Test de Bloodstained : Ritual of the Night - Une lettre d'amour au Metroidvania

Un Kickstarter et la promesse d'une suite spirituelle à Castlevania Symphony of the Night, il n'en fallait pas plus à Koji Igarashi pour convaincre les fans de lui accorder toute leur confiance. 5,5 millions de dollars au compteur (bien au-delà des 500 000 dollars initialement demandés) et quelques années plus tard, Bloodstained : Ritual of the Night débarque enfin avec la firme intention de rappeler les joueurs et les joueuses à leurs bons souvenirs de jeunesse.

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Un Igavania pure souche

Une "cristalliseuse" (une personne capable de maîtriser des pouvoirs démoniaques) nommée Miriam débarque dans un château en proie à une invasion de démons dans l'Angleterre du 19ème siècle, avec l'objectif de l'en débarrasser. À l'origine du Mal, son ami Gebel, un cristalliseur animé par une haine terrible, que Miriam doit ramener à la raison. Les prémices d'une histoire classique, une tragédie en trois actes qui nous raconte une révolution industrielle anglaise teintée de forces obscures. Une bonne excuse surtout pour aller se balader dans un château plein de démons et de pièges, où les compétences acquises régulièrement nous permettent de découvrir de nouvelles zones initialement cachées. Disons le de suite : Bloodstained est assurément le Igavania attendu, il en a tous les éléments et rappelle furieusement les belles heures passées à l'époque sur Symphony of the Night.

Son univers gothique à la direction artistique tantôt sympathique, tantôt peu inspirée, nous emmène pour quelques heures de progression non-linéaire dans un château qui nous pousse à faire de nombreux aller-retour. Soit pour retourner voir la vendeuse ou quelques PNJ de quêtes dans le village, soit pour enfin trouver notre chemin après avoir obtenu une nouvelle compétence. Une progression certes parfois difficile à cause d'indices très cryptiques de la part des quelques PNJ qui veulent bien nous aider, mais finalement semblable à ce que les Castlevania ont proposé pendant longtemps, au plus fort de leur période de Metroidvania. C'est d'ailleurs la curiosité qui est toujours récompensée avec des murs destructibles qui offrent un bonus, des zones encore inexplorées ou encore des compétences offertes par des ennemis pour faciliter ou avancer notre quête. Des compétences qui prennent la forme de "fragments", qu'il s'agisse de fragments d'attaque, de défense, de passifs ou encore de familiers. Ils sont très nombreux puisque tous les ennemis du jeu en offrent un et permettent quelques combinaisons intéressantes pour booster les attaques magiques ou encore se concentrer sur le corps à corps. 

Bloodstained offre d'ailleurs une certaine diversité dans son approche des combats, allant de l'utilisation de fragments offensifs magiques, de familiers à l'intérêt plus ou moins large selon les situations, des fragments défensifs ou encore simplement le choix des armes. Haches, épée à une ou deux mains, dagues, bottes ou encore fouets : le choix est large et permet de jouer selon nos goûts, que l'on préfère privilégier la puissance ou la vitesse d'attaque. On regrette quand même que le jeu, en mode normal au moins (seule difficulté accessible pour une première partie), n'incite pas réellement à varier les styles de jeu. Si on obtient rapidement la possibilité de créer des raccourcis pour varier les équipements et fragments en changeant à la volée, les ennemis peuvent être anéantis facilement peu importe nos choix. La facilité est d'ailleurs rapidement problématique : à l'exception du deuxième boss et du true last boss du jeu, votre serviteur - qui n'est pas un génie du tout en matière de metroidvania - n'a jamais vraiment souffert. Que le jeu soit relativement facile n'est évidemment pas un problème et c'est même une bonne chose que le jeu propose une telle expérience, mais on aurait aimé que le mode "hard" soit accessible dès la première partie pour les habitué(e)s du metroidvania. Pour autant, il peut parfois se révéler assez punitif lorsqu'il nous balance plusieurs nouveaux ennemis sur le même tableau, où la prudence est de mise pour comprendre le plus rapidement les patterns qui animent les démons. Cependant, passé un début assez mou, notre personnage progresse rapidement jusqu'à atteindre un niveau de puissance jouissif où on mélange sans mal les attaques au corps à corps avec la magie et les familiers, qui se révèlent bien plus intéressants en fin de partie. Le bestiaire est quant à lui très fourni tout au long du jeu même si quelques démons se répètent avec un simple changement de couleur, tandis que les boss vont du bon au moins bon : parfois inspirés et offrant des combats passionnants, d'autres fois des boss génériques au possible et sans grandes idées. Pour autant qu'il s'agisse de démons quelconques ou des boss, Bloodstained offre suffisamment de diversité et d'affrontements mémorables pour offrir une quinzaine d'heures agréable sur un premier run.

Entretien avec un démon 

Néanmoins, au-delà des considérations sur le gameplay, sur son univers ou sa progression, permettez moi de raconter pourquoi Bloodstained inspire un sentiment si particulier. Le genre du Metroidvania a connu des hauts et des bas et on a collé ce terme sur bon nombres de jeux qui, bien que bourrés de qualité, ne s'inspiraient du genre qu'à moitié. Les vampires de Castlevania et son château démoniaque, la progression à base d'objets et de compétences à trouver (parfois par hasard) : tous les éléments qui faisaient le charme d'un Symphony of the Night se retrouvent aujourd'hui dans Bloodstained. Une vraie pépite pour les fans du genre, une déclaration d'amour par une suite spirituelle qui a pourtant bien des défauts. En effet, Bloodstained souffre de ses qualités : si proche de son aîné, il en garde l'austérité, il est hors d'époque et souffre d'une progression cryptique, mais n'est-ce pas là la promesse faite par Koji Igarashi quand il a lancé son Kickstarter, la promesse de nous renvoyer à une époque lointaine ?

En revanche, le jeu peine toutefois à convaincre avec sa direction artistique : parfois très moche, le mélange de 3D à une progression en 2D est particulièrement inégal et offre des tableaux souvent oubliables. Si l'héroïne est plutôt bien modélisée et animée, les autres PNJ manquent clairement de personnalité, à commencer par nos compagnons et les boss. La bande son, quant à elle, est relativement sympathique ; on se prend aisément au jeu des doublages anglais, avec des personnages secondaires doublés notamment par Robert Belgrade, qui faisait la voix de Alucard dans Symphony of the Night, ou David Hayter, que les fans de Metal Gear Solid connaissent bien. Notons toutefois que les voix japonaises sont également disponibles pour celles et ceux que ça intéresse. La musique originale, cependant, manque d'un petit quelque chose : malgré quelques coups d'éclats ici et là pendant des affrontements, il est bien difficile après une quinzaine d'heures sur le jeu d'être capable de se souvenir d'un air musical. Pourtant, elle accompagne avec goût les différentes salles du château, qui offre de nombreuses ambiances différentes, allant d'un gigantesque hall principal à un jardin, en passant par la bibliothèque ou quelques salles secrètes. Le level design, sans folie mais toujours solide, reste d'ailleurs assez proche de ce que les Castlevania de Igarashi offraient déjà à l'époque. 

Une finition frustrante

Le jeu souffre d'autant plus que les versions consoles peinent à convaincre. Testé sur Xbox One et Switch, le jeu souffre sur la première de nombreux ralentissements et micro-freezes qui entachent l'action lorsque les ennemis sont nombreux. Certaines zones (qui sont plus larges que les autres) passent largement en-dessous de la barre des soixante images par secondes et se révèlent particulièrement désagréables à parcourir. On note également un problème avec la version française sur Xbox One où de nombreux dialogues apparaissent en anglais et non pas en français, tandis que la version Switch, elle, n'a aucun problème de ce genre. Malheureusement, elle est de son côté limitée à trente images par seconde, ce qui a une réelle influence sur le rythme de jeu et de progression, avec certains boss bien plus désagréables à affronter, d'autant plus qu'elle souffre également de très lourds ralentissement malgré une résolution limitée à 720p et des effets graphiques moins nombreux.

Le studio ArtPlay a communiqué sur le sujet en disant concentrer leurs ressources sur des patchs à venir pour la version Switch, mais en l'état actuel, on aurait bien du mal à vous la conseiller. Que ce soit en version dock ou portable, les problèmes liés au framerate et aux textures parfois très désagréables à regarder sont bien trop nombreux ; le jeu s'avère vraiment moyen sur Switch. Certaines zones de la carte sont des plaies à traverser avec un framerate qui descend très bas, tandis que les nombreux effets et magies utilisées par certains boss mettent la console à genoux. Et c'est une situation particulièrement désolante, car le genre se prête extrêmement bien à la console portable de Nintendo et nous nous faisions une joie d'y jouer dessus. 

Conclusion

Il est extrêmement difficile de juger Bloodstained : Ritual of the Night. Daté dans ses mécaniques, techniquement déplorable et avec une direction artistique qui peine à se hisser au niveau des jeux dont il prétend s'inspirer, il n'en reste pas moins une véritable lettre d'amour au genre de l'Igavania. Pris d'une affection énorme pour ce jeu qui sent et qui respire une autre époque, qui transmet avec sincérité ses liens avec Symphony of the Night, on ne peut que se laisser séduire pour ce successeur spirituel qui ne propose finalement rien de plus que de retrouver des sensations longtemps disparues. L'irrationnel l'emporte et, un peu à la manière d'un château soudainement apparu avec des démons venus d'ailleurs, Bloodstained nous donne envie de le visiter encore et encore malgré tous les obstacles qu'il met sur notre chemin avec des défauts qui décourageront beaucoup de personnes.

Test réalisé par Hachim0n sur Switch et Xbox One à partir de versions presse fournies par l'éditeur.

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5,3 / 10 - Moyen

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.