Test de MotoGP 19 - La revanche de l'intelligence artificielle

Après une édition 2018 au contenu faiblard, bien que MotoGP 18 de par son statut de reboot de la licence posait quelques bases intéressantes, MotoGP 19 arrive avec la ferme intention de reconquérir un public lassé par des années où la licence s'embourbait dans ses erreurs sans jamais tenter d'aller de l'avant. Après de nombreuses heures à faire parler notre talent dans toutes les catégories du championnat du monde de moto, force est de reconnaître que le studio transalpin Milestone Systems est sur la bonne voie.

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Pour les beaux yeux d'A.N.N.A.

Soyons tout à fait honnêtes, l'intelligence artificielle des jeux Milestone Systems a souvent été un problème. Et c'est bien peu de le dire : on expliquait déjà notre frustration face à une IA suicidaire dans Ride 3, où les adversaires suivent leur trajectoire coûte que coûte, quitte à vous percuter et à vous envoyer valser dans le décor. Un comportement parfaitement inadapté à une discipline à moto où la moindre friction peut entraîner une chute extrêmement grave. Alors, les développeurs italiens ont pris le problème à bras-le-corps et se sont posés les bonnes questions, notamment concernant la manière de faire interagir une IA censée suivre une trajectoire de manière optimale (car un pilote recherche toujours la performance) sans pour autant ignorer son environnement.

C'est en misant sur une IA capable d'apprendre, en temps réel, les trajectoires suivies par chaque pilote et le comportement de ses adversaires sur la piste que Milestone propose enfin quelque chose de plus intéressant. Que l'on soit du genre prudent ou très agressif en freinant le plus tard possible, l'IA, nommée "A.N.N.A." (pour Artificial Neural Network Agent), observe à chaque course les événements, les batailles, les dépassements choisis et la manière de se comporter sur la piste pour éviter au maximum qu'un pilote qu'elle contrôle ne reproduise plusieurs fois la même erreur. C'est un système qui rappelle beaucoup le "Drivatar" des Forza Motorsport, et qui fonctionne ici plutôt bien. Alors, on n'échappe pas toujours aux ratés : parfois, un pilote de l'IA est surpris par notre trajectoire et n'évite pas une collision facilement évitable en étant vigilant, mais, dans l'ensemble, A.N.N.A. se révèle performante et offre des courses particulièrement disputées grâce à des adversaires qui prennent de réels risques, tentent de nous induire en erreur ou de grappiller quelques centimètres pour nous empêcher de les dépasser. Les pilotes varient les trajectoires, pour s'extirper du peloton en prenant un virage de manière plus large ou pour justement entrer à l'intérieur et tenter de surprendre près de la chicane. Sans pour autant être révolutionnaire, cette IA marque une vraie avancée pour les simulations de Milestone et propose quelque chose d'assez inédit pour la série des MotoGP. C'est très certainement la plus belle réussite de ce cru 2019.

Un contenu plus généreux et des légendes de retour

Point noir l'année dernière, le soft-reboot de la licence passait par un contenu revenu à la baisse. Sans pour autant revenir à une époque où les MotoGP permettaient de jouer à deux en écran écran scindé et de faire des carrières en coopération, l'édition 2019 marque au moins le retour d'un mode très aimé : les légendes. Ici, sous la forme de "défis historiques", le jeu permet de revivre des dizaines de moments marquants de l'histoire du championnat du monde de vitesse moto, comme les nombreux records du prodige Valentino Rossi ou la dernière pôle position de Wayne Rainey. Des événements qui prennent place sur les nombreux circuits du jeu (tous les circuits sous licence officielle), permettent aux néophytes d'en apprendre plus sur l'histoire de la discipline et aux passionnés de vivre les moments qui ont créé la légende. 

Pour le reste, le contenu est assez classique avec des courses contre-la-montre, des championnats, grand prix et épreuves uniques, dans de nombreuses catégories de moto : MotoGP, Moto2, Moto3, mais aussi les légendes, les motos de la Redbull Rookies Cup et une nouveauté pour cette année, l'apparition des MotoE. Les bolides électriques dont le championnat du monde a été repoussé - la faute à un terrible incendie en mars dernier - font leur apparition pour la première fois, permettant de jouer avec l'un des dix-huit pilotes officiels - dont Maria Herrera, la seule femme en Moto3 et désormais MotoE - sur les quatre circuits qui sont encore au calendrier officiel alors que Le Mans et Jerez ont été supprimés à la suite du retard pris par le championnat. Ces MotoE offrent quelque chose de vraiment différent avec des bolides qui semblent plus légers et qui sont clairement plus faciles à manier sans les aides que les MotoGP habituelles. Intéressant à jouer, ce mode offre une belle alternative et quelques courses sympathiques, bien que les motos dégagent un bruit sourd assez désagréable. 
On note enfin au rayon des nouveautés un mode de personnalisation du pilote plus poussé, avec plus de choix, et la possibilité de créer et de partager nos casques. Cela fera plaisir aux amateurs de personnalisation et de casques multicolores.

La carrière, quant à elle, reste très classique, avec un premier choix sur le mode de jeu, normal ou pro, ce dernier mode étant réservé aux plus téméraires (avec aucune aide et des week-ends de course complets), puis, un choix sur la catégorie qui nous intéresse le plus. Que ce soit tout en bas de l'échelle avec la Redbull Rookies Cup ou tout en haut avec les MotoGP, en passant par les Moto3 et 2, on peut débuter là où on veut et l'objectif est d'atteindre ou de se maintenir dans la catégorie reine. Objectifs d'écurie, classement des pilotes et recherche et développement pour améliorer notre moto : tout est bon pour glaner des points auprès de notre écurie afin de devenir le premier pilote ou taper dans l'œil d'une équipe plus performante afin d'accéder plus rapidement aux étages supérieurs. La carrière propose évidemment de participer aux essais et aux week-ends de courses complets, ou simplement aux qualifications et aux courses pour les plus pressés, l'occasion de découvrir l'impact de la météo sur chaque course puisqu'il faut être bien clair, il n'y a rien de plus difficile que de maîtriser une moto en sortie de virage sur une piste qui tend à ressembler à une piscine. On regrette néanmoins l'absence de météo dynamique, d'autant plus que les effets météorologiques sont plutôt réussis et leur impact en course assez réaliste. On observe d'ailleurs une IA qui prend soudainement moins de risque et a tendance à se révéler plus prudente en évitant par exemple les chicanes extrêmement glissantes. Le point noir reste l'aspect très automatisé de cette carrière, avec un staff absent - malgré la possibilité de faire appel aux techniciens et aux ingénieurs pour régler facilement la moto selon les conditions de course et notre ressenti - et une interaction avec l'équipe qui se résume à dépenser des points en recherche et développement. On aimerait par exemple un mode carrière légèrement plus scénarisé qui mette en avant l'ascension de notre pilote créé de toute pièce.

Enfin, un mot sur la technique : testé sur PC, le jeu tourne sans mal la plupart du temps bien au-delà des 60 images par seconde en Ultra sur une machine équipée d'un Ryzen 5 1600, de 8Go de RAM et d'une GTX 1060 6Go, mais souffre parfois de quelques saccades que l'on n'est pas parvenu à faire disparaître malgré de nombreux réglages. Rien de fondamentalement problématique puisque ces saccades interviennent la plupart du temps à l'approche ou en sortie des paddocks et que, dans l'ensemble, nous n'avons pas eu de problème en course. Le jeu reste toutefois assez inégal graphiquement, avec une modélisation sommaire des pilotes et des environnements très basiques, mais des bolides parfaitement modélisés et des pistes qui étonnent toujours par leur fidélité avec la réalité. L'impression de vitesse est d'ailleurs toujours très bien gérée, sans abuser du flou de mouvement, et en insistant plutôt sur un effet de tremblement à l'écran lorsque la moto atteint sa vitesse maximale.
Le mode en ligne, quant à lui, bénéficie de serveurs dédiés, pour des courses classiques ou pour participer une nouvelle fois au mode "MotoGP eSport Championship", accessible à tous les pilotes en herbe qui en ont le temps et l'envie.

Conclusion

MotoGP 19 est une belle surprise. Les développeurs de Milestone ont appris de leurs erreurs de l'année dernière en proposant cette année un contenu plus étoffé, mais surtout en intégrant enfin cette nouvelle intelligence artificielle qu'ils ont développé pendant deux ans. Des courses plus disputées et une IA parfois étonnante, c'est le cocktail qui fait de cette édition l'une des toutes meilleures de la série, même si l'on aimerait voir revenir la coopération et une carrière un peu plus personnalisée. Il n'y a toutefois pas de quoi se plaindre : MotoGP 19 nous a déjà fait passer d'excellents moments et il devrait encore nous occuper pendant un bon bout de temps.

Test réalisé par Hachim0n sur PC (Steam) à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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Plateformes Nintendo Switch, PlayStation 4, Windows, Xbox One, Xbox One X
Genres Course, sport, contemporain

Sortie 6 juin 2019 (Monde) (Windows)
6 juin 2019 (Monde) (Xbox One)
6 juin 2019 (Monde) (PlayStation 4)
6 juin 2019 (Monde) (Xbox One X)
27 juin 2019 (Monde) (Nintendo Switch)

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