Test de AirHeart

Rogue-like avec des avions, AirHeart est un jeu atypique qui nous vient tout droit des développeurs suisses de Blindflug Studios. Nous invitant dans un univers "dieselpunk" intriguant, le jeu nous met dans la peau de Amelia, une jeune pilote et pêcheuse qui rêve d'une autre vie.

Un aperçu de l'accès anticipé
avait été réalisé par Chantelune à l'époque de sa sortie. Un an et demi plus tard, qu'est devenu le titre ?

Dans un monde où l'ascension sociale est prise de manière la plus littérale possible, la jeune pilote rêve de monter de plus en plus haut dans le ciel aux commandes de son avion. Alors que les riches sont tout en haut d'une curieuse ville aérienne, ceux du bas sont contraints de pêcher des poissons volants à l'aide de leurs avions et harpons, de quoi financer leur appareil et espérer monter toujours plus haut. C'est dans ce contexte que l'on se retrouve au plus bas niveau avec un vieil avion ni très puissant, ni très rapide, enchaînant les sorties à la pêche de poissons pour espérer amasser assez d'argent et avoir de quoi survivre dans les niveaux supérieurs d'une ville assez peu accueillante pour les nouveaux venus.

Coloré et séduisant

Test de AirHeart
Couleurs chatoyantes à la limite du cartoon, Airheart attire l'oeil en nous invitant dans un univers aussi joli et atypique que son histoire. Un rogue-like qui nous invite à pêcher des poissons au milieu du ciel, cela a le mérite de surprendre et le jeu s'attache à maintenir ce cap pour emmener les joueurs et joueuses dans son univers inattendu. 
Avec un gameplay à deux sticks en vue du dessus, AirHeart n'en reste pas moins classique dans son approche du genre. Avec un stick, on contrôle l'avion tandis qu'avec l'autre, on utilise nos armes pour dézinguer les pilotes un peu trop agressifs ou bien le harpon pour attraper poissons, débris et ennemis que l'on enverra joyeusement valdinguer contre les rochers qui traînent par là. Gare toutefois à ne pas attaquer les pilotes pacifistes, sous peine d'être pris en charge par la (surpuissante) police. Un risque permanent dans un jeu où le crash de l'avion signifie la fin de partie. Une tension permanente, notamment dans les niveaux les plus élevés, d'autant plus que de temps en temps on aura affaire à des boss parfois redoutables. 

L'essentiel du jeu réside donc dans cette quête de pêche, mais aussi de débris récupérés sur les avions abattus, qui permettra peu à peu d'acquérir de nouvelles armes et pièces d'avion. De quoi améliorer sa puissance de jeu, sa résistance et surtout sa vitesse. Une vitesse primordiale, d'autant plus que les concurrents à la pêche sont souvent nombreux et il faudra surgir sur les quelques poissons qui traînent par là. Alors, notre héroïne détient sa propre base, tout en bas du monde de Granaria, une base depuis laquelle on peut sortir à l'envie et rentrer à tout moment pour stocker nos récoltes.


Un système de craft existe évidemment pour pouvoir récupérer de nouvelles pièces plutôt que de les acheter, mais force est de constater que ce système reste assez obscur à ce jour. Si les développeurs sont très présents et multiplient les mises à jour depuis la sortie du jeu, son système de craft mérite encore quelques améliorations. La faute à un système qui réside principalement sur la chance, avec des schémas à l'utilisation obscure. En effet, il faut utiliser des débris et objets récupérés en vol un peu au hasard en espérant que la recette fonctionne et nous offre une pièce. Une fois victorieux, on pourra reproduire à l'envie cette même pièce grâce au schéma fraîchement découvert. Néanmoins, le système est si bordélique que le jour où vous utiliserez cette pièce sur votre avion, le schéma disparaîtra avec, le jeu ne retenant pas ce que vous aviez découvert. On espère donc qu'un vrai effort sera fait dans les prochaines mises à jour du jeu tant le craft est pénible et hasardeux.

 

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Cependant, le véritable intérêt du jeu de Bllindflug Studios tourne autour de ce qu'il raconte. S'il s'apparente à n'importe quel jeu d'aventure, il soulève un propos écologiste assez intéressant. En effet, si l'appât du gain est considérable pour le joueur qui voudra progresser le plus rapidement possible, donc en amassant le maximum de poissons pour en tirer beaucoup d'argent, il devra tout de même refréner ses ardeurs sous peine d'être rapidement soumis à une dure réalité : celle des conséquences d'une pêche intensive. En effet, chaque niveau qui compose le monde de Granaria a une réserve de poissons assez limitée : entre vous et vos concurrents, ceux-ci sont chassés sans relâche et ne peuvent pas vraiment s'échapper. Alors, le jeu vous rappellera souvent qu'il faut faire attention et qu'un jour peut-être les poissons finiront par définitivement disparaître. Ce qui ressemble initialement à un avertissement anodin devient une réalité, lorsque, après un certain temps à chasser le moindre poisson qui traîne dans le coin, vous apprendrez la triste nouvelle : il n'y a plus et n'y aura plus jamais de poisson à ce niveau de Granaria. Le seul moyen d'éviter cela sera de limiter les séquences de pêche dans la même zone afin de laisser le temps aux poissons de se reproduire. Un phénomène assez intéressant pour le jeu qui donne donc le choix au joueur, entre une pêche intensive, mais destructrice (qui l'obligera ainsi à monter plus haut pour trouver des poissons), ou une pêche plus limitée, mais qui permettra de durer sans avoir à se frotter aux niveaux les plus difficiles. Un élément curieux et dans l'air du temps, une problématique propre à notre génération qui se retrouve implantée là dans un type de jeu qui incite pourtant habituellement à racler tous les niveaux pour amasser le maximum de ressources. Et c'est une réussite, parce que le jeu installe du coup une nouvelle dynamique qui pousse le joueur à se poser des questions, limiter ses sorties dans l'air et à explorer sans pour autant pêcher le temps que les populations de poissons se reproduisent.

Un jeu qui manque de coeur 

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Malgré toutes ses bonnes intentions, AirHeart manque de ce petit supplément d'âme qui en ferait une vraie bonne pioche pour les amateurs de rogue-like. Si le genre veut une certaine forme de répétitivité, on se rend rapidement compte que AirHeart n'aura pas grand chose à nous offrir. La boucle de gameplay n'évolue jamais vraiment tandis que si le jeu offre un peu de variété visuelle avec ses quelques environnements, le fond lui n'apporte rien de nouveau passé les premières heures de jeu. 
Facile à prendre en main, AirHeart oppose toutefois une difficulté parfois considérable, notamment avec ses boss ou son pathfinding un peu hasardeux.

En effet et pour commencer avec les boss, ils auront l'habitude de vous envoyer des coups surpuissants et souvent inattendus, très loin des dangers que vous aviez croisé jusque-là. S'il est évident qu'un bond en avant dans la difficulté est nécessaire lorsque l'on affronte de tels ennemis, il faut aussi avouer que certains d'entre eux (le troisième boss notamment) souffrent d'un manque d'équilibrage assez criant. La courbe de progression est complètement rompue pour opposer un challenge artificiel et très désagréable dans un jeu où la moindre erreur est punie d'une fin de partie. Heureusement, les développeurs ont implanté un système de dernière chance qui vous permettra de sauver les miettes : lorsque l'appareil est abattu et se dirige irrémédiablement vers les dunes ensablées de la Terre, il est possible de tenter de l'orienter légèrement pour se crasher sur notre base. Si on y arrive, l'avion sera effectivement perdu, mais la partie continuera : de quoi recommencer avec une épave, mais avec toutes les ressources amassées jusque-là. Une punition bien moindre qu'une fin de partie, mais un système sur lequel je ne conseillerai pas de se reposer tant il peut parfois être difficile de parvenir à se crasher sur la base. Le jeu incite donc à être toujours prudent, une prudence qui vole en éclats lorsque la courbe de difficulté explose sur ses boss.


Quant au pathfinding, il est source de frustration à de nombreuses reprises. Comme expliqué plus haut, il faut à tout prix éviter de faire du mal aux pilotes pacifistes pour ne pas être pris en chasse par une police surpuissante capable de descendre notre appareil en quelques tirs. Néanmoins, dans certains niveaux, cela sera très difficile à éviter, avec un pathfinding déficient qui provoque des collisions avec les autres pilotes qui ne feront rien pour vous éviter. Et c'est encore pire lorsque vous croisez une course-poursuite entre un autre pilote et la police, des policiers qui ne cherchent même pas à vous éviter sur leur passage et qui, en cas de collision, vous considèrent automatiquement comme hostile. 

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Tous ces petits maux, accompagnés par le craft boiteux, font de AirHeart un jeu assez quelconque. Si ses intentions sont intéressantes et son exécution parfois même très sympathique, ces éléments provoquent une telle frustration qu'il est difficile de véritablement s'attacher au jeu et à la quête de son héroïne. Les plus hauts niveaux du monde de Granaria sont terriblement frustrants avec les nombreux avions, ennemis et policiers présents, tandis que la progression ralentie par le propos sur la pêche intensive empêche de se développer suffisamment rapidement pour pouvoir survivre à ces vagues d'ennemis. Alors, il faudra beaucoup de grind dans les bas niveaux, en faisant attention à ne pas décimer la population de poissons ou bien tenter des coups extrêmement tendus dans les plus hauts niveaux avec un avion que l'on peine à faire évoluer.

Conclusion

Des bonnes idées, un univers séduisant et un propos intéressant, AirHeart a tout du bon jeu. Malheureusement, son exécution parfois boiteuse provoque un nombre assez terrible de séquences frustrantes. Associé à un côté très rébarbatif et une progression trop lente pour donner envie d'en voir plus, AirHeart cale et s'effondre loin des rêves de grandeur de son héroïne. En attendant, peut-être, des mises à jour qui viendraient équilibrer le tout, grâce à des développeurs qui restent très actifs sur le suivi du jeu et qui semblent vouloir l'améliorer régulièrement. Néanmoins, en l'état, difficile de le recommander malgré toute l'affection que le jeu peut susciter au premier abord.

Test réalisé par Hachim0n à partir d'une version fournie par le développeur.

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5,3 / 10 - Intéressant