiques ou élémentaires.

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Pour son gameplay de combat, Greedfall se place dans la lignée d'autres RPG récents. On trouve une esquive, une parade, une attaque normale et une attaque spéciale dépendant de l'arme utilisée, chacune ayant de plus ses propres stats. On y ajoute la possibilité d'utiliser une arme à feu et même de la magie, selon la manière dont vous avez monté votre personnage. Les pièges, bombes et potions alchimiques traditionnelles chez Spiders sont elles-aussi de retour. On note également la présence d’une véritable pause activable à tout moment et qui donne quelques informations complémentaires en plus de vous permettre de planifier votre prochaine action. Attention toutefois, même si vous explorez le monde avec deux compagnons, il n’est pas possible de leur donner des ordres :  chacun d’entre eux vit sa propre vie. Ils ont leurs propres intérêts et peuvent parfaitement décider de ne pas être en accord avec vos choix, ce qui peut théoriquement les conduire à vous quitter. À l’inverse, maintenir une bonne relation avec eux vous donne des bonus et pour ceux que ce genre de chose intéresse, il est bien possible de nouer une romance avec vos compagnons.

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Bon point, le jeu n’oublie pas ses éléments de RPG. Il est ainsi parfaitement possible de s’éviter quelques combats en utilisant des voies détournées. La discussion bien sûr, dans laquelle vous pouvez faire appel à vos dons de persuasion, à vos compétences ou à vos compagnons si vous les avez bien choisis. Néanmoins, le jeu vous encourage également à jouer la carte de la discrétion à l’occasion, en utilisant les bonnes armures dans les zones restreintes à une faction ou en vous infiltrant en cherchant des chemins alternatifs pour accéder à certains lieux. Ça fonctionne plutôt correctement même si on n’est pas à l’abri de quelques aberrations, comme tous vos compagnons qui se faufilent devant deux gardes sans être vus uniquement parce que vous n’avez pas été détecté. Soit. On note par contre avec plaisir que vos choix ont des conséquences et que l'ordre dans lequel vous accomplissez les objectifs lors des quêtes a de l'importance. On peut ainsi trouver d'autres solutions à un problème ou au contraire rater un objectif secondaire parce qu'on ne l'a pas fait assez rapidement. Il est intéressant de noter que certains dialogues tiennent compte de vos actions passées et certains m’ont même poussé à me demander si le non-accomplissement d’une quête secondaire aurait pu avoir un impact sur une quête principale.

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Je vois du loot partout

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Un RPG ne serait pas un RPG sans loot et c’est encore plus vrai chez Spiders dont les jeux ont toujours profité d’un système de craft et d’amélioration de l’équipement particulièrement poussé. Greedfall n’échappe pas à cette tradition et il est rare de faire plus de quelques pas sans trouver quelque chose à looter, que ce soit une plante dans la nature ou un coffre à vider dans les villes. Les composants d’artisanat s’empilent donc rapidement dans l’inventaire, laissant le joueur assez serein lorsqu’il s’agit d’améliorer son matériel. La plupart des pièces d’équipement possèdent ainsi un ou plusieurs emplacements dans lequel vous pouvez placer une amélioration, plus ou moins puissante selon votre niveau de compétences. Heureusement, l’interface en général et celle de l’inventaire en particulier a été bien pensée, montrant d’un coup d’œil les différences entre deux pièces et pouvant être triées selon différents critères. Finalement, le soin apporté à l’interface rend presque étrange les quelques absences en matière de confort de jeu, telles qu’un ramassage de zone ou la possibilité de vendre tout le bric-à-brac en une seule étape.

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Parenthèse technique

Contrairement à ce que certains auraient pu espérer, le monde de Greedfall n’est pas un gigantesque monde ouvert, mais une succession de zones plus réduites que l’on peut parcourir sans rencontrer le moindre écran de chargement, ce qui est surtout notable en ville où les transitions entre l’extérieur et l’intérieur d’un bâtiment sont parfaitement naturelles. On note aussi que si le personnage ne peut toujours pas sauter, la sensation de liberté de mouvement n’en est que peu affectée et de nombreux raccourcis existent, particulièrement en ville. Difficile par contre de ne pas noter que les structures des bâtiments se répètent beaucoup : un des compromis dont je parlais plus haut. Signalons également que le jeu propose un cycle jour/nuit et qu’il a eu la bonne idée de dissimuler ses chargements entre les zones du jeu derrière une zone intermédiaire, servant de campement où vous pouvez gérer vos compagnons et votre matériel. Les chargements sont donc très rapides (sur le SSD de ma machine du moins). Un petit mot aussi sur la musique, qui marque une nouvelle collaboration entre Spiders et Olivier Derivière. Une collaboration toujours aussi efficace avec une musique qui accompagne bien les différentes séquences de jeu.

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Pas encore la panacée

Même si l’expérience que propose Greedfall est globalement bonne, il reste quelques points noirs à évoquer. Je ne vais pas tirer sur l’ambulance en reparlant de l’animation du visage des personnages. J’ai par contre eu droit à quelques bugs, principalement sur les quêtes des compagnons pour lesquelles des étapes intermédiaires ne se concluaient pas, bloquant la suite. On note aussi quelques placements de caméra hasardeux lorsque vous utilisez votre inventaire trop près d’un mur. Sachez également que le début du jeu peinait beaucoup à maintenir un framerate stable en plein écran sur ma config. Les esprits chagrins regretteront sans doute que le jeu se limite à une version anglaise sous-titrée, ce qui peut effectivement être un peu gênant lorsqu'un de vos compagnons tente de vous donner un moyen d'accès pacifique à une zone alors que vous êtes au beau milieu d'un combat.

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Conclusion

Greedfall était le plus ambitieux des projets de Spiders et je dois avouer qu’il est probablement leur jeu le plus réussi à ce jour. Le jeu n’est bien sûr par exempt de défauts, mais ceux-ci ne nuisent pas au plaisir de jeu. En trouvant enfin un équilibre dans les combats, Spiders a rendu son jeu moins pénible à traverser. Le résultat est très plaisant et offre une belle aventure qui vous accompagnera une bonne trentaine d'heures.

Test réalisé par Grim à partir d'une version PC fournie par l'éditeur.

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6,3 / 10 - Assez bien

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.