Test de V-Rally 4 - On a fini dans le ravin

Seize ans d'absence et au moins autant de jeux qui ont tenté de prendre la relève, la saga des V-Rally a une place particulière dans les amoureux de course automobile tout terrain. Avec un quatrième épisode que l'on n'attendait plus, les développeurs parisiens de Kylotonn Games ont la lourde tâche de convaincre, alors que V-Rally apparaît comme un synonyme du passé. Sortie trois semaines après les consoles, la version PC (Steam) est testée ici.

V-Rally 4 nous invite à croire, croire qu'un retour est possible pour une licence qui a participé à poser les bases de la course de rallye sur consoles. De ses premiers pas sur PlayStation 1 à ce retour timide, la licence a couvert de nombreuses époques et doit désormais s'adapter à une nouvelle conception de la course automobile sur consoles. Avec plus de sensations, plus de fidélité et de contrôle. L'équipe de Kylotonn avait donc fort à faire : convaincre les amoureux de la licence, mais aussi ceux qui ont depuis pris du plaisir chez de nouveaux concurrents comme la série des DiRT. 

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They see me rollin'

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Le jeu nous largue dès les premiers instants dans une course qui donne le ton du mode carrière. Course de rallye dans la brousse, c'est bien la discipline qui a fait la renommée de la série. Avec son gameplay résolument orienté vers l'arcade, le jeu se prend en main très facilement. Bien que l'on puisse y apporter un peu de subtilité en désactivant les aides à la conduite, la conduite reste suffisamment souple pour éviter les multiples sorties de piste. Bien sûr, il faudra apprendre à aborder chaque type de surface, qu'il s'agisse de gravier, de terre ou de tarmac, mais le comportement des véhicules est suffisamment identifiable pour s'y habituer dès les premiers virages. Ce côté très abordable du jeu le range dans une catégorie semblable aux DiRT de Codemasters, dont il reprend finalement beaucoup d'éléments.
En effet, au-delà de l'épreuve reine, celle des rallyes, le jeu nous envoie vers d'autres disciplines : le rallycross, où l'on fait la course contre quatre concurrents sur une piste tout terrain, le Extreme Khana, où il faudra faire le meilleur temps sur une piste sur laquelle le drift est roi, le Hill Climb, qui consiste à gravir la montagne le plus rapidement possible dans un véhicule puissant et enfin des courses de Buggy. Ces différentes disciplines s'insèrent dans un mode carrière dans lequel il faudra parcourir le monde et disputer des courses variées et à la difficulté changeante. Passer du côté du concessionnaire pour acheter de nouveaux véhicules (une dizaine par catégorie) est inévitable et vous pourrez aussi y embaucher un staff performant pour développer le plus vite possible des améliorations pour vos véhicules.

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Cependant, ce mode carrière, épicentre du jeu, souffre d'une lourdeur de progression assez désagréable avec des limites artificielles pour la ralentir. Je pense notamment à toute la gestion des véhicules et à leur achat. Ne disposant que d'une flotte de véhicules assez minces, tout au plus une dizaine dans les disciplines les plus fournies, les développeurs rallongent la durée de vie du mode carrière en instaurant une limite incompréhensible sur la progression et l'achat de ces véhicules. En effet, quand bien même vous auriez les moyens de vous procurer le véhicule le plus puissant du jeu, il faudra d'abord acheter les véhicules précédents, étape par étape, avant d'enfin pouvoir débloquer l'achat du meilleur de la catégorie. Un choix douteux qui force à farmer les crédits, mais surtout qui ralentit la progression et ne permet pas de naviguer librement entre les différentes disciplines. En effet, après avoir poncé les épreuves de rallye et de hill climb par exemple, le jeu vous empêche artificiellement de dépenser votre pactole dans les meilleurs véhicules de buggy ou d'extreme khana. À chaque discipline, il faudra donc reprendre la progression du début puisque compte tenu du ratio entre coût des véhicules et argent gagné en course, il faudra passer un paquet de temps en course pour accéder à des voitures plus puissantes. On peut aussi s'interroger sur le choix douteux de séparer nettement les voitures de rallye et de rallycross, alors que dans la réalité ces véhicules sont, à quelques réglages près, les mêmes. Quant aux améliorations de véhicule, on est bien trop limité dans l'achat de pièces pour que cela ait un quelconque intérêt. Chaque voiture a une capacité d'amélioration limitée et il faudra parcourir un certain nombre de courses avec celles-ci pour pouvoir acheter les quelques améliorations et les installer. Obtenir un staff plus performant permet de débloquer ces pièces plus vite, mais rapidement la gestion du staff devient une formalité sur laquelle personne ne s'attardera. 

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Et ces choix sur l'achat des véhicules posent un véritable problème dans la progression, car le jeu n'est jamais clair sur la difficulté des courses. Chaque épreuve a une difficulté symbolisée par un nombre d'étoiles, mais le jeu ne nous offre aucune indication sur la puissance des véhicules des adversaires. Alors il n'est pas rare de se lancer dans un rallye, avec plusieurs épreuves, duquel on ne pourra gratter au maximum qu'une maigre 6 ou 7ème place au général, la faute à un moteur bien trop peu puissant par rapport aux adversaires. Cette opacité dans la difficulté des courses donne au mode carrière un sentiment d'inachevé, comme s'il n'avait rapidement que peu d'intérêt alors que la progression n'est jamais vraiment récompensée. Ce n'est qu'un enchaînement bête d'épreuves aléatoires, sur une carte du monde dont on fait rapidement le tour, la faute à un nombre de tracés trop insuffisant. Si V-Rally 4 offre une grande diversité dans ses environnements avec onze pays différents, des États-Unis au Japon en passant par le Kenya et la Russie notamment, le nombre de tracés est bien trop limité pour pouvoir tenir sur la longueur. On se rend compte qu'on passe toujours par les mêmes routes et circuits et la répétitivité devient un vrai frein au plaisir.

Et je tourne, et je tourne en rond

Et c'est là que V-Rally 4 nous perd. Avec cette méchante impression de toujours parcourir les mêmes tracés, la joie de la découverte ou l'improbable nostalgie d'une licence qu'on avait oubliée, le jeu devient cette expérience sympathique sur laquelle on aura bien des peines à dépasser la poignée d'heures. Passée la découverte des nombreux environnements, rien n'incite le joueur à y rester. Et ce ne sont sûrement pas les autres modes de jeu qui le feront, puisqu'il faut, en dehors de la carrière, se contenter d'un mode "partie rapide" qui permet de courir sur les mêmes tracés ou d'un mode multijoueur, en écran splité ou en ligne. Un mode en ligne où, il faut le dire, on a eu les plus grandes peines à trouver le moindre adversaire, ne comptez donc pas trop dessus.

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La déception ne s'arrête pas là, puisque dans l'ensemble V-Rally 4 manque de punch pour nous donner envie d'améliorer nos temps sur les quelques courses proposées. Si le mode carrière nous y incite avec une dimension en ligne, qui consiste à faire le meilleur temps possible sur des épreuves disponibles quelques jours, c'est bien la conduite qui pose problème au jeu. Les véhicules semblent trop flottants, trop lisses y compris sur des terrains pourtant peu accueillants, avec une sensation de vitesse le plus souvent réduite à néant et ce même dans la vilaine vue intérieur. Les voitures de la même catégorie, peu importe le modèle, se comportent d'une manière très similaire et manquent globalement de lourdeur, ou de sensations lorsque l'on remet les gaz en sortie de virage. Si on n'exigeait pas la précision et les sensations d'un DiRT Rally, la dernière référence des simulations de rallye, on attendait au moins un jeu qui nous donne envie d'aller derrière le volant et de faire vrombir le moteur. Au lieu de ça, le jeu de Kylotonn Games nous propose de piloter un train sur rails où la seule chose qui puisse nous envoyer dans un arbre est un manque de concentration, la faute à des pistes et à une conduite sans challenge. Sans pour autant être désagréable, la conduite de V-Rally 4 s'apparente plus au jeu sympatoche que l'on lancera entre amis pour faire une course rapide, pour peu que personne ne soit vraiment un amateur de jeux de course automobile.

D'autant plus que V-Rally 4 se manque aussi sur l'une de ses disciplines. Je pense au Extreme Khana, ou plutôt la vision très particulière de la discipline du Gymkhana que nous offre le jeu. Course d'obstacle avec une forte concentration de zones de drift, la discipline nécessite des véhicules suffisamment puissants et une maîtrise technique terrible pour arriver sur la ligne d'arrivée avec le meilleur temps. Néanmoins, V-Rally 4 ne récompensant pas la prise de risque avec les drifts et ne proposant pas de sensations propices aux drifts, on se retrouvera le plus souvent à conduire de la manière la plus normale qui soit, comme s'il s'agissait d'une course sur piste quelconque, sans jamais avoir besoin de drifter pour passer les virages. Un véritable échec, symptomatique d'un jeu qui ne semble rien maîtriser.

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L'arbre qui cache la forêt

Finalement la seule chose que l'on retiendra de V-Rally 4, c'est son visuel. Malgré quelques modèles de véhicules assez grossiers, le résultat est satisfaisant. La plupart des environnements proposés par le jeu sont très jolis. Grâce à des couleurs chatoyantes, bien que parfois trop flashy, mais également un jeu de lumières assez agréable sur les parcours qui se déroulent au coucher du soleil. Si le jeu ne dispose pas de tracés de rallyes officiels, il se révèle suffisamment intéressant pour nous proposer des environnements variés où l'on retrouve à chaque fois une ambiance bien différente et propre au pays. Même si on regrettera tout de même certains clichés qui sévissent sur ces parcours, chaque pays étant représenté comme une carte postale où on irait faire les cons avec une voiture un peu trop puissante.

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Ce n'est toutefois pas une surprise : le moteur maison des parisiens de Kylotonn Games est suffisamment efficace pour proposer des environnements et des effets climatiques assez jolis, comme on l'avait vu précédemment avec leur dernière itération de la série des WRC, tandis que le jeu ne souffre d'aucun problème particulier dans sa version PC, venant même corriger des problèmes de progression du mode carrière dont souffraient les versions consoles. 
On reprochera simplement des couleurs difficilement lisibles, trop claires, sur la neige en Russie. Si cela peut être en partie corrigé par la luminosité du jeu, la piste et les virages sont parfois bien trop difficiles à identifier, la faute à une neige si blanche qu'elle fait mal aux yeux.

Conclusion

Et si déterrer la licence des V-Rally était une mauvaise idée ? Ce quatrième épisode, bien qu'empreint d'un amour indéniable du studio pour le genre, s'avère bien trop pauvre dans son contenu pour capter l'attention du joueur plus de quelques heures. Le constat est le même du côté d'une conduite qui n'arrive pas à procurer la moindre sensation, la faute à une confusion entre rallye et caisse à savon. La vitesse ou la puissance du véhicule sont des notions qui sont ici inconnues et on se contentera juste de déraper sans raison sur une poignée de tracés, ne faisant confiance qu'à l'ATH et à son indication de vitesse pour tenter de croire que l'on avance vraiment. Les modes de jeux sont trop pauvres pour donner envie d'y revenir, tandis que le mode en ligne n'apparaît que comme une légende où seul le véritable élu sera capable d'y trouver un adversaire, une fois, sur un malentendu.

Test réalisé par Hachim0n à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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Plateformes PlayStation 4, Windows, Xbox One, Xbox One X
Genres Course, contemporain

Sortie 6 septembre 2018 (Xbox One)
6 septembre 2018 (PlayStation 4)
6 septembre 2018 (Xbox One X)
25 septembre 2018 (Windows)

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.