Test de Kingdom Hearts 3 sur Xbox One

Pour être honnête, j’avais fini par croire que je ne connaitrais jamais la fin de cette saga, entamée en 2002. Pourtant, presque 20 ans plus tard et après une palanquée de spin-offs et autres compilations en tous genres, Kingdom Hearts 3 pointe enfin le bout de son nez, le 28 janvier 2019 dernier. Toujours édité par Square-Enix et toujours avec Tetsuya Nomura aux commandes, nous revoilà prêt à repartir à l’aventure dans l’univers coloré de Disney avec notre trio d’enfer !

Test de Kingdom Hearts 3 sur Xbox One

Je préviens, le scénario est clairement Dingo.

Je vais être transparent avec vous : le scénario est un bordel sans nom. Sous couverts d’être un « Final Fantasy dans l’univers Disney » à ses origines, la saga a développé des dizaines d’arcs scénaristiques, sur une période d’environ cent ans, embarquant des dizaines de personnages différents, aux personnalités et aux objectifs diamétralement opposés. Et si ce n’était pas assez compliqué, le scénario se voit lié à des personnages versions sans cœurs et/ou similis et à du voyage temporel. Imaginez un mashup type Star Wars x Game of Thrones x Retour vers le futur x Ready Player One. C’est déjà le bordel de base. Si, en plus, vous commencez votre odyssée Kingdom Hearts dès le dernier épisode, qui selon la temporalité globale de la série, est en fait le 10ème jeu de l’histoire… Bon courage pour comprendre quelque chose.

Heureusement, Square Enix, l’ayant bien compris, propose une compilation de tous les titres sortis (1.5, 2.5, 2.8, ou le tout regroupé dans « The Story So Far ») ainsi que 5 courtes vidéos disponibles dans le menu de lancement du jeu. Néanmoins, pour être honnête, elles sont bien loin d'être suffisantes pour tout saisir. Alors, si on devait résumer en quelques mots cet opus, dites-vous que les porteurs de Keyblade, comme Sora, entament l’ultime combat contre les plans maléfiques de l’Organisation XIII et de son leader, Xehanort.

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C’est moi où, dans l’histoire, on se fait un peu Mickey ?

Bon et puis, le scénario n’est pas aussi simple. Afin de justifier de débuter au niveau 1, vous découvrez rapidement que Sora souffre d’amnésie et ne sait pas comment user du pouvoir de l’éveil. Voilà voilà. Pendant que Riku et le Roi Mickey partent à la recherche d’Aqua dans le monde des ténèbres, vous partez donc découvrir divers monde Disney plus ou moins récents, pour en apprendre plus sur vous et vos capacités. Je ne citerais pas tous les mondes, histoire de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais vous irez notamment vous émerveiller devant les lanternes du Royaume de Corona, revivre votre enfance dans la chambre d’Andy ou apprendre à faire peur aux enfants avec ces braves Bob et Sully. Tous ces mondes sont magnifiques. Ils ont tous ce côté épique, joyeux et touchant qui fait honneur à l’œuvre originale. Et c’est aussi un défaut d’une certaine façon… On se retrouve à jouer pratiquement le scénario des films et à enchainer des cinématiques de 15 minutes reprenant ultra fidèlement les images des films. Certes, c’est bien, c’est beau, mais ça casse quand même sacrément le rythme du jeu. Jouer 15 minutes puis avoir 15 minutes de cinématiques, ce n’est pas ultra agréable. Couplé au fait que le scénario le plus intéressant est incarné par la quête de Riku et Mickey, ça donne la sensation de s’être fait un peu avoir sur le jeu. Mais j’y reviendrais plus tard.

Ne boudons quand même pas notre plaisir. On joue aussi à Kingdom Hearts parce que ça fait écho à notre âme de gosse. Je ne sais pas vous, mais la première fois que j’ai joué à cette saga, j’avais 15 piges. Autant dire que ça fait un peu trip nostalgique et que ce n’est quand même pas désagréable. En outre, le jeu se permet d’être vraiment canon. J’ai le plaisir de pouvoir y jouer sur Xbox One X, avec écran 4K, et l’immersion est totale. Aucune baisse de framerate en vue alors que c’est le festival des effets visuels à l’écran. C’est coloré, ça pète dans tous les sens, c’est ultra fluide. Ça fait plaisir.

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Et le gameplay, qu’est-ce que ça Donald ?

Justement, parlons-en. Kingdom Hearts est un A-RPG, ce qui signifie donc une omniprésence de combats orientés action. En un mélange habile de ce que les différents jeux ont pu proposer par le passé, on retrouve autant l’énergie d’un Birth by Sleep que la fluidité de Dream Drop Distance. En clair, Sora est agile comme jamais. À vous les combos dévastateurs au sol comme dans les airs, à vous les bonds sur les murs ou les pirouettes à des branches et autres poteaux où vous emporterez avec vous les divers ennemis qui tenteront de s’opposer à votre avancée. Et même si ça pourrait augurer d’une vraie galère à suivre, force m’est de reconnaitre que tout est magistralement orchestré.

Néanmoins, ce système de combat présente un défaut majeur : son manque évident de difficulté. Même en mode difficile, le jeu tient de la promenade de santé. Tout est trop facile, déséquilibré. Vous roulez purement et simplement sur les ennemis.

Et si ce n’était pas assez simple, vous enchaînez les attaques spéciales avec une constance déroutante. Que ça soit les combinaisons avec les divers personnages qui vous accompagnent, vos attaques spéciales liées à vos assauts physiques et/ou magiques successifs ou encore les manèges/attractions, petite nouveauté de cet épisode. Il y en a tellement qu’il n’est pas rare de se retrouver avec 3 pouvoirs spéciaux en stock à lancer à la chaîne.

Si cela peut se comprendre en termes de cible pour SE/Disney (enfant/ados), c’est à se demander s’ils ont réfléchi en se disant que l’armada de fans de la première heure voudrait aussi retrouver un peu plus de défis, tel que les anciens épisodes ont su nous proposer (coucou Séphiroth !).

Du coup, même si ça claque visuellement, qu’on est devant un ballet son et lumière de haut niveau, on a quand même tendance à s’ennuyer un peu, bien que le jeu sache tout de même faire preuve de bonnes idées pour casser ça (les gigas dans le magasin de jouets par exemple !). Bref, petite déception. On aurait pu espérer au moins un mode difficile à l’image de ce qu’il est censé être.

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Par ailleurs, Kingdom Hearts 3 sait offrir des alternatives de jeu qui sont plutôt sympa : recherche des nombreux emblèmes dans chaque monde (des têtes de Mickey plutôt bien dissimulées) à coup de Gummiphone (2019 oblige, #LesRéseauxSociauxCestTropBienHihi), mini-jeu de cuisine avec Rémy de Ratatouille ou encore petits jeux en hommage aux Game & Watch. Il y a de quoi faire et de quoi plaîre à vraiment toutes les générations de joueurs. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est clairement plaisant et fun à jouer.

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Si t’as pas d’ami, prend un Gummi.

Déjà présent dans les 2 premiers opus numérotés, les phases en vaisseau Gummi sont de retours dans Kingdom Hearts 3. Exit les phases de jeu relativement ennuyeuses, voire incompréhensible des précédents opus au profit d’une carte ouverte qui donne accès à une véritable exploration spatiale, entrecoupée de phases plus classique de shoot’em up plutôt efficaces. À vous de découvrir les secrets cachés dans les constellations, les trésors à récupérer, les divers ennemis à affronter ou les boss a exploser. Et si cette variété n’était pas suffisante, il est de nouveau possible de customiser intégralement son vaisseau gummi pour en faire un peu ce qu’on veut niveau attaque, défense ou même design. Il y a des choses très drôles qui tournent sur internet (mentions spéciales aux vaisseau Bulbizarre ou Corgi qui vendent du rêve !) et je vous laisserai le plaisir de découvrir ça par vous-même.

Bref, d’une phase de gameplay un peu naze auparavant, c’est une assez bonne évolution qui plaira aux fans du genre, surtout si vous ne manquez pas d’une certaine créativité pour le mode construction ! De plus, il faut surtout retenir que tout cela reste relativement optionnel.

Si vous souhaitez aller directement au monde suivant, c’est totalement faisable sans vous perdre dans tout ce que je viens de vous décrire.

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Dunta, ton avis, on le Sora à un moment ?

Je suis partagé, pour être très honnête.

Le jeu a clairement de grandes qualités et on aurait pu s’attendre à bien pire, tant ça tenait de l’arlésienne vidéoludique. C’est, au sens global, une réussite.

Toutefois, il y a pleins de petits points qui viennent ternir le tableau. Tout d'abord, comme je l’ai déjà évoqué, la difficulté : elle est risible, voire inexistante. Certes, un gros challenge n’est pas toujours ce que l’on recherche dans un jeu, mais quand la série vous a habitué à un peu plus, c’est très surprenant. On sent clairement que le marketing a eu le cul entre deux chaises et que Disney a voulu orienter son produit vers les plus jeunes (le choix des mondes le confirme d’ailleurs) alors qu’une énorme part des acheteurs Day One sont les principaux fans du jeu… Soit des personnes de 25 à 35 ans, clairement plus habitué au jeu vidéo.

On peut citer également le scénario. Vous le ressentirez peut-être moins si vous n’avez fait que le 1 ou le 2 et que vos souvenirs sont lointains. À titre personnel, j’ai refait les 9 jeux précédent (KH1, Chain of Memories, KH2, 358/2 Days, Birth By Sleep, ReCoded, Dream Drop Distance, A Fragmentary Passage et χ: Back Cover) ces derniers mois, pour me rafraîchir la mémoire avant l’apothéose finale. Autant vous dire qu’après autant de dizaines d’heures de scénario, se voir affubler le coup de l’amnésie, couplé à la naïveté du héros, puis voir que tout l’enjeu se passe plutôt du côté des sidekicks que sont Riku et Mickey, c’est un peu vexant. Néanmoins, c’est très probablement le fan de la licence qui parle de façon un peu trop subjective ici. De toute façon, en étant vraiment objectif, il était pratiquement impossible d’arriver à une fin qui soit vraiment compréhensible tant les divers arcs donnent un trip philosophique et intellectuel vraiment complexe, bien loin de l’image qu’on pourrait se donner d’un jeu évoluant dans l’univers de Disney.

Pour être totalement intègre, j’aurais clairement envie de déconseiller très vivement ce titre à tout nouveau joueur de la licence. En effet, même en lisant toutes les infos disponibles dans le carnet de Jimini, vous ne pigerez pas le quart de l’histoire. Ce serait bien dommage et rendrait votre expérience pas aussi bonne qu’elle ne devrait être.

Dans les petits regrets supplémentaires, certains pourraient évoquer l’absence de VF pour les doublages, pourtant présents dans les versions PlayStation 2 de Kingdom Hearts et de Kingdom Hearts 2. Personnellement, ça me passe à des kilomètres. D’autant que si vous décidez de faire les compilations (ce que je vous conseille vivement), vous aurez l’intégralité en VOSTF. Aussi, ce n'est pas très choquant de continuer de cette façon l’ultime opus.

Bref, malgré ces quelques défauts, Kingdom Hearts 3 est une superbe expérience, avec une durée de vie relativement honnête pour le genre. Comptez environ 30 heures pour voir la fin du jeu, environ le double pour viser le 100% si vous êtes du genre complétiste/chasseur de succès. Et rien que pour le plaisir de refermer une page entamée il y a 17 ans, le jeu en vaut la chandelle.

Après tout, ne dit-on pas que ce n’est pas la fin qui compte mais bien le voyage jusque-là ?

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Test réalisé par Dunta à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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5,3 / 10 - Intéressant