Test - Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba – The Hinokami Chronicles 2 : Le mal, le beau et les démons

CyberConnect2 remet le couvert avec une suite plus grande, plus belle et plus généreuse. Tanjiro rengaine ses lames de l'eau et du feu pour un deuxième round que les fans de la licence attendaient avec impatience.

Sorti dans le sillage de l'une des licences manga et animé les plus populaires de la dernière décennie, Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba – The Hinokami Chronicles 2 s'impose d'emblée comme l'adaptation vidéoludique officielle des arcs qui ont fait rugir les fans dans les salles de cinéma et devant leurs écrans. Développé par CyberConnect2, le studio derrière les séries Naruto Ultimate Ninja Storm et Dragon Ball Z: Kakarot, et édité par Bandai Namco Entertainment, ce second volet poursuit là où son prédécesseur de 2021 s'était arrêté, en couvrant cette fois les arcs du Quartier des Plaisirs, du Village des Forgerons et de l'Entraînement des Piliers, soit une bonne partie de ce qui a mis le monde entier d'accord sur la qualité visuelle et émotionnelle de l'œuvre originale.

La promesse est claire dès les premiers instants : offrir aux aficionados de Tanjiro Kamado, Nezuko, Zenitsu et compagnie une expérience aussi spectaculaire que les planches de Koyoharu Gotouge et les productions de l'studio Ufotable. Le jeu s'inscrit dans le sous-genre bien identifié des jeux de combat basés sur des adaptations animé, un créneau à part entière qui ne cherche pas à rivaliser avec les ténors du versus comme Street Fighter ou Tekken, mais à offrir aux fans une passerelle interactive vers leur univers favori. Avec un roster qui dépasse désormais les 40 personnages jouables (et qui continue de s'enrichir, littéralement, via des DLCs réguliers, l'ambition affichée est réelle. Reste à savoir si la réalisation est à la hauteur.

Ce qu'on a aimé

Une direction artistique qui coupe le souffle (et les démons en deux)

Difficile de ne pas s'arrêter quelques secondes devant chaque scène de combat tant CyberConnect2 maîtrise l'art de la mise en scène pyrotechnique. Les effets de particules, les animations des techniques de souffle, les éclairages dynamiques et les transitions entre les phases de jeu et les cinématiques forment un ensemble d'une cohérence visuelle remarquable. L'anime d'Ufotable est réputé pour la qualité de ses affrontements, et c'est précisément ce niveau d'exigence que le studio s'est donné pour objectif d'atteindre.

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Nous avons constaté que le résultat est souvent bluffant : les attaques ultimes déclenchent des feux d'artifice numériques que l'on ne se lasse pas de regarder, et les boss du mode Histoire bénéficient de véritables mises en scène avec des patterns dédiés qui renforcent l'immersion. Le tout tourne à 60 images par seconde constants, même au cœur des affrontements les plus chargés, un confort qui n'était pas garanti vu la densité visuelle à l'écran.

Un roster généreux, fidèle à la licence

Avec plus de 40 personnages jouables au lancement (dont une vingtaine de nouveaux venus par rapport au premier opus) The Hinokami Chronicles 2 fait clairement le plein côté effectif. Les Piliers, grands absents ou personnages secondaires du premier jeu, prennent ici toute leur place : Gyomei Himejima, Genya Shinazugawa, ou encore les Épouses de Tengen Uzui viennent enrichir un casting déjà solide. Les démons de haut rang ne sont pas en reste, avec des représentants des Lunes Supérieures bien intégrés. Chaque personnage dispose de son propre kit de techniques, et les anciens du premier volet ont tous reçu de nouvelles techniques secrètes, ce qui donne une vraie raison de réexplorer des favoris déjà connus.

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On notera également que le roster continue de s'étoffer via des vagues de DLC diffusées régulièrement post-lancement (une pratique devenue standard dans le genre, et que les fans de la licence accueillent généralement avec enthousiasme).

Les doubles Ultimes et le fan service assumé

L'une des vraies nouveautés de ce second opus, et sans doute l'une des plus séduisantes, ce sont les attaques ultimes en duo. Lorsqu'on associe deux personnages dont la relation est forte dans le canon de la série (Tanjiro et Rengoku, par exemple) on a le droit à des cinématiques d'une générosité spectaculaire qui récompensent la connaissance de l'œuvre originale.

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C'est du fan service de qualité, le genre qui fait sourire plutôt que lever les yeux au ciel, parce qu'il est bien exécuté et ancré dans la cohérence narrative de la licence. Les interactions entre personnages, les voix originales japonaises intégralement préservées, la bande-son tirée directement de l'anime… Tout cela participe à une atmosphère que les fans apprécieront immédiatement. On sent que l'équipe de développement connaît son sujet et a pris soin de satisfaire une communauté exigeante.

Un mode Histoire qui a du sens… pour qui connaît la licence

Couvrant les arcs du Quartier des Plaisirs, du Village des Forgerons et de l'Entraînement des Piliers, le mode Histoire s'adresse avant tout à ceux qui ont suivi l'anime (et soyons honnêtes, difficile d'imaginer quelqu'un acheter ce jeu sans être un minimum impliqué dans la licence).

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Dans ce contexte, la narration fait son travail : revoir les scènes emblématiques rejouées avec fidélité, retrouver les dialogues cultes et affronter des boss mémorables comme Daki, Zohakuten ou Hantengu dans des combats dotés de patterns spécifiques constitue une vraie valeur ajoutée. Les combats en 3 contre 1, les séquences avec personnages affaiblis ou empoisonnés et les variantes de gameplay ponctuelles injectent de la diversité bienvenue dans le déroulé narratif. C'est loin d'être parfait, mais pour le public cible, c'est suffisant pour que le voyage vaille la peine.

Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé

Le mode "Entraînement des Piliers" : une bonne surprise… dans les limites du genre

Inattendu dans le paysage d'un jeu de combat d'animé, le mode roguelike baptisé "Entraînement des Piliers" mérite qu'on s'y attarde. Le principe (enchaîner des combats avec des conditions variables, des buffs et des malus aléatoires) est plus engageant qu'on ne l'aurait cru au premier abord, et constitue une vraie tentative d'apporter de la rejouabilité là où ce type de jeu se contente généralement d'un mode versus en ligne et d'un mode arcade poussiéreux.

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Cela dit, son intérêt reste limité sur la durée : les récompenses sont essentiellement cosmétiques, les runs finissent par se ressembler, et l'on n'est pas vraiment en face d'un roguelike qui transcende le genre. C'est une addition bienvenue, une surprise agréable pour qui ne l'attendait pas, mais certainement pas le mode qui justifiera à lui seul des dizaines d'heures de jeu supplémentaires.

Le système de gemmes et d'équipements : une profondeur de façade

The Hinokami Chronicles 2 introduit un système d'accessoires et de gemmes équipables sur les personnages, censé permettre une certaine personnalisation des statistiques et des builds pour chaque combattant. L'idée n'est pas mauvaise sur le papier, et l'on ne peut pas dire qu'elle est totalement inutile : certains joueurs auront plaisir à moduler légèrement le comportement de leur personnage favori.

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Mais dans la pratique, la profondeur offerte reste superficielle, et l'impact sur le gameplay est rarement décisif au point de changer une partie. Nous avons eu du mal à nous sentir vraiment impliqués dans cet aspect du jeu. C'est une feature qui existe, qui se laisse explorer sans déplaisir, mais qui ne change pas fondamentalement la donne et n'atteint pas le niveau d'un vrai système de progression. Disons que c'est un bonus acceptable, pas une mécanique centrale.

Un jeu de combat… mais pas un "versus game" au sens classique

Il convient d'être clair sur ce point, car certains pourraient aborder The Hinokami Chronicles 2 avec des attentes mal calibrées : ce titre appartient à un sous-genre bien spécifique des jeux de combat, celui des adaptations animé, et il ne cherche absolument pas à rivaliser avec un Street Fighter ou un Tekken sur le terrain de la précision technique et de la profondeur mécanique du versus compétitif. Reprocher à ce jeu de ne pas offrir la rigueur d'un jeu de tournoi, c'est reprocher à un karting de ne pas être une Formule 1. Les joueurs de ce type de jeux savent exactement ce qu'ils cherchent : du spectacle, de la fidélité à la licence, et du plaisir accessible. Sur ces critères, The Hinokami Chronicles 2 remplit son contrat. Le système de combat est plaisant, avec une profondeur réelle pour qui souhaitera s'y investir, et une accessibilité qui permet à n'importe quel fan de l'anime de s'amuser sans avoir passé mille heures en training.

Ce qu'on a moins aimé

Les séquences d'exploration : un rythme brisé sans raison valable

C'est sans doute le point le plus frustrant de l'expérience. Entre les combats, le mode Histoire impose des phases d'exploration en monde semi-ouvert dans lesquelles on déambule dans des zones au design correct mais à la vie quasiment nulle. Les capacités censées distinguer les personnages comme le flair de Tanjiro, l'ouïe surdéveloppée de Zenitsu, le "mode bête" d'Inosuke, se résument en pratique à suivre une indication colorée à l'écran sans réelle interaction avec l'environnement. Les missions secondaires disponibles sont trop souvent réduites à des allers-retours peu inspirés.

Résultat : ces séquences brisent le rythme des combats plutôt qu'elles ne le complètent, donnant l'impression d'un contenu ajouté davantage pour gonfler la durée de vie que par conviction créative. On espère sincèrement que CyberConnect2 se décidera un jour à trancher : soit on assume un jeu de combat pur, soit on construit un véritable monde à explorer. À mi-chemin, on n'obtient ni l'un ni l'autre.

La lisibilité des combats : belle pagaille en perspective

Le revers de la médaille d'une direction artistique aussi ambitieuse, c'est que les combats peuvent devenir illisibles lorsque les techniques s'enchaînent, les effets de particules saturent l'écran et les animations s'entrechoquent.

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Dans le feu de l'action, particulièrement lors des affrontements de boss les plus chargés visuellement, il n'est pas rare de perdre le fil de ce qui se passe réellement, entre les éclairs de Zenitsu, les flammes de Rengoku et les tentacules de Daki qui se superposent à l'écran. La caméra, non orientable en combat, contribue à ce sentiment de perte de contrôle dans certaines configurations. C'est un problème récurrent dans le genre, et The Hinokami Chronicles 2 n'y échappe pas entièrement, même si les situations vraiment ingérables restent l'exception plutôt que la règle.

Le mode en ligne et le support réseau : un chantier récurrent

CyberConnect2 traîne depuis plusieurs années une réputation mitigée sur la qualité de ses serveurs et de son netcode, et The Hinokami Chronicles 2 n'inverse malheureusement pas la tendance. Les parties en ligne restent accessibles et fonctionnelles dans leurs grandes lignes, mais la stabilité des connexions et la qualité de l'expérience en versus à distance sont loin d'atteindre le niveau que l'on est en droit d'attendre en 2025 (et encore moins en 2026).

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Pour un jeu dont la rejouabilité repose en partie sur les modes multijoueur, c'est une lacune qui pèse sur la durée de vie de l'expérience, notamment pour les joueurs qui souhaiteraient s'investir dans la dimension compétitive (aussi décontractée soit-elle) du titre.

Un tutoriel incomplet qui laisse les nouveaux sur le carreau

Si The Hinokami Chronicles 2 accueille les novices via son mode "La Voie du Pourfendeur", force est de constater que l'apprentissage du jeu reste insuffisamment guidé. Le tutoriel explique les concepts généraux — les jauges, les types d'attaques, les mécaniques de défense — mais peine à traduire ces notions abstraites en commandes concrètes, lisibles et mémorisables. Un joueur qui aborde le jeu sans avoir pratiqué le premier opus risque de se retrouver un peu perdu face à la richesse du système de combat, sans avoir les clés pour en exploiter pleinement le potentiel. C'est dommage, car le jeu a beaucoup à offrir à qui prend le temps de s'y investir, mais encore faut-il que le jeu lui tende la main de façon plus claire et pédagogique.

Crache ton venin, Myrhdin

Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba – The Hinokami Chronicles 2 est exactement ce qu'il prétend être : une adaptation généreuse, visuellement réussie et du fan-service assumé d'une licence qui mérite largement qu'on lui consacre du temps. CyberConnect2 ne révolutionne pas son propre genre, mais consolide sa proposition avec un roster élargi, des combats épiques, des doubles Ultimes jubilatoires et une fidélité à l'anime qui fera chaud au cœur de tout fan de Tanjiro et de sa petite sœur démone.

Le jeu souffre de quelques travers bien identifiés : des séquences d'exploration qui grippent le rythme sans apporter grand-chose, une lisibilité parfois chaotique lors des affrontements les plus explosifs, et un mode en ligne qui mérite encore un sérieux coup de polish.

Mais dans l'équation globale, ces défauts ne remettent pas en cause l'essentiel : pour un fan de Demon Slayer, ce second opus est un achat logique, voire indispensable. Et pour quiconque s'interrogerait sur la cible de ce type de jeu… disons simplement qu'un joueur de Tekken ne se plaint généralement pas de ne pas trouver de mode histoire avec des démons. Chacun sa place, chacun ses katanas.

Ce test a été réalisé par Myrhdin avec une clé ou un jeu fournis par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le développeur, l'éditeur ou les entreprises les représentant.

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