Test de Monster Boy - la refonte du père fondateur

Sombrée dans l’oubli au cœur des années 90, la saga Wonderboy revient sur le devant de la scène, adoubée par ses créateurs originaux à défaut de ses ayants droit. C’est sous le nom de Monster Boy et le Royaume Maudit que ce nouvel épisode, totalement original et mis en œuvre par les petits Français de Game Atelier, nous offre toutes les promesses d’un jeu moderne. Alors, nouvelle pastille nostalgique améliorée ou retour au premier plan d’un des piliers du Metroidvania?

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Allez hop, en route pour l’aventure !

Monster Boy et le royaume maudit se déroule dans un univers que vous explorez de long en large et en travers dans ses moindres recoins. L'histoire entraîne Jin dans un périple à la poursuite de son oncle pris de folie ; légère et amusante, elle nous pousse en avant sans nous barber. Si la mise en forme du texte dans les bulles avec ses phrases tronquées est un peu laxiste, l'écriture simple et efficace apporte sa touche d'humour ainsi que pas mal d'easter eggs pour les fans de la première heure.

Ces derniers reconnaîtront d'ailleurs tout de suite la plage sur laquelle l'aventure débute, avec son ambiance incomparable. C'est simple : Monster World n'a jamais été aussi beau, brillant, vivant, vibrant et foisonnant de détails que dans cette itération. Les environnements sont riches, soignés et, s'ils ne s'écartent jamais de bases un peu cliché, leur variété et le soin apporté aux différentes ambiances fait de l'exploration un véritable plaisir.

Les personnages sont aussi remarquablement animés, à la main, dans un style manga qui touche juste avec son humour classique, mais efficace. Rien de tel que de faire courir notre gros cochon ou de regarder des boss démesurés se prendre des bosses. Quel cochon ? Le gameplay s’articule autour de la métamorphose de notre personnage en six apparences : cochon, serpent, grenouille, lion, dragon et humain, une véritable animalerie qui permet de faire varier la façon d'aborder chaque tableau.

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À l'époque, les premières images pouvaient laisser dubitatif, surtout face à son grand frère, remake de The Dragon's Trap sorti en 2016 au look cartoon des années 60. Si les premières captures d'écran de Monster Boy ne lui rendaient pas hommage, le visuel s'est complètement métamorphosé en quelques années au point d'égaler son aîné dans son propre style. La direction artistique aux tonalités ensoleillées séduira les plus jeunes sans blaser les autres, l'humour est bien maîtrisé et la réalisation technique irréprochable. C'est simple : on a tout le temps envie de s'arrêter afin d'observer les arrières plans et de redémarrer pour animer tout ça et en découvrir davantage. L’intro se paye même le luxe d’une cinématique digne d'un animé, avec, cerise sur le gâteau, un thème chanté au choix en japonais ou en anglais, qu'on ne se lasse pas d'apprécier à chaque démarrage.

Si le générique est en japonais, c'est parce qu'une équipe japonaise a pris en charge de A à Z la réorchestration des thèmes originaux de la saga et force est de constater non-seulement la qualité des morceaux, mais aussi le travail d'orfèvre effectué sur leur mise en musique, à des lieues de l'offre originale. Ce sont plus de soixante pistes qui accompagnent tout au long de cette aventure, avec des mélodies efficaces et marquantes qui s'adaptent aux diverses circonstances. Passant du jazzy au symphonique puis à la guitare électrique, les mélodies créent une ambiance à la Walt Disney qui ne vous laissera pas indifférent, que ce soient des morceaux gravés dans votre passé ou bien une première écoute.

C'est bien simple : du début à la fin, Monster Boy envoie du bonheur dans tous les sens. Littéralement.

 

Tout est bon dans le cochon… le lion… le dragon…

La progression dans l'aventure s'accompagne de l'acquisition de différentes formes, apportant de nouvelles compétences qui diversifient le gameplay et les situations. Le cochon utilise des objets magiques, le serpent grimpe aux murs, la grenouille dispose d'une langue-grappin, le lion fonce et défonce, tandis que le dragon s'envole en crachant des flammes. À l’instar des déplacements, les transformations sont très fluides : une simple pression de gâchette permet de passer de l'un à l'autre. Un menu radial est aussi accessible pour enchaîner les transformations au milieu d'un vol plané. Les différentes apparences évoluent également par l'acquisition de talismans qui débloquent des compétences supplémentaires.

Si les créatures ont des compétences actives, l'équipement octroie des traits passifs, souvent classiques comme le double saut, mais aussi originaux comme la lame qui gèle l'eau ou les bottes qui font fondre la glace. L'équipement peut évoluer en trouvant les gemmes nécessaires et donne même des bonus de sets pouvant totalement changer la dynamique d'une zone. Un passage difficile est ainsi transfiguré par une nouvelle métamorphose ou compétence.

Cette double dynamique rend l'exploration attrayante, mais aussi nécessaire. Le monde est truffé de passages secrets, de caches à peine voilées et d'endroits impossibles à franchir. Il faut souvent revenir en arrière pour débloquer des secrets qui n'étaient pas accessibles lors de votre première visite. Si, passé un certain point, c'est un véritable plaisir de farfouiller dans des environnements particulièrement bien ficelés, l'évolution du personnage y est hélas trop soumise. Il est dommage de se trouver bloqué par un manque de points de vie simplement parce qu’on n’a pas débusqué assez de cœurs ou acheté la bonne pièce d'équipement.

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Ce point noir est compensé par le plaisir de (re)découvrir chaque domaine, d'autant que le jeu pourrait être un cas d'école à lui tout seul tant les niveaux sont intelligemment pensés. Lors du premier passage, les situations et obstacles se renouvellent toujours et les séquences d'habileté se corsent avec l'intégration progressive d'énigmes combinant mécaniques propres au lieu et aux transformations. En plus des salles d'énigmes dédiées aux trésors cachés, plusieurs petits défis type course poursuite et même des phases de shoot'em up sont savamment intégrés. Les boss, finement conçus, proposent un challenge plus logique que technique, obligeant à se creuser la cervelle pour les abattre.

Aucun tableau ne se ressemble. Game Atelier a non seulement été prolifique, mais a surtout gardé uniquement le meilleur. La progression dans l’ensemble est comme une vaste phase d'apprentissage de toutes nos compétences sans aucun effet tutoriel désagréable. À l'instar d'un Mario, nous apprenons par la pratique à découvrir et à maîtriser nos différentes aptitudes, ainsi que les mécaniques propres au lieu, apportant un sentiment d'accomplissement particulièrement satisfaisant.

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Le level design évolue lui aussi d'une bien belle manière : si la première partie se fait en quasi ligne droite, l'exploitation de la verticalité donne une sensation de monde cohérent plus que de niveaux. Par la suite, ces derniers s’étoffent avec des donjons organisées comme ceux de Zelda autour d'un hub central avec des sous-sections qui nous font progresser librement. L'un des derniers donjons enrichit encore la donne en devenant un metroidvania dans le metroidvania avec des parties liées qui se débloquent depuis un sous-ensemble vers un autre, nous faisant faire des aller-retours pour trouver tous les raccourcis. C'est brillant. On déplore quand même quelques énigmes trop absconses, corollaires de l'apprentissage par le gameplay. Des indices contextuels manquent parfois pour nous orienter vers la solution ou nous indiquer qu'on s'y prend mal. En résultent certaines errances un peu frustrantes, mais peu nombreuses. Le monde regorge tellement de trésors et d'énigmes qu'il est impossible de tout débloquer d'un seul jet. Terminée en une petite vingtaine d’heures, l’aventure vous tiendra en haleine un peu plus longtemps si vous cherchez à découvrir le monde à 100%.

Ressurgi des tréfonds de l’oubli, transfiguré depuis Flying Hamster II, qui portait déjà toutes les graines du produit final, Monster Boy et le Royaume Maudit ressuscite avec brio l’un des ténors du genre pour en faire un jeu exemplaire à tous points de vue. Direction artistique léchée, travail audio à tomber, mécaniques maîtrisées, level design au cordeau et, cerise sur le gâteau, de la bonne humeur à tous les étages. Utilisant brillamment tous les jalons qu'ont posé ses prédécesseurs, généreux, mais tenace, avec une courbe de progression quasi-exemplaire, Monster Boy et le Royaume Maudit est un travail d'orfèvre qui conviendra aussi bien aux joueurs expérimentés qu'aux nouveaux venus. Un grand jeu vidéo à mettre entre toutes les mains !

Testé sur PlayStation 4 par Oulanbator via une version fournie par l'éditeur.

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Plateformes Nintendo Switch, PlayStation 4, Windows, Xbox One
Genres Aventure, plates-formes, fantastique, manga, médiéval

Sortie 6 novembre 2018 (Monde) (Nintendo Switch)
6 novembre 2018 (Monde) (PlayStation 4)
6 novembre 2018 (Monde) (Xbox One)
6 novembre 2018 (Monde) (Windows)

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5,3 / 10 - Intéressant