Test de FIFA 22 - Un titre aux deux visages

Chaque année, c'est la même rengaine. Depuis plus de dix ans, EA Sports et sa licence FIFA dominent le football virtuel, pour le meilleur et pour le pire, avec ses qualités indéniables et ses défauts que les jeux successifs se traînent comme un boulet à la patte. Alors que la concurrence de Konami a semble-t-il jeté l'éponge en transformant son PES en free to play qui n'a été source que de moqueries depuis sa sortie, on se demande si EA cherche encore à améliorer et à faire grandir son FIFA, en étant désormais quasi-seul sur un secteur où son jeu se vendra quoiqu'il arrive par millions. FIFA 22 peut-il être l'épisode salvateur, celui du renouveau ?

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Rythme en deux temps

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L'un des griefs souvent faits aux FIFA ces dernières années, c'est son rythme de jeu qui n'a cessé de monter en intensité afin de favoriser l'attaque, les ailiers notamment, avec des joueurs rapides qui sont le plus souvent inarrêtables. Un moyen finalement de se calquer sur le football actuel, où bon nombre de grands joueurs parviennent à éliminer leurs adversaires par leur vitesse (d'enchaînement ou de sprint), bien que cela soit un raccourci un peu facile. En réalité, les grands joueurs sortent du lot pour leur intelligence de jeu, les attaquants se distinguent par leur capacité à faire les bons appels, à se positionner et à prendre l'ascendant sur les défenseurs, chose que les FIFA retranscrivent finalement assez mal en réduisant leur talent à la vitesse de pointe. C'est ainsi que les critiques ont été nombreuses, avec le doux rêve de voir une vitesse moins tueuse, moins décisive, et FIFA 22 tend à aller en ce sens. Si les ailiers restent toujours beaucoup trop importants avec une trop grande facilité à leur ouvrir des boulevards en quelques passes, le jeu donne la possibilité aux défenseurs, même moins rapides, de s'illustrer plus facilement grâce à leur placement ou leur force physique, permettant de s'en sortir à peu près correctement face à des attaquants ultra-rapides. Le ralentissement du rythme se fait ainsi naturellement, puisque chacun est poussé à rechercher le décalage, à déséquilibrer la défense, plutôt qu'à balancer tout droit devant en espérant prendre l'ascendant en vitesse de pointe. FIFA 22 apparaît mieux équilibré, avec la possibilité parfois d'utiliser de vitesse (quand et seulement si il y a une ouverture), mais aussi d'être efficace en construisant plus lentement. Ce ralentissement du rythme passe en outre par un pressing souvent moins efficace s'il est fait tête baissée, puisque désormais appeler un deuxième joueur au pressing n'est pas illimité : une deuxième jauge de fatigue, qui baisse très vite, apparaît au-dessus du joueur appelé qui ne peut ainsi pas presser éternellement. Une bonne idée qui incite là aussi à prendre le temps et qui évite la toute-puissance du pressing décérébré, même s'il serait incorrect de dire que cela balaie tous les problèmes classiques des FIFA.

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En effet, cette diminution du rythme ne s'applique notamment pas à Ultimate Team. Le célèbre "FUT" reste calqué sur un rythme de jeu très rapide qui fait la part belle à l'attaque avec la firme volonté de ne pas décevoir les personnes qui auraient dépensé beaucoup de crédits (ou beaucoup d'argent réel) et de temps pour se procurer les cartes des stars du moment. Cependant, c'est aussi le cas dans les modes de jeux hors-FUT, puisque le jeu offre toujours quelques failles qui sont exploitées à fond par les joueurs en ligne, comme les frappes de loin qui peuvent s'avérer terriblement efficaces ou les débordements avec centre en retrait (que l'on appelait autrefois "but PES") qui restent encore aujourd'hui bien trop forts. Heureusement, les gardiens ont gagné en qualité, puisque pour palier à l'efficacité quasi-inhumaine des attaquants, le jeu offre des gardiens bien plus forts et efficaces dans la surface, avec une multiplication des arrêts réflexes et une capacité à aller chercher des ballons très puissants. Ils sont aussi enfin capables d'aller chercher des ballons à terre, près d'eux, à bout portant, contrairement aux précédents jeux où une frappe anodine au sol trompait tous les gardiens.

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Alors FIFA 22 a deux visages, celui d'un jeu plus posé dans les modes classique, qui peut s'avérer extrêmement agréable à jouer, et un rythme plus intense en mode FUT qui sera sans nul doute le mode le plus joué. Certes, cela a le mérite de multiplier les possibilités pour des publics différents, mais le mode FUT gagnerait certainement en crédibilité auprès du public encore réfractaire s'il ne tournait pas fatalement à la foire au grand n'importe quoi. Plus que jamais et avec la mise en retrait de son concurrent historique, EA a une belle opportunité de capter un nouveau public et ce n'est sûrement pas un hasard si les modes classiques (dont le mode carrière, qui gagne en intérêt au fil du temps en multipliant les options) cherchent à mettre l'accent sur le jeu, notamment sur la bataille au milieu de terrain : c'est là-dessus que PES se distinguait dans le cœur de son publi, et c'est sur ce terrain-là que EA doit encore progresser pour que FIFA soit en mesure d'éviter un jeu trop stéréotypé et porté sur les ailes ou la vitesse des buteurs. Notons d'ailleurs que cette année, le jeu en ligne classique dit "Saisons" (ou même la "Saisons coop") est plus agréable que jamais, puisque le nouveau rythme associé aux nouvelles qualités des gardiens pousse très clairement à multiplier les approches en évitant à tout prix de s'entêter dans ce qui ne marche pas. Cela n'empêche toutefois pas les occasions d'être nombreuses et cela se voit d'autant plus maintenant que FIFA 22 intègre dans ses stats de fin de match les fameux expected goals, qui ne s'adaptent pas très bien à un tel jeu, puisqu'on finit souvent les matchs avec des chiffres farfelus (7,2 exG à 3,8 exG, pour un score final de 6-1, par exemple...) 

Un emballage daté

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L'interface est globalement revue pour offrir un coup de jeunesse à la licence, mais on observe encore des lenteurs dans les menus, notamment sur FUT, ce qui rend le passage d'un menu à l'autre (transferts, objectifs, équipe, boutique, ...) parfois désagréable. Ces ralentissements sont d'autant plus incompréhensibles que le jeu tourne au poil en match, en 60 images par seconde sur toutes les consoles. Au-delà de ça, le jeu commence à être un peu daté visuellement puisque le moteur n'évolue que très peu, le passage à la nouvelle génération n'ayant pas amené grand chose à part des cheveux un peu plus fins sur les joueurs dont le visage est modélisé, ainsi qu'une pelouse un poil mieux rendue visuellement. Notons d'ailleurs que le titre se dote enfin de couleurs plus chatoyantes, avec une pelouse qui ressemble à un vrai terrain de football grâce à des couleurs moins ternes que son prédécesseur. Il en est de même pour les stades qui se veulent plus vivants et des nouvelles cinématiques d'avant et après-match, qui avaient été en partie introduites sur les versions PlayStation 5 et Xbox Series X/S de FIFA 21. On reste dans le football spectacle avec ce que cela comporte de célébrations, mais il faut bien avouer que c'est un point que EA maîtrise sur le bout des doigts. Certes, EA a mis en avant sa technologie "HyperMotion" qui améliore les mouvements et déplacements des joueurs, mais si on observe des déplacements plus naturels, l'ensemble manque d'impact pour véritablement changer la face du jeu.

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On peut légitimement regretter toutefois que la licence s'encroûte dans ce qu'elle sait faire : FIFA 22 ne prend pas plus de risque que ses prédécesseurs et continue d'appuyer sur ce que la licence maîtrise. C'est-à-dire le spectacle, la mise en scène des stars et la multiplication des licences de joueurs et de clubs pour mieux coller à la réalité ou du moins au football tel qu'il est retranscrit à la télé. Le passage à la nouvelle génération n'a pas amené de nouveau contenu classique, même FUT évolue assez peu malgré un mode FUT Champions légèrement revu pour offrir des récompenses plus équitables. Il aurait été intéressant par exemple de voir plus de travail pour offrir de nouvelles récompenses et objectifs sur le mode saisons classique ou le mode coop ou encore un peu plus de nouveautés dans les modes solo contre l'IA. Volta, de son côté, reste toujours anecdotique et bien peu passionnant, tandis que le mode club perd année après année de sa superbe d'antan faute de nouveauté. FIFA 22 a un peu ce goût d'un jeu qui abandonne une partie de son contenu pour privilégier FUT, avec ce que cela implique de microtransactions, puisque cette partie du jeu reste toujours très injuste dans les tirages de packs avec une incitation toujours plus forte à mettre quelques uns de nos précieux sous dans les points FIFA.

Conclusion

FIFA 22 est coincé entre deux idées : celle de rechercher un football plus plaisant, peut-être plus proche du réel, moins spectaculaire et plus tactique. Et d'un autre, l'impératif du football spectacle, incarné par FUT avec une vraie scission de gameplay par rapport aux modes classiques. Ces deux faces ont leurs qualités et leurs défauts, même s'il y a une chose qui les unit : l'accessibilité du titre, facile à prendre en main dans tous les cas, avec un fun immédiat. On apprécie grandement le boost apporté aux gardiens cette année qui gagnent en efficacité et sont parfois redoutables dans la surface, mais a contrario il ne faut pas regarder de trop près, car des défauts récurrents de la série sont bien présents. À commencer par les ailiers qu'il est bien trop simple d'exploiter ainsi que des collisions parfois mal gérées et des frappes à la physique pas toujours évidente à cerner. Sans trop d'évolution visuelle, ni dans ses modes de jeu, FIFA 22 est bien dans la continuité de ses prédécesseurs, à tel point que l'intérêt de sauter le pas sur cette nouvelle version dépend de votre intérêt pour les améliorations apportées sur le rythme de jeu et les gardiens.

Test réalisé par Hachim0n sur PlayStation 5 à partir d'une version fournie par l'éditeur.

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