Après Anthem, Kotaku s'intéresse à Dragon Age 4

La semaine dernière, Jason Schreier, habitué des enquêtes sur les coulisses du jeu vidéo, publiait un article sur le développement d'Anthem. Via diverses sources, travaillant encore chez BioWare ou ex-employés, il a pu recueillir de nombreuses informations. En parallèle de cette enquête, Jason Schreier a pu récupérer de nombreuses informations sur le développement de la suite de Dragon Age Inquisition, sorti il y a 4 ans. Voici un résumé de cet article.

Dragon Age, une saga tumultueuse

Fin 2009 sort le RPG Dragon Age Origin, nouvelle licence de BioWare. Succès critique et commercial, le jeu initie une saga. Celle-ci continue début 2011 avec Dragon Age II : Rise to Power. Le jeu fut développé en un temps très court, pressé par EA, et subit la critique. Bien que possédant certains aspects intéressants, il est loin de la qualité, de la profondeur et du niveau de finition du premier jeu. Suite à la réception de ce jeu, les développeurs se sentaient assez mal. Les sentiments d'insécurités avaient conduit plusieurs directeurs à beaucoup douter de leurs décisions.

Le développement d'un troisième opus débute alors : il s'agit de Dragon Age Inquisition. Celui-ci a subi quantité de problèmes, notamment posés par la sortie sur 5 plateformes en même temps (PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360, Xbox One, PC), par l'ajout d'un mode multijoueur et par les difficultés techniques du Frostbite. Trop de monde a été affecté au projet dès le début du développement, obligeant l'équipe dirigeante à s'élargir et à prendre des décisions rapides et douteuses, pour faire en sorte que tout le monde ait quelque chose à faire. Inquisition est justement le produit de la "magie BioWare" dont il est question dans l'article sur Anthem. Une grande partie du design et de l'histoire ont été finalisées au cours de la dernière année de développement, entrainant du stress et des crunchs jusqu’en 2014 alors que les équipes se sont démenées pour finir le jeu.

À l'automne 2014, Bioware lance Dragon Age Inquisition. Le titre connaît un succès critique et de bonnes ventes pour un jeu BioWare ; il gagna aussi le prix de jeu de l'année aux Game Awards 2014. Néanmoins, ce succès est regretté par les équipes du studio canadien, car ils valident les conditions désastreuses dans lesquelles le jeu a été développé.

Au moment de la sortie du jeu, les équipes sont épuisées. Laidlaw et Mark Darrah déclarent aux équipes qu'ils ont commis des erreurs et qu'ils feront mieux pour le prochain projet, ne voulant plus supporter ce genre de travail. Ils s'attelleront à concevoir une vision explicite et cohérente du projet et à la communiquer aux équipes de la manière la plus efficace possible.

Joplin, le nouveau Dragon Age !

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Après la sortie du DLC "Intrus", acclamé par la critique, en 2015, l'équipe du jeu se sépare. La majorité de celle-ci part sur Mass Effect : Andromeda pendant que quelques dizaines de développeurs, dont Darrah et Laidlaw, commencent à créer le prochain Dragon Age, dont le nom de code est Joplin.

Selon des personnes qui ont travaillé dessus, Joplin était excitant. Le développement d'Inquisition a été très compliqué, mais les développeurs de BioWare disposent maintenant de nombreux outils et moyens de productions, qu'ils souhaitaient améliorer et continuer à utiliser. De plus, l'équipe de Joplin réalise désormais des prototypes de ses idées très tôt et les teste le plus rapidement possible au lieu d'attendre qu'il y ait le feu. C'était un développement ambitieux, et même si beaucoup de choses auraient pu changer, les membres de l'équipe se disaient en tout cas ravis des possibilités qui s'offraient à eux. Globalement, les chefs de projets cherchent à éviter de reproduire les mêmes problèmes. Un des membres de l'équipe de Joplin en parle comme  l'une de ses "meilleures expériences de travail".

L'objectif est alors de créer un jeu de moins grande envergure qu'Inquisition, mais offrant beaucoup plus de choix aux joueurs et insistant sur leur impact. Ainsi, une même zone aurait beaucoup changé selon les décisions des joueurs. Le jeu devait suivre un groupe d'espions à Tevinter, suite logique du DLC Intrus, qui montre que les dirigeants de l'Inquisition veulent investiguer là-bas pour trouver de quoi contrer leur ennemi.

L'équipe de Joplin, les pompiers

Le premier soucis est survenue fin 2016 lorsque Joplin fut placé en pause et toute l'équipe transférée sur Mass Effect : Andromeda, qui avait besoin du plus de monde possible au cours de ses derniers mois de développement. Une fois Andromeda sorti, en mars 2017, l'équipe de Dragon Age retourne sur son projet, embarquant avec elle quelques anciens membres de l'équipe d'Andromeda. Néanmoins, cela ne dura que quelques mois avant un nouvel incident.

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Après Mass Effect : Andromeda, c'est au tour d'Anthem de connaître des difficultés dans son développement. L'équipe de Dragon Age est à nouveau réquisitionnée, en particulier son directeur Mark Darrah, qui reprend la direction d'Anthem. Néanmoins, cette fois les conséquences sont plus lourdes pour Joplin : le projet est rebooté, c'est-à-dire qu'il repart de zéro. Cela entraîne le départ d'une partie de l'équipe dont Mike Laidlaw, directeur créatif de Joplin.

Au revoir Joplin, voici Morrison !

Une toute petite équipe entame un nouveau projet, baptisé Morrison et construit sur les outils d'Anthem au lieu de ceux d'Inquisition. C'est la version actuelle du jeu. Matt Goldman, directeur artistique de Dragon Age : Inquisition, est le directeur créatif de ce nouveau projet. Contrairement à Joplin, cette nouvelle version prévoit l'intégration d'éléments live service, c'est-à-dire conçus pour un gameplay et des revenus sur la durée. L'objectif est cependant de réutiliser une partie des éléments de Joplin, même s'il est difficile de dire quelles parties du premier projet seront conservées, ni en quelle quantité. De même, l'héritage d'Anthem est difficile à définir : selon certains des développeurs interrogés, il serait par exemple techniquement possible qu'un jeu construit sur le code d'Anthem soit jouable hors ligne.

L'objectif d'Electronic Arts est de ne produire que des "Games as a service", des jeux pouvant être monétisés pendant plusieurs années. Or, les premiers jeux BioWare entraient mal dans ce modèle. Les extensions de contenu solo ne touchaient qu'une petite partie des acheteurs du jeu de base, tandis que les modes multijoueurs ne passionnaient pas les joueurs, en partie parce qu'ils n'avaient pas de lien avec le contenu principal.

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Dans Morrison, l'objectif est donc d'inclure des éléments multijoueurs et durables au sein de l'aventure principale et non d'en faire un mode dédié. Cependant, la nature précise de ce contenu multijoueurs n'est pas encore définie ; elle évoluera probablement plusieurs fois avant la sortie du jeu. Néanmoins, les développeurs interrogés ne pensent pas que cet objectif modifiera l'ADN de la série : le cœur du jeu devrait demeurer solitaire et jouable hors-ligne, mais il devrait être agrémenté de contenus annexes multijoueurs. On se souvient que début 2018, Casey Hudson avait répondu sur Twitter que malgré les rumeurs, le prochain Dragon Age restera concentré sur l'histoire et sur ses personnages. Le contenu "Live" est plutôt lié à du contenu postérieur à l'histoire principale.

Quel avenir pour Morrison ?

Même après la lecture de cet article de Jason Schreier, les contours de Morrison demeurent très flous. Comme le rappelle le journaliste, les projets de BioWare ont tendance à beaucoup évoluer pendant leur développement, mais celui-ci pourrait connaître encore plus de changements. En effet, les récentes critiques envers Electronic Arts et les accueils très tièdes de Mass Effect : Andromeda et d'Anthem peuvent affecter la forme que prendra Anthem. De plus, les différentes itérations que connaîtra le jeu dans les prochaines années risquent d'affecter aussi bien sa structure que son contenu. Il est donc difficile de savoir quoi attendre exactement du jeu, même si les joueurs espèrent logiquement que ce titre permettra à BioWare de retrouver le chemin du succès.

Pour finir, Jason Schreier explique que les soucis que connaît BioWare depuis quelques années, aussi bien au niveau errements de développement que de la gestion humaine, sont malheureusement communs à d'autres grands studios. BioWare est un exemple parmi d'autres, mais malheureusement pas un cas unique, loin s'en faut.

Source : https://kotaku.com/the-past-and-present-of-dragon-age-4-1833913351

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