Test de Yakuza 0

Saga au succès commercial tout relatif en occident, il a souvent été nécessaire d’attendre de nombreux mois, parfois années, pour voir sortir les épisodes de Yakuza dans nos contrées. C’est également le cas de Yakuza 0 qui pointe le bout de son nez un an après sa sortie japonaise pour une première incursion sur PlayStation 4. Le jeu revient aux origines de la série, alors que les héros étaient encore au début de leurs carrières au sein de la pègre japonaise.

Décembre 1988 à Tokyo, Kazuma Kiryu n’est qu’un « soldat » au sein de la famille Dojima. Envoyé à la poursuite d’un homme pour collecter une dette, ce dernier est retrouvé mort et Kiryu devient le premier suspect. Clamant son innocence malgré les preuves, le jeune yakuza doit quitter son clan et retrouver l’auteur du meurtre pour laver son honneur.
À Osaka un autre son de cloche : on y retrouve Goro Majima, un autre yakuza, qui dirige un cabaret. Malgré le succès de son établissement, il est sur le carreau, étant contraint de reverser tous ses gains à son ancien chef au sein des yakuzas, afin de regagner sa place auprès du clan Tojo dont il a été exclu quelques années auparavant. Cependant, les choses ne se passent pas comme prévu et le clan lui donne une nouvelle mission pour obtenir leur confiance : assassiner une cible.

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Tomber la, tomber la chemise…

Héritier spirituel des Shenmue, la série des Yakuza fait la part belle à l’exploration et au dialogue. En effet, une bonne partie du jeu consiste à découvrir aux quatre coins des rues de Tokyo et d’Osaka, et précisément dans l’emblématique quartier de Kamurocho (une reproduction du quartier « chaud » de Kabukicho à Tokyo), de nombreux personnages qui vont nous faire plonger dans ce que propose de pire la pègre japonaise. Argent, sexe, corruption, trafic d’êtres humains ou drogue, aucun sujet n’est épargné et cela montre une facette extrêmement dure d’un quartier où les familles et touristes se mélangent innocemment aux pires criminels du pays. Une fois cette ambiance posée et avec des personnages hauts en couleur, mais souvent inquiétants, une mise en scène et une histoire qui emprunte beaucoup au cinéma japonais, on devient spectateurs d’une histoire de vengeance où les deux personnages jouables évoluent peu à peu jusqu’à devenir ceux que l’on a connus il y a plus de onze ans lors de la sortie du tout premier opus.


Mais au-delà de l’exploration de quartiers douteux et yakuzas oblige, les affrontements sont nombreux au sein du jeu ; ainsi, il sera nécessaire pour nos héros d’utiliser leurs poings pour se faire un nom. L’essentiel du gameplay réside dans des combats de rue, à mains nues et parfois armé, où les deux personnages font parler toute leur puissance pour disposer des nombreux ennemis qui se mettent en travers de leur chemin. Si le système de combat pourrait rebuter des joueurs pour son côté « old-school » ou pour certains pics de difficulté lors des affrontements de boss, il a le mérite d’offrir des moments particulièrement jouissifs et de rendre compte de la puissance des coups. Encore plus lorsque l’on utilise des éléments du décor pour se débarrasser de quelques ennemis qui auraient mieux fait de rester dormir ce jour-là ou encore lorsque les protagonistes principaux font tomber leur chemise pour révéler leurs imposants tatouages et se mettre sur la tête jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le système de combat connaît toutefois quelques nouveautés puisqu’il existe désormais trois styles de combat différents pour chacun des personnages, que l’on peut changer à la volée pendant les affrontements. Ces styles de combat sont propres à chaque personnage et nécessitent d’être améliorés grâce à un arbre de talents où l’on investit de l’argent pour obtenir de nouvelles compétences. Il peut s’agir de nouveaux coups spéciaux, de compétences passives (puissance, résistance) ou d’une amélioration de la barre de vie.

 

Yakuza 0 brille surtout par sa narration, à l’image de ses prédécesseurs. Avec son histoire plutôt bien ficelée qui amène le joueur à découvrir un monde impitoyable où les trahisons, l’honneur et le seppuku (le fait de se donner la mort, en cas de déshonneur) sont légion, ce nouvel opus repousse un peu plus les limites pour offrir ce qui constitue très certainement l’un des meilleurs épisodes de la saga. Savant mélange d’un scénario sérieux et de moments loufoques, le monde de la nuit japonaise offre des scènes mémorables pour peu que l’on se laisse embarquer dans les nombreuses histoires que la ville a à nous raconter. Et ce tout en suivant avec attention une histoire qui ravira les fans, car elle nous montre enfin où sont « nés » les deux personnages légendaires de Yakuza et nous permet également enfin de jouer un des personnages emblématiques de la saga, Goro Majima, qui n’avait jamais été jouable jusque-là. Les profanes ne sont pas oubliés pour autant, puisque l’ensemble de l’histoire est suffisamment bien expliquée pour être accessible à tous.


C’est donc une excellente porte d’entrée à la série pour ceux qui n’avaient pas encore franchi le pas. En effet, les précédentes itérations pouvaient être difficiles à suivre pour un nouveau joueur, ce qui n’est pas le cas de Yakuza 0 qui, malgré des références intéressantes aux épisodes suivants, est construit d’une telle manière qu’un nouveau joueur n’aura aucun mal à s’y mettre et à prendre du plaisir.

 

Le jeu se traîne toutefois quelques tares techniques. Développé à cheval sur deux générations (PlayStation 3 et PlayStation 4, même s’il ne sort en Europe que sur la deuxième), on observe tout au long du jeu que le moteur se fait bien vieillissant. Profondeur de champ limitée, utilisation abusive du flou pour masquer certains défauts et des textures très limites, Yakuza 0 ne brille pas pour sa technique, même s’il faut noter que le jeu tourne à soixante images par secondes sans trop de soucis et que la direction artistique a un petit cachet qui permet souvent de fermer les yeux sur les limites du moteur graphique.


On peut également regretter que le jeu ne propose pas énormément de nouveautés dans ses mécaniques. En effets en dehors de nouveaux styles de combat et de gestion des compétences, l’ensemble reste relativement rigide et pas franchement accueillant : dialogues sans voix avec les PNJ (en-dehors de ceux liés à la quête principale), aucune indication pour trouver les quêtes secondaires et un système de combat qui commence à se faire vieux. Yakuza 0 peut vraiment déstabiliser ceux qui ne savent pas à quoi s’attendre tant on a le sentiment que les mécaniques du jeu sont restées bloquées en 2005.

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L’univers grandiloquent des Yakuzas

La force du titre réside toutefois dans la diversité des situations qu’il a à offrir. Au-delà de l’histoire principale, Yakuza 0 offre une très longue liste d’activités diverses que seule l’exploration au hasard nous fera découvrir. Outre les activités classiques de la série comme les cages de baseball ou les karaokés, Yakuza 0 introduit ici une certaine forme de gestion. En effet, au cours du jeu, en contrôlant Kazuma Kiryu à Tokyo, on peut acquérir différents établissements et leur assigner du personnel pour en tirer régulièrement un bénéfice. Du côté d'Osaka avec Goro Majima, il s'agira de gérer un bar à hôtesses et d'asseoir sa domination sur la ville. De quoi faire entrer un bon pécule au fil de l’aventure et développer ses personnages sans trop de difficulté.


On voit également arriver de nouvelles activités improbables qui nous permettront de faire des courses de voitures sur circuits électriques, de rencontrer des demoiselles sous forme d’un simulateur de drague au moyen d’un téléphone rose, de visionner des clips érotiques dans des clubs vidéo ou encore de faire parler notre groove sur un mini-jeu de danse dans une des boîtes de nuit où le disco règne en maître. Mais pour trouver les véritables perles du jeu, il faut se tourner vers les quêtes secondaires, qui nous amènent parfois à redécouvrir des personnages emblématiques de la série dans leurs jeunes années, d’autres fois à aider une dominatrice sadomasochiste à faire correctement son boulot ou encore à donner des conseils fiscaux à un politicien chargé de mettre en place la TVA. Et que dire de ce moment où l’on doit défendre Michael Jackson en train de remonter en moonwalk une des rues principales de Kamurocho ?


Comme vous le constatez, les activités sont si diverses et nombreuses qu’il m’est impossible de toutes les lister. Et c’est de toute façon dans leur découverte que l’on prend du plaisir, en se demandant constamment où nous mènera un simple dialogue au coin d’une rue avec un habitant du quartier. C’est par ailleurs les quêtes et activités secondaires qui viennent gonfler la durée de vie. En effet, si l’histoire principale peut se plier en ligne droite en une vingtaine d’heures, il en faudra une bonne cinquantaine pour venir à bout des quêtes secondaires et c’est sans parler des diverses activités qui peuvent se révéler être très chronophages pour être bouclées à 100%. D’autant plus que l'on pourra pousser encore un peu plus loin par le biais du mode multijoueur permettant de jouer de nombreuses activités à deux.

 

Néanmoins et sans surprise, car c'était déjà le cas sur les précédents opus, il sera nécessaire de maîtriser l’anglais pour profiter du jeu au maximum. En effet, pas de traduction française à l'horizon : le jeu ne propose qu'une version japonaise sous-titrée anglais. Au-delà de l’aventure principale qui s’apprécie particulièrement pour sa mise en scène, les quêtes secondaires, pas toujours très bien indiquées, nécessitent souvent d’être particulièrement attentifs sur les dialogues pour comprendre quelle sera la prochaine étape. En outre, ces dialogues sont bourrés de dérision avec des jeux de mots, des sous-entendus improbables et des références qui rendent nécessaire une bonne maîtrise de la langue de Shakespeare, sous peine de quoi on pourrait manquer de nombreux éléments.

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Un nouveau départ ?

Ainsi, pour peu que l’on soit enclin à braver la barrière de la langue et un système de jeu très old-school, Yakuza 0 est une mine d’or pour tous les amateurs du genre. À mi-chemin entre le beat’em all et le jeu d’aventure, c’est avant tout pour son ambiance très particulière du Japon des années 1980 qu’il séduit, en propulsant le joueur dans un monde de malfrats où règnent l’argent, le sexe et parfois l’honneur. D’autant plus qu’il constitue, comme je l’ai dit auparavant, une excellente porte d’entrée dans la licence puisqu’il revient sur les origines de la saga tout en améliorant assez largement toutes les mécaniques de jeu. Quant aux fans de la première heure, ce sera également un plaisir pour eux, tant le jeu regorge de références et de clins d’œil aux différents épisodes précédents.


En bref, Yakuza 0 fait une entrée remarquée sur cette génération de console malgré ses soucis techniques et promet de très belles choses pour la suite. 

Test réalisé par Hachim0n à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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5,5 / 10 - Assez bien

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