Test de American Arcadia - Escape from Arcadia

Développé en Espagne par Out of the Blue Games, que l'on connaissait jusque là pour le jeu d'aventure Call of the Sea, American Arcadia avait été l'une des curiosités du Tribeca Games Festival organisé en marge du non-E3 2022. Plus d'un an plus tard, le voici enfin prêt à nous révéler si notre curiosité était justifiée.

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The Trevor Show

Trevor Hills est un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Modeste employé de bureau, il vit une vie des plus banales dans la ville d’Arcadia au milieu de milliers d’autres habitants de la ville. Ce que Trevor et les autres habitants ignorent, c’est que leur quotidien n’est qu’une gigantesque illusion. Sans le savoir, ils sont tous les acteurs d’un show télévisée, American Arcadia, diffusé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur toutes les grandes plateformes de diffusion. Hélas, les audiences sont en baisse et les responsables de l’émission doivent se débarrasser des "acteurs" les moins rentables. Et personne ne s’intéresse à un modeste employé insignifiant comme Trevor. Personne, sauf Angela, une technicienne de l’émission qui fait tout pour sauver Trevor du funeste destin qui l’attend.

Une nouvelle journée banale commence
Une nouvelle journée banale commence

Cours Trevor, cours !

American Arcadia présente l’originale caractéristique de proposer deux expériences de jeu totalement différentes, en fonction du personnage que l’on incarne. En effet, nous alternons entre Trevor et Angela durant l’aventure. Le gameplay des parties concernant Trevor est assez classique pour le genre de la plateforme en 2.5D. On suit le personnage en vue de côté et Trevor progresse sur l’axe horizontal. Ces passages sont une succession de phases calmes servant la narration, d’énigmes, de (légères) phases de plateforme, d’infiltration (ou plutôt d’exfiltration dans notre cas) et de course poursuite durant lesquelles il faut échapper aux gardes de Walton, la compagnie gérant le show. Angela vit également de son côté sa propre aventure durant l’évasion, ses tentatives d'aider Trevor se heurtant à la curiosité de sa supérieure hierachique. Dans son cas, le jeu nous propose un gameplay très proche de celui des jeux d’aventure à la première personne. Soit un accent principalement mis sur les énigmes enrichies ici et là d’un peu d’infiltration.

Trevor en fuite
Trevor en fuite
Angela à l'assistance
Angela à l'assistance

Mais l'ange est là

Derrière ce classicisme de façade se cache pourtant une petite subtilité. Angela suit la progression de Trevor depuis son ordinateur à l’aide des caméras de sécurité et elle peut, à l’occasion, l’assister durant cette évasion. Grâce aux caméras, Angela peut ainsi prendre le contrôle de certains équipements et les utiliser à l’avantage de Trevor. Des interactions qui vont d’une banale ouverture d’une porte fermée à la prise de contrôle d’une grue ou d’un monte-charge, pour ne citer que les premières. Durant ces phases, nous nous retrouvons donc à contrôler à la fois les mouvements de Trevor à l’aide d’un stick, mais aussi la sélection des équipements avec lesquels nous souhaitons interagir avec l’autre stick. Un peu déconcertant comme contrôles, surtout lorsqu'on doit faire des manipulations avec les deux personnages. Le tout donne un résultat parfois un peu brouillon, d’autant que les informations sur la nature des interactions possibles sont parfois écrites en très petits caractères.

Fail and Retry

Un passage que vous allez recommencer souvent...
Un passage que vous allez recommencer souvent...
Comble de la mauvaise nouvelle, ce gameplay utilise régulièrement une mécanique dont je ne suis pas fan : l’apprentissage par l’échec. Rien de nouveau ici, et ça n’empêche pas de faire des jeux salués par la critique, Limbo en est un bon exemple. Ici, cela se traduit par de multiples situations durant lesquelles vous êtes dans une situation dangereuse, sur le point d’être capturé. Il vous faut agir rapidement pour éviter cela, plusieurs possibilités s’offrent à vous et vous devez choisir la bonne au bon moment. Sauf que pour savoir quelle est cette bonne solution, vous devez d’abord découvrir les mauvaises. Et c’est frustrant, d’autant que ça conduit souvent à recommencer TOUTE la séquence. Je vais prendre un exemple de début de jeu pour minimiser les spoilers. Une course poursuite vous conduit à devoir traverser la flèche d’une grue pour rejoindre un monte-charge qu’Angela doit lever. Si vous traversez sans rien faire d’autre, vos poursuivants vous rattrapent. Il faut faire un choix et la plupart conduisent à votre capture. Aucun indice ne vient vous indiquer le bon choix, et pire, celui-ci entraîne une réaction illogique de vos poursuivants par rapport aux mauvais. Résultat, les séquences de poursuite impliquant Trevor m’ont souvent laissé l’impression de manquer de fluidité, tant elles sont entrecoupées par nos échecs. Un autre point m’a également fatigué. American Arcadia fait partie de ses jeux qui utilisent une sauvegarde automatique… mais qui ne signalent pas les sauvegardes aux joueurs. Pas de petites icônes dans un coin de l’écran pour vous dire que vous avez franchi un checkpoint. Et croyez-moi, vu le nombre de séquences que je me suis retapées à cause de ça, ces checkpoints ne sont pas toujours placés à des endroits prévisibles.

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Réflexions

Il y a par contre un point qui contrebalance un peu ces aspects négatifs et qui nous pousse à continuer. À la manière de tous les bons shows télés, American Arcadia sait relancer régulièrement les attentes des joueurs avec un scénario qui n’est pas dépourvu de rebondissements. On va sans doute régulièrement comparer ce jeu à The Truman Show, célèbre film de Peter Weir avec lequel le jeu partage la même idée de départ. Mais American Arcadia va un peu plus loin, jusqu'à la parodie. Les stars de l'émission ont des noms en forme de clins d'œil à des personnalités bien réelles tandis que les interventions de Vivian, présentatrice star de l'émission et visage de la compagnie, arracheront quelques sourires aux joueurs. Un style parodique donc qui amène le joueur sur le chemin d’une critique peut-être pas si innocente de nos habitudes de consommation de l’industrie télévisuelle. Jusqu’à une fin qui mérite le coup d’œil et les quelques heures que l’on a passées pour en arriver là.

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Une technique un peu retro

Pour représenter cette ville d’Arcadia bloquée dans les années ’70, l’équipe de Out of the Blue a choisi des graphismes assez stylisés. Des graphismes simples, aux arêtes prononcées (les visages, surtout), qui donnent une identité visuelle très particulière au jeu. Je dois dire que ça fonctionne assez bien. Le jeu se permet même quelques petites folies dans une séquence assez psychédélique dans sa dernière partie. Puisqu’on aborde la question des graphismes, il semble que le jeu ne supporte pas le plein écran, les options ne me proposant que les modes fenêtrés. Plus étrange, certaines options restent grisées, notamment du côté de l’anti-aliasing. Notez également que cette version de test était victime d’un certain nombre de manquements au niveau de la traduction. Le jeu n'est ainsi disponible qu'en voix anglaises (de très bonnes qualités, en passant) et j’ai régulièrement fait face à des situations où les sous-titres des dialogues de Trevor et Angela ne s’affichaient pas, bloqués par d’autres dialogues de moindre importance. Plus gênant, un certain nombre de dialogues n’étaient eux pas sous-titrés du tout en VF. Bref, il faut s’attendre à un patch corrigeant tout ça à la sortie.

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Jingle de fin

American Arcadia se finit donc sur un sentiment mi-figue mi-raisin. On se prend d’affection pour Trevor, cet homme banal qui n’avait rien demandé à personne et dont la vie est mise sans dessus dessous par une productrice cruelle. Pour Angela et sa lutte pour rendre sa liberté à un homme ordinaire. Et pour ce scénario finalement plus malin qu'une simple copie de The Truman Show. J’aurais vraiment voulu éprouver également de l’affection pour American Arcadia, le jeu, mais certains choix de design ont été pour moi autant de jingles (il vous faudra jouer au jeu pour la réf) qui m’ont frustré et ont amoindri le plaisir que j’aurais pu prendre au jeu. Car American Arcadia n'est dans le fond pas un mauvais jeu, mais tout le monde n'a pas le même seuil de tolérance devant ces segments à refaire pour des erreurs impossibles à anticiper. Le vôtre sera peut-être plus élevé que le mien.

Test réalisé par Grim sur PC à l'aide d'une version fournie par l'éditeur

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