Test de Dragon Quest VII Reimagined - Le changement c'est maintenant

Dernière version en date du légendaire J-RPG sorti sur PlayStation en l’an 2000 et développé par Enix, devenu Square Enix depuis, Dragon Quest VII Reimagined est censé être la plus aboutie de toutes, celle que les fans devraient préférer et les nouveaux arrivants adorer. Mais est-ce vraiment le cas ? Square Enix n’est-il pas allé un soupçon trop loin dans cette nouvelle itération ? Réponse dans ce nouveau test.

20260306002736 01KK053QEBGSWAB9FEH1CZMRYE

En 2016, il y a bientôt dix ans de cela, je publiais sur ce même site le test de la version 3DS de Dragon Quest VII, sorti pour les trente ans de la série, et si je n’avais pas manqué d’en faire l’éloge et de féliciter Square Enix de ne pas avoir cédé à la pression de la modernité à tout prix, j’avais aussi mis en avant la lourdeur de son ergonomie et le manque de fluidité dans les menus, pour au final conclure que malgré ces défauts, les nouveautés apportées, notamment au niveau des combats, et le choix du support portable en faisaient la meilleure version disponible et surtout la seule disponible en Europe. Mais nous voilà dix ans plus tard, pour les quarante ans de la licence, avec un Dragon Quest VII Reimagined entre les mains, qu’il est temps de décortiquer.

Disponible sur PlayStation 5, Nintendo Switch 2 (la version utilisée pour ce test), Xbox Series X|S et PC, Dragon Quest VII Reimagined est le premier jeu à minima ambitieux de la licence post décès de Akira Toriyama (à l’origine des designs des personnages et des ennemis) et de Koichi Sugiyama (compositeur), deux des trois papas de cette série, dont il ne reste que Yuji Horii. En tant que tel, il se devait donc de faire honneur à leur travail, mais aussi à la légende qu’est Dragon Quest VII. Pour rappel, cet épisode s’était vendu à plus de 4 millions d’exemplaires sur le seul archipel japonais quand Final Fantasy VII, pourtant bien plus médiatisé, n’avait pas atteint les 3,5 millions. Dragon Quest VII, en 2000, c’était LA star du J-RPG au Japon et si le jeu est bien sorti en Amérique du Nord en 2001 sous le nom de Dragon Warrior VII, c’est bien au pays du soleil levant que se sont faites la majorité des ventes. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts et si la version 3DS s’est plutôt bien vendue, DQVII n’a plus son aura d’antan.

20260306002737 01KK053TWYT1T5TBRA0R6JS1NQ

Il faut dire que le côté austère des jeux a eu du mal à traverser les époques quand en face la concurrence évoluait bien plus vite. Certes, les fans de la série, dont je fais partie, sont ravis que Square Enix préserve ce côté old school, mais c’est aussi au détriment de nouvelles populations de joueuses et de joueurs, plus jeunes, qui ont bien du mal à accrocher à une « licence à papa ». Et on a bien vu que l’éditeur japonais cherchait à changer l’image de sa licence, mais toujours avec des pincettes, toujours par petits ajustements timides jusqu’à un Dragon Quest XI, bien plus accessible sans pour autant avoir réussi à s’émanciper de ses illustres ainés. Et ce ne sont pas les derniers remakes des trois premiers épisodes, aussi bons soient-ils, qui ont apporté quoi que ce soit de vraiment nouveau à une licence qui commence sérieusement à sentir la naphtaline.

Et c’est là que débarque Dragon Quest VII Reimagined, le dernier né de la longue liste des remakes. Si après les épisodes I, II et III vous vous attendiez à la trilogie suivante, qui comprend les épisodes IV, V et VI, n’ayez crainte, ils sont dans les tuyaux, mais il semblerait que le VII était plus avancé et quand on ajoute le fait que c'est un véritable jeu indépendant, contrairement aux autres qui sont tous liés scénaristiquement par lot de trois, le choix n’a pas dû être cornélien. De plus, l’année des quarante ans se devait de débuter avec une légende alors sortez vos manettes, car il est temps de débarquer dans la baie d’Alevin où nous attendent nos trois protagonistes.

Touche pas à mon casino

Pour citer mon test de l’époque, le Héros et Killyan rêvent d’aventures, de percer les secrets que cache le monde limité dans lequel ils vivent. Amis d’enfance, le premier est fils de pêcheur quand le second est le prince du royaume ; royaume aux proportions étranges puisqu’il ne représente qu’une petite île et il semblerait que ce soit le seul et unique bout de terre présent sur la planète. Toutefois, Killyan, au grand dam de son père le Roi, est persuadé qu’il existe d’autres îles, d’autres continents à explorer, et entraîne son meilleur ami dans sa quête de la vérité. Un jour, suite à la découverte d’un ancien livre, les deux compères ainsi que leur amie Maribel se retrouvent transportés sur une île inconnue. C’est en mettant un terme aux agissements des monstres ayant envahi les lieux qu’ils comprennent qu’ils ont été envoyés dans le passé pour stopper agissements des force du mal et ainsi faire réapparaître l’île dans le présent. Commence alors une longue aventure entre passé et présent pour retrouver le monde d’antan et ses innombrables îles oubliées du temps.

20260306002755 01KK050H0QXT0M3J0A5E99V50B
20260306002804 01KK04WXTX7BK6ZKR1NQJ9DPPE

Pas de surprise, même réimaginé, DQ7 reste DQ7. Ou du moins, c’est l’impression que l’on peut avoir au premier abord. Cependant, on constate rapidement que des changements plus ou moins importants ont été faits pour condenser le jeu, qui avait déjà connu une coupe pour son passage sur 3DS. Si le début du jeu pouvait s’avérer long et laborieux sur la version originale, la version 3DS avait déjà raboté un gros morceau pour réduire cette introduction à moins d’une heure de jeu, contre facilement trois heures auparavant. Avec la version Reimagined, c’est encore un peu plus court avec une simplification du contenu, histoire de passer très rapidement au vif du sujet.

Et ce n’est pas tout ce qui a été retiré pour ne pas dire arraché. Quêtes annexes, scénarios complets d’îles, Square Enix a sorti la hache et n’a pas épargné la veuve et l’orphelin. Et c’est là que je vais commencer à jeter des petits cailloux, car si je peux tout à fait comprendre l’intérêt de réduire le contenu d’un jeu qui dépassait la centaine d’heure, certains morceaux retirés faisaient partie des plus intéressants et parfois même des plus chargés en émotions. Mettre le jeu sous régime, ok, mais pas au détriment de ce qui faisait le charme du jeu original. Et pire sacrilège de tous, le casino a disparu pour ne conserver qu’un mini jeu de mémoire auquel on ne peut participer qu’un nombre limité de fois dans le temps. Bien entendu, cela ne touchera pas celles et ceux qui découvrent le jeu avec cette version, mais pour les fans de la version 3DS ou plus encore pour les fans de la version originale, c’est avec une larme à l’œil que l’on constate l’absence de toutes ces quêtes, ces mini-jeux ainsi que tous ces personnages que l’on espérait revoir.

20260306002815 01KK04W2W9VWS9QHRZ4J52C0HH
20260306004703 01KK0632VD8RFFQ0BNEZMSRGPA

Toutefois, Square Enix se rattrape un peu avec la présence de doublages réussis en anglais ouen  japonais pour une partie des dialogues - tous les textes sont en français -, ainsi qu’une petite surprise concernant l’histoire, qui devrait faire plaisir aux fans, même si je m’abstiendrai d’en dire davantage. Sachez juste qu’ils ont réussi à m’arracher une petite larmichette et ce n’est pas rien. Est-ce suffisant pour excuser le régime drastique appliqué au contenu original ? Cela dépend de vos attentes, mais retenez bien qu’entre la version PlayStation et la version 3DS, la quête principale était déjà passée de cent heures de jeu à environ quatre-vingt. Avec Reimagined, elle se termine en moins de quarante heures, ce qui devrait vous donner une idée du coup de hache qui a été donné. Au moins, on ne peut plus critiquer les temps morts que l’on pouvait rencontrer dans les précédentes versions, puisqu’il faut autant de temps pour terminer la totalité du contenu de Reimagined que pour terminer la quête principale de la version 3DS. Tout s’enchaine comme Kool Shen et on a à peine terminé une île que l’on passe déjà à la suivante, sans vraiment prendre le temps de ralentir un peu la cadence. Au bout du compte, si l’intention était bonne, ils ont transformé un jeu sous tranxène en un jeu sous perfusion de caféine.

Tabula Rasa

Mais assez parlé du contenu, il est temps de passer à la suite, car d’autres changements, et pas des moindre, concernent le gameplay et le confort de jeu. Tout d’abord, je tiens à préciser que Dragon Quest VII Reimagined reste un J-RPG au tour par tour à l'ancienne. Cependant, est-ce toujours un Dragon Quest ? Le doute est permis. Je m’explique.

20260306002825 01KK04T9Q57Y0KW8GBDPYV7CTP
20260306004629 01KK05PVPC95HDJRDMK9124E92

La série Dragon Quest a toujours été connue et reconnue pour sa rugosité, son austérité et son incapacité à se moderniser. C’était autant une critique, que moi-même je faisais, qu’un de ses atouts auprès de ses plus fervents défenseurs. Des menus minimalistes mal conçus, un système de combat carré et sans fioritures, une difficulté plus élevée que la moyenne, voilà ce qui faisait le squelette de tout nouveau Dragon Quest. Certes, le XI avait déjà arrondi les angles, surtout sur la difficulté, toutefois les remakes, dont les derniers en date, avaient jusque-là préservé ce côté très old school, si cher à la série. Mais ça, c’était avant Dragon Quest VII Reimagined. Pour cette version, Square Enix a fait table rase et pas qu’à moitié. Refonte totale du menu afin de la rendre bien plus intuitif et ergonomique, gestion commune des objets pour tous les personnages, gestion simplifiée de l’équipement, tout a été revu pour améliorer le confort de jeu, ce qui est une très bonne chose. Ils ont même intégré la possibilité d’accélérer le temps durant les combats - sans pour autant augmenter la vitesse de la musique, ouf -, merci à eux !

Non, c’est plus sur le reste que je vais émettre quelques réserves. Tout d’abord, le jeu est terriblement facile. S’il pouvait être un peu compliqué dans ses versions précédentes, il s’est ici transformé en balade de santé. Tout a été fait pour que la frustration et le stress n’arrivent jamais. Pour cela, ils ont placé des statues de sauvegarde, qui permettent aussi de soigner entièrement tous les personnages du groupe, en début de donjon, puis avant le boss et parfois même au milieu pour les plus longs, qui ne sont pas bien longs de toute façon. Et si ce n’était pas suffisant, il a aussi été décidé de placer des objets de soin un peu partout sur le trajet. Au bout d’un moment, vous en avez tellement qu’ils deviennent une source de revenu supplémentaire. La difficulté, tout comme le rythme du jeu, a fait un grand écart gigantesque au point de risquer la rupture. Il existe bien des options pour modifier les dégâts, la quantité d’argent ou encore d’expérience pour tenter d’équilibrer un peu, mais ce sont des modifications très artificielles, qui ne permettent pas de retrouver les sensations des versions PlayStation et 3DS.

20260306002735 01KK053M0BZCVZX4P4KV6BWQQR
20260306004602 01KK05G6MNRCT0S56K2QTB2R4X

Et ce ne sont pas là les seuls changements qui concernent le gameplay. Tout d’abord, les vocations de monstres ont disparu, ce qui n’est pas vraiment un mal vu l’investissement nécessaire qu’il fallait lui consacrer pour vraiment en profiter. Ces dernières permettaient de récupérer des compétences liées aux monstres afin de les apprendre définitivement. C’était totalement optionnel, donc pas une grande perte en soi. Ensuite, les vocations normales, celles qui concernent vos personnages, ont elles aussi été modifiées. Une fois assez avancé dans le scénario, les membres de votre groupe peuvent changer de vocation parmi toute une liste dans laquelle on retrouve les classiques guerrier, voleur, mage, sage, danseur et j’en passe ayant chacune son lot de compétences. Auparavant, toutes les compétences apprises étaient conservées avec le changement de vocation. Par exemple, si vous appreniez le sort de feu avec mage, vous le conserviez même en passant guerrier. Vu que cela pouvait casser le jeu sur le dernier tiers, ils avaient décidé avec la version 3DS de ne conserver que les compétences de base, les plus faibles. Avec Reimagined, ils sont allés encore plus loin puisqu’il est maintenant impossible de conserver les compétences apprises avec une vocation vers une nouvelle. Cela signifie qu’une fois le changement de vocation appliqué, votre personnage n’a plus rien d’autre qu’une compétence de base et seule l’augmentation du niveau de vocation, qui va assez vite heureusement, lui en débloque d’autres. Toutefois ! Parce qu’il fallait bien rendre le jeu encore plus simple à un moment, il devient possible un peu plus tard d’appliquer deux vocations à chacun de vos personnages, avec toutes les compétences qui vont avec. Cela ouvre indéniablement des possibilités de personnalisation intéressantes, comme avoir un guerrier mage ou soigneur, un voleur capable de contrôler les ennemis etc., au détriment de la difficulté du jeu, ce qui n’était vraiment pas nécessaire.

20260306005607 01KK06KEPBVF5B24PZMH3Q20DG
20260306005626 01KK06P1HWBC1YH9S4B9NNAKT9

Dioramification

Pour finir, et parce que c’est aussi le changement le plus « dans ta face » de cette version, l’aspect visuel a fait un énorme bon en avant, ce qui n’était pas compliqué vous me direz. Pour cette version, Square Enix a fait le choix audacieux du style diorama, ces reconstitutions miniatures et réalistes de scènes diverses, aux décors détaillés avec des personnages proches d’un rendu de figurines. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais ça a le mérite d’être original. Les environnements sont très réussis et s’ils ont tendance à manquer de diversité, surtout au niveau de la représentation des iles, ils n’en restent pas moins agréables à l’œil. Pour les personnages, c’est plus compliqué. Globalement, ils sont plutôt jolis, mais on peut regretter qu’en dehors de quelques exceptions comme le Héros et Raph, ils n'aient pas davantage respecté les traits du grand Akira Toriyama, contrairement aux monstres et boss, plus beaux que jamais.

20260306005537 01KK06G5SM1XBZVZQBT03XEDFZ
20260306090211 01KK12BNEZZM6V54JD5JAZ0HZY

Quant aux musiques de Koichi Sugiyama, elles ont été réorchestrées et sont parmi les plus réussies de la série. Il est tellement agréable de retrouver de telles bandes originales qui restent dans le registre classique. Des cordes, des cuivres, des percussions, des mélodies pleines d’émotions, d’espièglerie, d’héroïsme, de mélancolie, ou encore de tendresse. Des compositions qui, parfois, rappellent celles de Joe Hisaishi pour les films de Miyazaki. C’est superbe et cette réorchestration est un magnifique hommage au compositeur qui a consacré plus de trente-cinq ans à la licence.

Conclusion

Dragon Quest VII Reimagined n’a pas volé son nom. Plus qu’un remake, c’est une réinterprétation du jeu sorti en 2000 sur la bonne vieille PlayStation. Rythme accéléré, interface retravaillée, combats dynamisés, musiques réorchestrées, direction artistique revisitée, les équipes de l’éditeur japonais n’ont pas chômé pour proposer quelque chose de vraiment nouveau et surtout de beaucoup plus accessible. Malheureusement, tout cela ne s’est pas fait sans compromis et entre le contenu découpé à la hache et la difficulté abaissée à un niveau risible, il m’est difficile de considérer cette version comme la meilleure jamais sortie. Il reste un grand jeu et une expérience sympathique à faire pour toute personne n’ayant jamais joué à Dragon Quest VII et qui ne désire pas se confronter à la difficulté de ses aïeux, mais c’est aussi un chamboulement pour les fans, qui pourraient lui préférer la version 3DS ou même l’originale.

20260306004631 01KK05Q1KXFT1EA0MZG04PQP1M
20260306005556 01KK06HRKMNC787W2X7B263HDC

Au bout du compte, ce bon vieux DQ7 a dû lui aussi s’adapter à notre époque où le temps devient de plus en plus difficile à trouver pour le jeu vidéo. Aucun doute que cela comblera celles et ceux qui ont déjà du mal à voir le bout de leur backlog de jeux en attente, ou encore les fans qui savent qu’ils n’ont plus le temps nécessaire à consacrer à un tel monstre du J-RPG, mais pour les autres, c’est un monument du J-RPG qui s’effrite petit à petit.

Test réalisé par Lianai à partir d'une version Nintendo Switch 2 fournie par l'éditeur.

20260306002846 01KK04QK16TT39A07GXQX2CMFN

Réactions (10)

Afficher sur le forum