Test de Jenny LeClue, Detectivú - Meurtre, mystères et scrapbooking

Après une campagne Kickstarter réussie et trois années de retard sur la date de sortie initiale, Jenny LeClue vient enfin enquêter sur PC, Apple Arcade puis prochainement sur PlayStation 4 et Switch. Quels secrets se cachent derrière ce titre singulier ? Chaussons la casquette de tweed et penchons-nous sur cette épineuse affaire.

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Dans la chaleur de la nuit

Arthur K. Finklestein est l’auteur d’une longue série de romans. Durant trente-sept tomes, il a raconté les aventures de Jenny LeClue, petite graine de détective, habitante de l’heureuse ville d’Arthurton, un endroit où toujours règnent la paix et le bonheur. Cependant, le succès s’avère être de moins en moins au rendez-vous et les critiques au sujet du dernier livre ont même été plutôt assassines. Il faut se rendre à l’évidence : le public n’est plus intéressé par les aventures sans enjeux de la petite fille. Il reste cependant une dernière chance à l’écrivain de sauver son petit univers. Et pour cette prochaine aventure, l’éditeur est formel : il faut qu’il y ait cette fois un véritable meurtre à Arthurton !

Le joueur dirige donc Jenny LeClue. Tout commence par une journée banale pour Arthurton. Les préparatifs pour le départ en retraite du doyen de l’université battent leur plein, mais la petite fille ne s’attarde guère : elle a rendez-vous avec un vrai client pour une véritable affaire, un boulot rémunéré et tout ! Sur le chemin, elle croise quand même plusieurs de ses amis et connaissances. Une belle journée, vraiment… Si seulement elle savait que tout allait bientôt basculer.

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L’aventure compte de nombreux personnages hauts en couleurs et souvent attachants. En tant qu’auteur de ces aventures, c’est Finklestein lui-même qui se charge de la narration, mais ses affirmations enjouées ne sont pas toujours du goût de son personnage qui n’hésite pas à lâcher un regard dubitatif ou une réplique acerbe à l’occasion. Quand elle ne décide pas carrément de faire l’inverse de ce que l’écrivain voudrait. L’alchimie entre ces deux-là fonctionne très bien et contribue aux diverses touches d’humour qui ressortent le long de l’histoire. Néanmoins, cette dernière aborde aussi des thèmes un peu plus sérieux : le deuil, l’amitié, le sentiment de solitude, la place dans la société… Les enfants d’Arthurton se tiennent souvent sur le seuil du fameux passage à l’âge adulte tandis que l’écrivain céde amèrement à la pression de son éditeur.

Élémentaire, mon cher Watson !

De loin, le jeu a des allures de point’n click, mais il n’en est rien. Délaissez donc votre souris, elle ne vous servira pas ici. Vous pourriez vous rabattre sur votre clavier, mais ça s’avérerait vite être une bien mauvaise idée : non seulement les commandes sont fixes et pensées pour du qwerty, mais elles sont dispersées un peu partout en dépit de tout bon sens. Ce n'est finalement qu’avec une manette de jeu que vous trouverez une ergonomie digne de ce nom (testé avec une manette Xbox One).

Le joueur contrôle donc Jenny et son destin. L’aventure se joue de côté et la fillette peut parler avec les autres personnages ou interagir avec certains éléments de l’environnement. Certains évènements nécessitent de choisir entre deux possibilités et la décision du joueur peut influencer le déroulement de l’aventure. En théorie, tout du moins : à part un simili test de personnalité, les conséquences ne sont pas flagrantes. Quelques phases de plate-forme ou d’escalade sont aussi de la partie, mais de manière plutôt contextuelle.

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Jenny est surtout une détective privée et elle met souvent à contribution son intuition et ses talents de déduction. Il peut s’agir d’inspecter une personne ou un environnement pour déceler les indices qui l’aident à y voir plus clair. Ces séquences sont joliment animées avec des flèches, schémas et commentaires qui s’affichent en surimpression comme on a pu le voir dans des séries comme Sherlock. Ces phases sont cependant assez faciles : le flagrant changement de couleur du curseur indique qu’on se trouve sur un point d’intérêt. D’autres ne demandent pas plus qu’un simple martellement de bouton. Un autre type d’épreuve consiste à relier de manière logique différents indices pour arriver à la bonne conclusion, séquences à nouveau agrémentée d’amusants croquis. Le jeu propose également des puzzles plus traditionnels, des codes à découvrir et des portes à crocheter.

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La petite détective possède également un journal. Comme un vrai petit Nathan Drake, elle le complète au fur et à mesure de l’aventure avec les indices découverts agrémentés de ses fines observations. Elle peut aussi le décorer à sa guise à l’aide des divers autocollants qu’elle a trouvés ici et là.

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En effet, il y a des autocollants cachés dans tous les coins d’Arthurton, même dans les plus improbables. S’ils ne sont pas collés directement sur le bâti d’un puzzle ou sur un document, une grosse icône en forme de loupe signale leur présence dans le secteur. De plus, il est possible de cette manière d’également mettre la main sur des bouts de cartes postales déchirées ; une fois tous les fragments retrouvés, il faut la recomposer pour en découvrir sa nature. Néanmoins, encore une fois, la manœuvre est un peu trop simplifiée : les pièces tombent en place dans le cadre dès le moment où elles sont tournées dans le bon sens.

Il y a donc beaucoup de choses à faire. Toutefois, comme le laisse certainement transparaître cette description, l’ensemble s’avère plutôt simple. À force de vouloir faciliter la maniabilité, certaines phases ne laissent finalement pas d’autres choix que celui de la solution : impossible de se tromper, il suffit de cliquer où le curseur est actif pour terminer l’épreuve. Ceci réduit quelque peu la satisfaction d’avoir résolu l’énigme.

Les deux mots maudits

Il faut à peu près deux heures pour enfin arriver au fameux drame, temps consacré à présenter les différents personnages et surtout les différentes mécaniques de gameplay. En tout, l’aventure tient le joueur en haleine une dizaine d’heures aux situations variées, parsemées de nombreuses révélations et autres retournements de situation. Durant tout ce temps, le joueur est attaché à ses personnages, les voit se débattre contre la peur d’échouer ou contre la pression sur leurs frêles épaules. Le joueur est donc poussé par l’envie d’en savoir plus. C’est alors que, au plus haut pic d’un dénouement, tout s’effondre : deux petits mots s’affichent à l’écran, vite suivis par le générique. « À suivre ». Or, dans l’histoire du jeu-vidéo, combien de titres se sont arrêtés sur ces termes sans que la promesse ne soit respectée ? Beaucoup trop. L’enthousiasme galopant se retrouve soufflé brutalement par le vent de la déception.

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Techniquement, le jeu est très joli, même si l’animation de course de Jenny a un rendu un peu bizarre. Les graphismes ont une patte particulière, l’ensemble rappelle parfois Oxenfree. Les musiques sont toutefois discrètes et peu mémorables. Par contre, une nuée de bugs traîne encore dans l’ombre : des textes non traduits, des pauses agaçantes au milieu de dialogues, des autocollants inaccessibles, des répliques qui se mélangent entre les personnages… Plus grave, il arrive que la caméra se bloque ou qu’un puzzle démarre mal, ce qui oblige à quitter la partie ; ensuite, tout dépend de quand la dernière sauvegarde automatique a eu lieu. Les auteurs sont toutefois conscients de cela et des correctifs arrivent. Au rang des nouveautés annoncées, on trouve les succès, les voix promises lors de la campagne Kickstarter et peut-être même un mode New Game +.

Faut-il conseiller Jenny LeClue – Detectivú ? La question est délicate. Les anomalies se corrigent, mais la fin restera ouverte sur ce terrible cliffhanger. On pourrait conseiller d’attendre que l’aventure soit complète avant de se lancer : cela éviterait la frustration de fin de chapitre pour ne garder que le plaisir du début à la fin, surtout si la suite est du même acabit. Cependant, si on veut cette suite (et oui, nous la voulons !), le mieux est encore de soutenir les développeurs en achetant cette première partie. Donc, si vous voulez vivre une belle histoire, si la faible difficulté ne vous dérange pas et que vous savez être patient, la jeune LeClue n’attend que vous pour la seconder dans sa trépidante enquête.

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Test réalisé par NeoGrifteR sur PC à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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5,6 / 10 - Assez bien

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.