Test de Disciples: Domination - Le problème, c'est les autres

Un TRPG, c'est toujours cool, non ?

Résumé des épisodes précédents

1.png
Domination est une suite directe de Liberation, que nous avions testé à sa sortie. Dans ce dernier, Avyanna a libéré Nevendaar et en est devenue la reine. Seulement, comme chacun le sait, être reine, c'est super ennuyeux. Aussi, Domination débute 15 ans après les événements de Liberation, alors que l'héroïne a failli se suicider par ennui et a abandonné tous ses proches.

Bon, comme mise en scène héroïque du personnage principal, on a vu mieux. Cependant, Domination multiplie les références, grandes comme petites, au précédent ; il est donc agréable de retrouver tant d'éléments connus, même si on regrette cette longue ellipse peu compréhensible.

L'enjeu cette fois est un étrange flux de mana corrompu menaçant le monde dans son ensemble. Pour s'en débarrasser,  Avyanna entame un tour des cinq régions de son royaume.

Bataille, Fontaine, bataille et fontaine !

Entre les deux jeux, il y a eu un changement de studio : exit Frima, place à Artefacts, connu pour Le Donjon de Naheulbeuk : L'Amulette du Désordre ainsi que pour Crown Wars, notamment. En soi, l'association paraît tout à fait logique : Artefacts s'est fait un petit nom dans le développement de jeux de rôle tactique, soit exactement le genre de Disciples: Domination. Cependant, plusieurs différences existent avec leurs précédents jeux.

3.png
Tout d'abord, pour composer son armée, Avyanna a à sa disposition - en fin de partie - cinq compagnons et 45 unités. Chacune dispose de deux compétences offensives, d'une compétence passive et d'une compétence d'arrière-garde, auxquelles les compagnons ajoutent une compétence ultime.

Il y a une vraie richesse stratégique dans l'élaboration de son armée, tant les possibilités sont nombreuses. En effet, il faut choisir jusqu'à 10 unités de première ligne et 3 d'arrière-garde, le tout avec un nombre limité de points de commandement forçant à faire des choix.

Le système de combat en lui-même est très basique : la carte de bataille, différente à chaque fois, mais toujours assez réduite, est composée de cases sur lesquelles les unités peuvent se déplacer ou attaquer. Chaque unité dispose d'une action de déplacement et d'une d'attaque, mais les deux ne sont pas échangeables : si une unité n'attaque pas, elle ne peut se déplacer une fois supplémentaire ou inversement. Cependant, il existe des versions spéciales de chaque unité - possédant un nom - qu'il est possible de débloquer, principalement en réussissant des quêtes. Ces versions spéciales peuvent, elles, effectuer deux fois la même action.

En outre, à l'exception des trois boss, l'ensemble des ennemis utilisent les mêmes règles, c'est-à-dire la même liste d'unités disponibles pour le joueur. D'un côté, cela renforce l'impression de répétition. De l'autre, cela donne le sentiment que le jeu joue selon les mêmes règles que soi, ce qui est agréable.

2.png
Le système de combat fonctionne bien. Malheureusement, il rate à chaque fois l'occasion d'être excellent. Premier exemple de cela, le jeu propose parfois un objectif secondaire. C'est un excellent choix, forçant à varier sa composition d'équipe et sa manière de jouer. Sauf qu'au lieu d'être créé manuellement pour chaque combat spécifique, l'objectif secondaire est toujours aléatoire. Il en résulte qu'il est parfois extrêmement simple et d'autres fois simplement impossible. En outre, recommencer un combat relance le hasard, changeant l'objectif secondaire ou le supprimant purement et simplement.

Il en résulte qu'on ne s'en préoccupe rapidement plus : quand la chance est de notre côté on le fait, sinon on passe.

Le système de sauvegarde est aussi frustrant. En effet, il est impossible de sauvegarder en combat : on peut seulement relancer l'affrontement depuis le début. Or, le jeu est très punitif ; il est facile de perdre un personnage en faisant une erreur. Ce ne serait pas un problème dans pléthore de jeux, mais dans Disciples: Domination, la mort d'une unité est définitive. Il est facilement possible de la racheter au camp de base... mais s'il s'agissait d'une unité spéciale disposant d'un nom, celle-ci est perdue à jamais. 

Heureusement, le jeu possède plusieurs modes de difficulté, dont un mode "histoire" qui facilite nettement les combats tout en limitant plein de mécaniques frustrantes qui n'ont rien à faire dans un tel jeu, comme la gestion des points de vie des unités entre les combats. Honnêtement, sans ce mode de difficulté, j'aurais probablement abandonné le jeu en cours de route. Avec, j'ai pris du plaisir, mais sans jamais être conquis à cause de toutes les petites imperfections.

Oui, ma reine

Ajout majeur de cet opus, Avyanna peut exercer son rôle de reine dans sa salle du trône, en répondant aux requêtes de son peuple comme dans Dragon Age: Inquisition. L'idée est excellente, mais, une fois encore, la réalisation n'est pas à la hauteur. En effet, on croule sous les requêtes, dont certaines reviennent en boucle, et l'essentiel d'entre elles se limitent à un coût de ressource d'un côté et à un gain d'affection avec une faction de l'autre.

C'est vraiment dommage : à de rares moments, notamment lors de certaines quêtes, on sent le potentiel en matière de jeu de rôle du titre, avec plusieurs possibilités de résolution. Cependant, le plus souvent, et particulièrement face à ces doléances, le jeu se limite à un pur calcul de ressources, ce qui n'est guère engageant. 

Les quêtes et certaines doléances spéciales se trouvent lors de l'exploration des cinq zones du jeu. Cette exploration est assez sympathique, mais souffre là encore de petits ratés. Exemple parmi d'autres : le personnage se déplace lentement, mais il est possible de le faire courir. Toutefois, cette action a un temps de repos (certes court). Pourquoi ? C'est anecdotique, mais cela participe à ralentir l'expérience et à créer une frustration inutile.

4.jpg
5.jpg

Swiper à gauche

6.png
Abordons pour finir l'aspect technique. Je commence par le plus positif : même si la page du jeu dit le contraire, Disciples: Domination est pleinement compatible avec le Steam Deck. J'ai fait l'essentiel du jeu ainsi et n'ai jamais eu le moindre problème.

Maintenant, abordons ce qui fâche : le jeu n'est pas beau. La beauté est subjective : il peut s'agir d'aspects techniques (la quantité de pixels, le niveau de détails) ou artistiques (le style visuel du jeu). Parfois, il est même possible que cela tienne à un troisième élément : un personnage peut être réussi parce que son apparence colle avec son caractère, parce que certaines parties de sa personnalité donnent envie d'en savoir plus.

C'est simple : Disciples: Domination se rate sur tous ses aspects. Sur le plan technique, le jeu n'est vraiment pas joli, même en mettant tous les paramètres au maximum. Sur le plan du design, les personnages ayant un design vraiment réussi se comptent sur les doigts d'une main. Les environnements à explorer paraissent profondément quelconques.

Enfin, concernant le dernier aspect... J'ai déjà dit avoir très peu d'attachement envers Avyanne, tant sur le plan de son caractère que de son design, mais ce n'est pas le seul souci. Lors des dialogues, il est souvent possible de choisir une option romantique. À dire vrai, cette possibilité est tellement répandue que Geralt de The Witcher 1 paraît prude en comparaison. Les romances, c'est toujours chouette, mais je dois avouer que je n'ai jamais secrètement fantasmé sur le fait d'avoir des rapports sexuels avec un cadavre réanimé. C'est peut-être moi qui manque d'ouverture d'esprit, mais j'ai décliné l'essentiel du temps. En partie à cause du design, en partie à cause de la qualité technique, mais plus encore parce que les situations n'avaient vraiment rien d'engageant.

Tant qu'on en est à parler de la technique, évoquons le son. C'est assez simple : je n'ai presque rien à lui reprocher, mais je n'ai presque rien non plus à dire de positif. Le jeu est doublé en français, ce qui est très bien, mais tous les dialogues ne sont pas doublés ; en dehors de la quête principale, le doublage français se résume principalement à de petites phrases lancées par les différentes unités en combat, qui deviennent rapidement répétitives. Quant à la musique elle-même, il m'est arrivé, vers la fin de l'aventure, de ne simplement pas l'écouter, préférant porter un casque avec une autre musique à la place. Cela ne m'est pratiquement jamais arrivé avant dans un jeu vidéo.

Pour la conclusion de ce test, relancez-le en mode domination

Une fois le jeu terminé, j'ai voulu rédiger un avis sur Steam. Je ne suis pas certain qu'il ait déjà été aussi dur de déterminer si je recommandais ou non le jeu.

J'ai clairement pris du plaisir en jouant. Le système de combat fonctionne bien, il est stratégique et les différents niveaux de difficutés permettent d'enlever ou d'atténuer tous ses défauts bloquants. L'histoire et les graphismes ne sont pas exceptionnels, mais je n'ai pas de reproche majeur à leur faire. 

Si vous êtes sur une île déserte et avez le choix entre jouer à ce jeu et compter les cailloux, je vous conseillerais sans hésiter d'y jouer. Sauf que vous n'êtes pas sur une île déserte : il y a des dizaines de jeux qui sortent chaque semaine et décider de jouer à celui-ci, c'est renoncer à jouer à un autre jeu, qui sera probablement meilleur. 

Disciples: Domination est, quel que soit l'angle par lequel on le prend, un jeu moyen. Il est sympathique, mais il n'est jamais mémorable. C'est dommage parce que si, au lieu de faire du remplissage (ma dernière sauvegarde indique 42h de jeu, sans compter toutes les recharges), les développeurs avaient privilégié la qualité, ça aurait pu être une bonne expérience de 20 ou 30h. Au lieu de ça, c'est long, c'est mou ; c'est sympa, mais jamais incroyable. 

7.png

Test réalisé sur PC par Alandring grâce à une version fournie par l'éditeur.

Réactions (1)

Afficher sur le forum