Test de Digimon Story: Time Stranger - À l'assaut du Digimonde

Généreuse, la licence Digimon a traversé les époques sur différents médias : mangas, anime, films et jeux vidéo qui nous plongent dans son curieux monde où des monstres "digitaux", nommés les Digimon, existent dans un monde parallèle et apparaissent parfois dans le nôtre. Côté jeux vidéo, la licence a connu un paquet de jeux, mais certains d'entre eux ont su tirer leur épingle du jeu en modernisant la licence. Je parle notamment de Digimon Story: Cyber Sleuth sorti en 2016 et, plus récemment, de celui dont il est question ici, Digimon Story: Time Stranger, sorti en 2025, tous deux reprenant les codes des JRPG au rythme du Digimonde et de ses petites bestioles. On profite du portage de Time Stranger sur Nintendo Switch 2, le 10 juillet 2026 dernier, pour en parler. 

digimonstorytimestranger.png

Huit ans pour sauver le monde

IMG_2329.JPG
Tout commence huit ans dans le futur avec Dan et Kanan, deux agents de l'organisation ADAMAS (et le jeu nous donne la possibilité de choisir l'un ou l'autre à incarner) chargés d'enquêter sur les activités paranormales. Les deux se trouvent cette fois-ci à la tête d'une enquête à Shinjuku, à Tokyo, barricadée par les autorités gouvernementales, afin de comprendre ce qu'il s'y passe. On y découvre une créature inconnue, et quelques minutes plus tard une explosion rase entièrement l'arrondissement. Soudain, notre personnage est projeté huit ans en arrière, et doit alors trouver un moyen de comprendre ce qu'il s'est passé pour éviter que l'histoire se répète. Une course contre la montre mais surtout la découverte pure et simple du Digimonde, ce monde parallèle où coexistent nombre de Digimon, et où le jeu nous transporte après une (longue) introduction de quelques heures et où le destin du monde des humains semble se jouer. En effet, on y découvre une guerre interne entre les Digimon qui oppose plusieurs factions, et qui semble provoquer les anomalies qui consument peu à peu le monde réel. Une histoire assez classique dans le fond, plus encore pour la licence, qui oppose par nature le monde réel au monde digital des Digimon. Mais c'est une histoire qui pourtant met énormément de temps à se lancer, avec un premier acte pas tout à fait captivant où l'on enchaîne les escapades dans les égouts de Tokyo pour traquer différents Digimon avec des objectifs très dirigistes. Il faut attendre pratiquement une dizaine d'heures avant que l'histoire s'ouvre un peu (même si le jeu reste linéaire) et dévoile ses véritables enjeux, à un moment où l'on commence peut-être déjà à perdre de l'intérêt. C'est certainement le point faible d'un jeu très narratif qui peine à maintenir l'intérêt de son histoire, tant à cause de son introduction extrêmement longue, que des enjeux sur le Digimonde qui, classiques, manquent d'un peu de drame et d'épique pour donner envie de s'y frotter. On y trouve un monde très coloré, avec des Digimon aux personnalités assez basiques, sans que le jeu ne parvienne véritablement à nous prendre par les sentiments. Il n'y arrive pas plus avec Aegiomon, l'un des protagonistes centraux, qui s'avère être un Digimon à l'allure humanoïde, un personnage assez peu écrit et peu intéressant. Les choses se compliquent un peu plus avec un héros (ou une héroïne, au choix) qui n'a pas de voix, et qui se contente de lignes de dialogue à choisir qui n'ont aucun impact sur le déroulement de l'histoire. En fait, on se sent très spectateurs du jeu, jamais vraiment acteurs d'une histoire qui, même si elle est linéaire, aurait pu être plus engageante en recherchant une intensité dramatique plus importante. 

IMG_2327.JPG
Et c'est dommage parce que le jeu a de véritables arguments à côté. Son univers qui mêle les rues de Tokyo où l'on se balade de quartier en quartier à son monde digital très coloré est un vrai point fort. Il y a de jolies choses à voir et à explorer (dans la limite des couloirs définis), mais ces décors restent très secondaires dans une aventure qui se contente de nous emmener, à chaque fois, vers des donjons qui manquent de personnalité, où il ne se passe rien, avec les interminables égouts que l'on visite plusieurs fois lors de la longue introduction et qui sont symboles d'un jeu qui manque d'idées de mise en scène derrière ses systèmes. Les personnages, eux, outre Aegiomon et le héros, apparaissent très secondaires au petit groupe et ne servent pour l'essentiel que de fonction, chaque rencontre n'étant qu'une excuse pour accéder à la suite de l'aventure, avant de pratiquement oublier ces personnages rencontrés en chemin. C'est d'autant plus significatif pour Inori Misono, une jeune femme rencontrée au début de l'aventure et qui ne semble être là que pour expliquer des évidences. Je peux paraître dur face au jeu, qui tente malgré tout de moderniser une licence qui en avait bien besoin, mais à trop vouloir "faire un JRPG", le titre manque souvent de trouver sa propre personnalité, avec une aventure et des personnages qui ne sont que des archétypes qui n'ont pas grand-chose de plus à dire. Pourtant, avec son voyage dans le temps comme sujet essentiel et une course contre la montre pour éviter la destruction du monde annoncée dès le début, le titre avait de quoi créer l'urgence et le drame qui servent toute bonne histoire. Mais l'écriture peine souvent à s'en souvenir, et finit trop vite par tomber dans quelque chose de très classique, où l'on se contente de suivre des petites quêtes (où l'on rend service aux uns et aux autres) sans grande conséquence jusqu'à ce que, enfin, une quête majeure pour l'histoire finisse par se montrer. Il y a, en général, un manque de liant entre les quêtes principales qui diminue l'intérêt que l'on pourrait porter au fil rouge de l'histoire. Les quêtes secondaires, elles, basiques au possible, n'apportent rien.

Une force : ses systèmes

IMG_2328.JPG
Mais si sa narration laisse tant à désirer et ne tient pas la longueur, Digimon Story : Time Stranger a des qualités de gameplay qui permettent de conserver un intérêt pour son aventure, et plus encore, montrent que le studio en charge du titre a d'excellentes idées. On trouve évidemment un système de combat de monstres qui n'est pas sans rappeler Pokémon avec ses évolutions. Digimon a toutefois des spécificités que le jeu digère très bien, en faisant reposer son système sur celui du pierre-feuille-ciseau avec un attribut spécifique pour chaque Digimon : Virus, anti-Virus et Donnée, avec un Virus inférieur à l'anti-Virus, qui est lui-même inférieur à la Donnée. Ces attributs de base spécifiques à chaque Digimon se mélangent ensuite à des éléments plus traditionnels (feu, eau, terre, etc) et se combinent pour calculer un pourcentage de dégâts allant de 0 à 300 %. Pas révolutionnaire, le système pousse toutefois à renouveler régulièrement son équipe puisque, au-delà des trois monstres combattants de base dans l'arène, trois autres peuvent être mis en réserve et remplacer à tout moment les titulaires, puisque ces changements ne coûtent rien. Dans ce système de combat au tour par tour, remplacer un Digimon ou utiliser un objet ne consomme pas de tour, ce qui permet de garder un certain dynamisme dans les affrontements et ne sanctionne pas, au contraire, le choix de changer ses monstres pour mieux appréhender l'adversaire du moment. Idem pour l'exploration qui se veut digeste avec des monstres visibles avant d'entrer dans les combats, ce qui permet soit de les contourner, soit de réaliser des attaques rapides pour les affaiblir avant de commencer ou carrément de les éliminer sans avoir à entrer dans l'arène de combat lorsque la différence de niveau est trop importante. Cela donne au système de ce Digimon quelque chose de franchement intéressant, avec des combats qui se renouvellent régulièrement et qui poussent à gratter toujours plus loin dans l'évolution et le choix de nos Digimon.

IMG_2326.JPG
Une évolution qui passe par des conditions à remplir avant de pouvoir provoquer leur "digivolution", chaque Digimon ayant plusieurs routes d'évolution qu'il faut apprendre à connaître pour façonner le monstre tel qu'on le souhaite. Cela peut s'avérer complexe, mais quand un Digimon a déjà été découvert, le jeu montre d'office les évolutions possibles et permet de faire des choix en toute connaissance de cause. Quant à la "capture", il s'agit en réalité de "convertir" les données acquises sur les Digimon rencontrés en combat. Chaque combat réalisé permet en effet de gagner quelques pourcentages de connaissances d'un Digimon qui peut alors être "converti", c'est-à-dire acquis dans son équipe, lorsqu'il atteint au minimum 100 % de connaissance. Avec la possibilité d'aller jusqu'à 200 % d'analyse pour convertir une version plus puissante. Ce système marche là aussi plutôt bien, ne permet pas de créer des Digimon identiques à l'infini car chaque Digimon converti retombe ensuite à 0 % de scan (obligeant, si on souhaite en faire un second, à le combattre à nouveau), mais il y a un hic : si on souhaite obtenir les 200 %, il faut le plus souvent passer et repasser dans le même donjon afin d'affronter de nombreuses fois le même Digimon. Ce n'est pas un gros problème, mais ça peut casser le rythme d'avancée dans une histoire qui peine déjà à nous maintenir engagés. Dans l'ensemble, ça reste un jeu qui a très bien compris les forces de sa licence, et qui offre un système de combat et de gestion des Digimon vraiment réussi. D'autant plus que techniquement le jeu est assez agréable à l'oeil, c'est du AA solide, coloré, et qui tourne sans grosse difficulté à 60 fps (en mode performance) sur Switch 2 à l'exception de quelques rares scènes. Un bémol toutefois, la lisibilité des sous-titres qui n'est pas toujours optimale, les développeurs ayant fait le choix d'un blanc avec un très léger contour noir sur des scènes souvent très lumineuses où l'on peine à lire. J'aurais aimé pouvoir les paramétrer et a minima pouvoir rajouter une ombre derrière pour mieux les lire.

Conclusion

Il y a quelque chose de frustrant dans ce Digimon Story: Time Stranger. Il a ses systèmes pour lui, des combats au tour par tour classiques qui sont sublimés par un système qui oblige à penser et repenser ses approches en fonction des attributs de chaque Digimon, et qui ne sanctionne pas, au contraire, le fait de changer de monstre en plein combat. Idem pour le système de Digivolution qui fonctionne bien. Mais à côté, c'est un système dont on fait l'expérience au travers d'une aventure qui manque de caractère, trop balisée, trop peu audacieuse, avec des dialogues souvent quelconques, une introduction interminable et une linéarité qui n'est pas forcément un mal mais à laquelle le titre peine à adjoindre une narration engageante. Au contraire, on perd vite le fil, et on se contente de suivre bêtement des quêtes principales dirigistes qui n'ont pas grand-chose à dire et qui ne sont plus que des excuses pour voir jusqu'où l'on pourra faire évoluer nos Digimon préférés. C'est dommage, parce qu'avec une narration un peu plus forte, Digimon Story: Time Stranger aurait pu être un excellent JRPG. En l'état, on se sent vite lassés et on pousse une quarantaine d'heures pour en voir le bout, ou bien on abandonne en cours de route sans trop de regrets.

Test réalisé par Hachim0n sur Nintendo Switch 2 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

Réactions (5)

Afficher sur le forum


Plateformes PlayStation 5, Windows, Xbox One
Genres J-RPG, jeu de rôle (rpg), contemporain

Sortie 3 octobre 2025 (Windows)
3 octobre 2025 (Xbox One)
3 octobre 2025 (PlayStation 5)
10 juillet 2026
10 juillet 2026

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.