Ubisoft tente de rassurer ses investisseurs pendant que Vivendi lance une OPA sur Gameloft

Yves Guillemot tenait aujourd'hui à Londres une conférence dans le but de rassurer les investisseurs d'Ubisoft, suite à la baisse du titre. Le soir même, Vivendi annonce une offre publique d'achat (OPA) concernant Gameloft, société de jeu vidéo spécialisée dans les jeux mobile appartenant également à la famille Guillemot. Énième épisode du bras de fer engagé cet automne entre Vincent Bolloré, le PDG de Vivendi, et les Guillemot.

Ces derniers mois, l'action d'Ubisoft a connu une baisse importante de sa valeur boursière. Deux évènements ont provoqué cette baisse : la rumeur annonçant l'absence d'Assassin's Creed en 2016, puis son officialisation. En soi, ce n'est pas réellement problématique, puisque cette décision devrait permettre de remédier à la chute des ventes de la licence et d'augmenter ainsi sa durée de vie. Cependant, cette chute boursière intervient dans un contexte défavorable à Ubisoft, puisque Vivendi grignote ses actions petit à petit depuis le mois d'octobre dernier. Une baisse du cours de celles-ci faciliterait donc la prise de contrôle de la société de Vincent Bolloré.

Aussi, Yves Guillemot, président d'Ubisoft, a organisé aujourd'hui une présentation afin de rassurer les actionnaires. Son objectif était de montrer que si la société connaîtra peut-être un chiffre d'affaires moins important cette année, ses perspectives à long terme sont excellentes. Pour cela, le dirigeant a utilisé plusieurs graphiques.

Ubisoft tente de rassurer ses investisseurs pendant que Vivendi lance une OPA sur Gameloft

Premièrement, il a montré la stratégie utilisée par Ubisoft : diminuer le nombre de titres produits, en se concentrant sur ceux qui ont le potentiel commercial le plus important. Ainsi, les jeux à budget modéré (telle l'exceptionnelle série des Léa passion) sont peu à peu délaissés, au profit d'AAA particulièrement rentables. Ces derniers sont complétés par des free-to-play à destination des smartphones, que ce graphique ne prend pas en compte, mais qui sont, eux aussi, très rentables. Cette infographie montre également que l'absence d'Assassin's Creed n'est pas si grave, car elle semble, ainsi présentée, correspondre à une politique qui a parfaitement fonctionné ces dernières années. En effet, si le nombre de jeux n'a cessé de diminuer, le chiffre d'affaires a, lui, continué à augmenter. Toutefois, comme tout apprenti boursicoteur le sait, diminuer son nombre de titres, c'est moins se diversifier et être plus vulnérable aux aléas. C'est pour cela qu'un second graphique a été présenté :

Diversification Ubisoft

Celui-ci montre les genres majoritaires dans le milieu du jeu vidéo actuel. Il explique qu'Ubisoft a déterminé les secteurs les plus rentables et a grandement augmenté - ou créé - son offre dans ceux-ci. Ainsi, tout en diminuant son offre annuelle, Ubisoft a également créé de nouvelles licences afin d'être présent dans tous les genres les plus lucratifs. Enfin, un troisième graphique a été utilisé :

Licences utilisées par Ubisoft

Ce graphique montre la volonté d'Ubisoft de sortir jusqu'à 5 AAA par an d'ici à 2019. Néanmoins, la licence importe peu, grâce à la diversification mise en place par la société. Que ce soit Assassin's Creed, Watch_Dogs ou Far Cry ne compte pas vraiment ; il y aura dans tous les cas des titres majeurs qui seront disponibles et assureront d'importantes rentrées financières. De plus, Ubisoft a produit plusieurs licences au cycle de vie plus important que ses anciens titres, garantissant des ventes à long terme et une meilleure rentabilisation de ces jeux, grâce à de plus grandes possibilités de DLC.

Allô Michel ? C'est Vincent. J'ai beaucoup aimé la présentation de ton frère : j'achète tout

En soi, cette présentation n'apporte rien à ceux qui connaissent bien le milieu du jeu vidéo, mais elle a eu un effet positif sur le cours de l'action d'Ubisoft. Néanmons, à peine quelques heures plus tard, Vivendi annonce lancer une OPA sur Gameloft, société spécialisée dans le jeu vidéo sur mobile dirigée par Michel Guillemot, frère du président d'Ubisoft. Il est possible qu'il s'agisse d'une façon pour le patron de Vivendi, Vincent Bolloré, de montrer que les efforts des Guillemot sont vains et qu'il compte bien parvenir à ses fins dans tous les cas.

Et maintenant, on fait quoi ?

La famille Guillemot se trouve alors confrontée à un dilemme. Trois possibilités s'offre à elle.

  1. Conserver ses actions de Gameloft et espérer une occasion de récupérer le contrôle de la société.
  2. Vendre ses actions à Vivendi et utiliser l'argent pour fonder une nouvelle société, en emportant avec eux les principaux talents de Gameloft.
  3. Vendre ses actions à Vivendi et s'en servir pour acheter des actions Ubisoft, afin d'augmenter leur contrôle sur cette société.

Chaque stratégie a ses avantages et ses inconvénients. Vivendi a l'habitude d'acheter et de revendre ses titres ; il est parfaitement possible que dans dix ans, elle se soit lassée de son nouveau joujou et le revende, comme ce fut le cas pour Activision - Blizzard. Néanmoins, rien ne le garantit. De même, les Guillemot ne possèdent aucune assurance qu'augmenter leur participation au sein d'Ubisoft serait suffisant pour éloigner la menace de Vivendi. Quant à la possibilité de repartir de zéro, elle signifierait un sacré retour en arrière pour une société qui a énormément progressé durant la génération précédente.

Quoiqu'il en soit, il s'agit d'un vrai dilemme pour les Guillemot, qui devront être ingénieux s'ils désirent conserver le contrôle des sociétés qu'ils ont fondées.


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