Test NieR Replicant ver. 1.22474487139 : Le Ctrl+C²

Onze années se sont écoulées depuis la sortie initiale de NieR Gestalt / Replicant et si le jeu avait rencontré un succès d’estime auprès d’une niche de joueurs, il n’avait pas convaincu le grand public, faute à un gameplay peu inspiré et à un scénario cryptique découpé sur plusieurs parties. Mais depuis, Nier Automata est passé par là et son immédiate propulsion au rang de jeu culte a redonné un coup de projecteur sur son grand frère et surtout sur son singulier créateur Yoko Taro. C’est donc logiquement que Square Enix en profite pour surfer sur la tendance et ressortir ce jeu boudé à l’époque, mais non sans quelques améliorations que l’on doit au studio Toylogic pour combler les défauts de la version originelle.

Qu’en est-il dans les faits ? Je vous dis tout dans ce test, encore une fois beaucoup trop long, de NieR Replicant ver 1.22474487139 (sérieux…).

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« Un beau livre c'est celui qui sème à foison les points d'interrogation »

Déjà, une petite précision importante concernant le jeu d'origine. En 2010, ce sont deux versions différentes de Nier qui ont vu le jour : la version Replicant exclusive à la PlayStation 3 et la version Gestalt à destination de la Xbox 360 et unique version vendue en Occident. Si le jeu restait globalement identique, les deux proposaient des protagonistes différents. Dans Replicant, les joueurs incarnaient le frère de Yonah alors que dans la version Gestalt, c’était son père qui était mis entre nos mains. Pourquoi ce choix ? Eh bien, parce qu’il semblerait qu’aux yeux de Square Enix, une relation père-fille avait plus de chances d’intéresser les occidentaux, tout comme l’incarnation d’un personnage fort et musculeux, alors que la version Replicant était plus jeune et plus androgyne. Si cette décision avait pu leur paraître sensée à l’époque, on peut penser que ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisque seule la version Replicant a été remasterisée et seule celle-ci est vendue dans le monde entier.

L’histoire commence en été 2053, dans une Tokyo ravagée et sous la neige. C’est au cœur de ces ruines où règne un silence funeste que l’on rencontre le protagoniste, frère aimant et protecteur de la petite Yonah, fillette frêle et malade qui ne pourrait survivre sans lui. Prêt à se sacrifier pour sa petite sœur, l’adolescent est rapidement confronté à une horde de créatures étranges de formes humanoïdes. Malgré tout son courage, il est incapable d'en venir à bout et c’est dans un élan de désespoir qu’il touche un étrange livre, un livre qu’il craint suffisamment pour empêcher Yonah de le toucher, tellement craint qu’il repose sur lui en dernier recours dans le but d’obtenir la force de protéger sa sœur. Affublé d’un nouveau pouvoir qui semble sans limite, il parvient facilement à terrasser ces créatures, mais si toucher le livre fut une chance pour lui, Yonah en paie le prix fort. Voulant aider son frère, elle tenta elle aussi de profiter des pouvoirs de l'étrange ouvrage, mais au lieu d’en ressortir plus forte, elle se retrouve envahie par une étrange maladie lui faisant perdre connaissance.

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Le héros fait tout pour sa petite sœur.

Quel est ce livre aux pouvoirs si immenses ? Quelle est cette maladie qui semble ronger Yonah ? Que s’est-il passé pour que le monde soit en ruine ?

1412 ans plus tard, en 3465, nous retrouvons le jeune adolescent vivant seul avec sa sœur Yonah dans une petite maison en pierre d’un village médiéval. Aidant les villageois en combattant les ombres rodant à l’extérieur, il est à la recherche d’un remède pouvant soigner la petite fille de son étrange maladie connue sous le nom de nécrose runique. Pour cela, il doit compter sur les jumelles Popola et Devola ainsi que sur de nouveaux compagnons qu’il rencontre tout au long de son périple pour sauver sa seule famille.

ABC, one, two, three…

Pour ceux qui connaissent déjà le jeu, vous constaterez que rien n’a changé en dehors du choix du héros, mais pour les autres, pour ceux qui n’ont jamais été confrontés aux excentricités du créateur Yoko Taro, vous pouvez déjà remarquer que l’auteur prend un malin plaisir à bousculer les joueurs, à les surprendre tout en distillant une dose de mystère par-ci par-là pour titiller la curiosité. Cette construction atypique du scénario avait d’ailleurs coûté certains retours négatifs au jeu lors de sa première sortie en 2010, mais aussi à Nier: Automata quelques années plus tard. Comme ce fut déjà le cas pour Drakenguard, précédente série de jeux du créateur japonais elle-même finement reliée à NieR, les réponses aux questions sont apportées via les multiples fins que comporte le jeu et malheureusement, certains avaient omis d’aller plus loin que la première, celle qui n’a pour but que de présenter la situation et de poser une multitude de questions, car c’est bien dans les suivantes que réside tout l’intérêt de ces jeux. L’histoire de NieR est un long repas qui s’apprécie en dégustant tous les plats jusqu’au dessert. Si vous vous arrêtez avant, vous passez à côté de tout ce qui fait son charme tant son scénario riche et émouvant est son point fort.

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Nous retrouvons notre duo fraternel 1412 ans plus tard.

C’est justement sur le scénario qu’interviennent les premiers changements apportés dans cette version 1,5 - provenance du 1.22474487139 présent dans le titre -, puisqu’une nouvelle fin a été ajoutée à la liste déjà existante. Sans vous gâcher le plaisir de la découverte, sachez juste que ces quelques heures supplémentaires apportent un réel plus à ceux qui veulent en savoir davantage sur le lore déjà conséquent. En sus de cette nouvelle fin, c’est aussi un nouveau mini scénario qui s’intègre à l’histoire principale. Nommée Sirène, cette quête somme toute assez courte vous fait visiter une nouvelle zone et combattre un boss inédit, qui pourrait vous donner du fil à retordre surtout en difficulté maximale. Enfin, une série de challenges a été ajoutée avec un nouveau set d’armes et des costumes à gagner à la clé. Déjà existant sur la version originale sous forme de DLC nommé 15 Nightmares, ce contenu supplémentaire a été directement intégré au jeu pour que tout le monde puisse en profiter. En toute honnêteté, les challenges sont beaucoup trop faciles, votre personnage étant généralement bien trop puissant lorsque ce contenu devient disponible, mais c’est toujours bon à prendre tout en étant suffisamment court pour s’en acquitter rapidement afin de profiter des récompenses. Dernier ajout sous forme de DLC gratuit, vous pouvez récupérer les costumes et armes signatures de 2B et 9S pour les équiper sur les différents personnages ainsi que remplacer les musiques par celles de Nier Automata.

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Vous vous attacherez rapidement à vos compagnons.

Par contre, et parce qu’il faut bien finir sur une note moins positive, rien n’a été modifié sur les quêtes fedex. Vous allez faire un nombre incalculable d’allers et de retours frustrants pour ne pas dire énervants et c’est bien là que l’on ressent tout le côté « old school » qu’avait déjà le jeu en 2010, qui est encore plus marqué en 2021 de par la petitesse de son monde. Faire des allers-retours est déjà un calvaire en soi, mais quand en plus ils se font dans six ou sept décors différents, dont vraiment trois de surexploités, ça devient vite un cauchemar. Ça sent le vieux par tous les pores du game design et c’est une nouvelle fois le plus gros point noir du jeu, du moins si on met de côté la version Steam, mais j’y reviendrai plus tard.

Un savoureux plat de boulettes aux petits oignons

Si au niveau du scénario les changements sont peu nombreux, mais pertinents et apportant une vraie plus-value pour les joueurs curieux, c’est surtout au niveau du gameplay et plus particulièrement du système de combat que NieR Replicant 1.22 était attendu. Non pas que celui du jeu originel était mauvais, mais il était mou, restreint et vite rébarbatif. On pouvait pester sur les limitations de l’utilisation du livre, la pauvreté des combos, ainsi que le manque cruel de dynamisme dans les animations. Pour remédier au problème, Square Enix a de nouveau fait appel à PlatinumGames afin de superviser auprès de Toylogic la refonte du système du combat et le rapprocher de celui de Nier Automata, bien plus réussi. Résultat des courses ? Une collaboration à nouveau fructueuse.

Dans cette version gonflée aux hormones, il est enfin possible d’utiliser le livre comme bon nous semble tout en faisant un combo à l’arme. Les déplacements et animations sont d’une grande fluidité, tout est plus dynamique, plus punchy, plus impressionnant et le duo héros-Weiss est enfin en totale symbiose. Même si le système de combos est moins touffu que celui d’Automata, Replicant 1.22 - vous m’excuserez le raccourci sur le titre - se rattrape sur l’utilisation du livre, bien plus utile que le pod de son prédécesseur.

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Certains combats de boss sont impressionnants.

Pour expliquer rapidement ce système aux nouveaux joueurs, le héros est un combattant au corps à corps utilisant des épées à une main, d’autres à deux mains et des lances. Grâce à ces armes, il peut accomplir des combos entre coups rapides et coups puissants aussi bien au sol que dans les airs. Afin de se protéger, il a accès à une esquive, moins invincible que dans Automata, mais tout de même très puissante, ainsi qu’à une garde qui, si utilisée au bon moment, permet de placer un contre imparable. Ça, c’est pour le héros et ce dernier est accompagné de Weiss, un livre ayant lui aussi son lot de compétences parmi lesquelles on trouve plusieurs types de projectiles magiques, une barrière de défense, un poing surpuissant ou encore un double du héros sous forme de spectre. Pour utiliser les compétences du livre, il faut les assigner aux boutons de tranche de votre manette et c’est là que ça devient intéressant. En effet, ces boutons sont aussi utilisés par l’esquive et la garde, ce qui signifie que si vous souhaitez placer disons trois sorts du livre, vous devez faire l’impasse sur la garde ou l’esquive. Dans les faits, il y a de fortes chances pour que vous conserviez les deux ou au pire que vous délaissiez uniquement la garde tant l’esquive est importante.

À jouer, c’est un pur bonheur, même si l'on peut regretter l’absence d’un système de combos à l’arme plus poussé. Dans tous les cas, on est bien loin de la mollesse des combats de la version originale et si à l’époque trancher des ennemis en masse pouvait s’apparenter à une corvée, cela a bien changé grâce à toutes les modifications apportées et à la supervision de PlatinumGames, toujours une référence quand il s’agit de proposer des combats fluides, denses sans pour autant être trop complexes à prendre en main pour le commun des mortels.

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Pour les connaisseurs des jeux de Yoko Taro, n’ayez crainte, les boulettes sont bien de retour pour vous jouer un mauvais tour ! Autre point qui n’a pas changé : les mots. Pour ceux qui ne connaissent pas, à chaque fois que vous combattez des ennemis, vous avez une chance de gagner un mot qui, lié à vos armes, magies ou techniques défensives, permet de gagner divers bonus sur l’attaque, la défense, mais aussi le taux de chance de récupérer du butin sur les ennemis ou encore sur le gain d’expérience. Un moyen d’avoir un minimum de contrôle sur l’évolution de votre personnage, dont les caractéristiques sont fixées uniquement par son niveau et son arme.

Sans la maîtrise, un lifting n’est rien.

Que serait un remaster sans un petit coup de jeune visuel ? D’autant plus quand on vient de loin ; NieR n’étant pas reconnu pour son rendu technique. Aux commandes du projet, le studio Toylogic avait pour mission de donner un aspect plus actuel au jeu, plus dans l’air du temps et sur ce point, il faut admettre que Replicant 1.22 souffle le chaud et le froid. Globalement, la mise à jour graphique se contente d’une montée en résolution passant du 720p à 30 fps à une résolution montant jusqu’au 4K et le 60 fps pour tout le monde, de quelques effets de lumière supplémentaires et surtout d’une nouvelle modélisation des personnages ainsi que de leurs animations.

Ayant testé la version Steam, je me dois de vous dire que celle-ci n'est malheureusement pas exempte de défauts. Tout d’abord, si le rendu est effectivement plus propre que la version originale, il est difficile de ne pas voir ses origines datées ressortir dans les décors, qui manquent de détails, de relief, sans pour autant renier la qualité de la direction artistique offrant des panoramas parfois grandioses. De même, on peut constater certains caches misère comme un voile trouble appliqué pour réduire l’aliasing, ce qui donne un aspect baveux à l’image et ne manquera pas de déplaire à un certain nombre d’entre vous. Par chance, la version PC peut se vanter de pouvoir remédier à cela via quelques manipulations, mais il n’en reste pas moins vrai que le résultat est légèrement décevant et ça l’est encore plus quand on prend en compte les problèmes inhérents à cette version PC.

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Si la direction artistique est réussie, la mise à jour graphique manque d'ambition.

Pour une étrange raison, la vitesse des animations est calquée sur le nombre d’images par seconde affichées à l’écran. Conséquence ? Plus ce nombre est élevé, plus les animations sont rapides et inversement si le nombre d’images par seconde est faible. Cela force à jouer en 60 fps pour conserver la vitesse d’animation normale, ce qui ne serait pas un souci s’il était possible de bloquer le nombre d’images par seconde en jeu ou si la VSYNC était disponible dans les options. Que nenni, vous devez vous débrouiller seuls via vos drivers de carte graphique ou un logiciel tiers comme RivaTuner. Pire encore, il arrive que des chutes inexplicables de performance plombent votre partie et c’est une fois encore la communauté de joueurs PC qui a réglé ce désagrément via un autre logiciel tiers appelé Special K.

Mais au-delà de ces soucis inexcusables, surtout après la catastrophe que fut la sortie de Nier Automata sur PC et qui aurait dû pousser à plus de vigilance, le jeu tourne très bien et ne devrait pas mettre à mal vos PC, même un poil anciens ; le jeu se contentant d’un tout petit processeur (AMD Ryzen 1300X ou Intel i3 6400) et d’une Nvidia 1660 ou AMD Vega 56 pour tourner en 1080p à 60 fps et vu comment le jeu a été conçu, ce n’est pas comme si vous alliez vraiment pouvoir profiter d’une configuration beaucoup plus puissante en dehors du saut de résolution. Avec la configuration utilisée pour ce test (AMD Ryzen 3700X / 32Go de RAM / Nvidia RTX 3080), le jeu tourne sans problème en 4K, passant facilement les 80 voire 90 fps, même si cela est inutile vu que c’est à bloquer à 60.

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L’aspect visuel n’est pas la seule partie qui a eu droit à son petit lifting. Profitant des améliorations apportées par les différents réarrangements orchestraux de ses thèmes musicaux enregistrés ces dernières années, le compositeur Kenji Okabe a pu mettre à jour l’ensemble des musiques du jeu afin d’en offrir les plus belles versions, dont certaines ont même été étendues pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Plus lumineuses que les thèmes mélancoliques de Nier Automata, qui lui avait valu de multiples récompenses, les compositions de Replicant n'ont pourtant pas à rougir quand il s'agit de toucher le joueur avec des morceaux plus sombres et déchirants. Tout le long de l'aventure, les mélodies accompagnent magistralement le joueur et l'utilisation de chants écrits dans une langue inventée empruntant aux sonorités du japonais, de l'anglais et même du français participent grandement au sentiment d'évasion.

Réplique au carré de l’hypoténuse

Comment conclure le test d’un tel jeu ? Version plus aboutie et maitrisée, c’est sans nul doute celle qui aurait dû voir le jour en 2010. Grâce à son système de combat bien plus fun à prendre en main et bien plus agréable à regarder, c’est aussi la version la plus réussie sur le plan scénaristique, puisqu’elle va au-delà dans les réponses apportées sans se corrompre dans l’inutile pour un peu de contenu supplémentaire.

Alors, est-ce que je vous conseille NieR Replicant ver. 1.22474487139 ? Oui, sans aucune hésitation si tant est que vous passiez outre son héritage old school qui peut donner de l’urticaire. Jouer à NieR, c’est être happé dans l’univers d’un créateur atypique, c’est vivre une expérience qui marque une vie de joueur comme peu de jeux savent le faire. Cela n’excuse en rien les défauts de conception et encore moins les problèmes concernant la version PC, mais lui laisser sa chance, c’est aussi s’ouvrir à une histoire complexe, captivante et riche en émotions auprès de personnages attachants et singuliers.

Le jeu est vendu 59,99€ sur Steam, PlayStation 4 et Xbox One.

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Test réalisé par Lianai à partir d’une version Steam fournie par l’éditeur.

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Plateformes PlayStation 4, Windows, Xbox One
Genres Action-RPG, futuriste / science-fiction

Sortie 23 avril 2021 (Europe) (Windows)
23 avril 2021 (Europe) (PlayStation 4)
23 avril 2021 (Europe) (Xbox One)

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