Test de WWE 2K25 - L'ère des trahisons
La WWE, société d'exploitation des shows de catch américain les plus populaires, a frappé un grand coup ces dernières semaines. Tout le monde a parlé du heel turn de John Cena, l'éternel gentil devenu méchant, un grand moment d'entertainment qui marque d'une certaine manière un renouveau pour le catch. Avec l'arrivée des shows principaux, SmackDown et RAW sur Netflix à peu près partout dans le monde (sauf en France pour le moment), la WWE cherche à conquérir de nouveaux publics sous l'égide de Triple H, à la tête du bousin depuis 2022. Un contexte idéal pour la licence de jeux développés par Visual Concepts/2K Games, qui a retrouvé de l'énergie ces dernières années et qui propose encore pour 2025 une édition très réussie.
Histoire de clans
L'une des qualités des WWE 2K, en dehors de leur contenu pléthorique, c'est leur manière chaque année de nous emmener dans une histoire originale qui tire partie des dernières superstars du moment. Mais ces derniers temps, le mode histoire intitulé MyRise avait tendance à tourner en rond : toujours des histoires de catcheurs inconnus à créer de toute pièce et destinés à régner sur RAW et/ou SmackDown. Pour 2025, Visual Concepts est allé chercher quelque chose d'un peu plus novateur, en ne proposant cette fois-ci pas deux histoires distinctes (qui permettent en général de faire un catcheur d'un côté et une catcheuse de l'autre), mais une seule et unique aventure aux embranchements très nombreux. En effet, cette fois-ci on incarne deux personnages créés selon nos désirs dans une sorte de grand chaos, où les catcheurs anciens et actuels de NXT, la succursale junior de la WWE, "envahissent" RAW et SmackDown afin d'en prendre la direction. Sorte de guerres des tranchées à l'épreuve du ring, l'idée est excellente et s'inspire directement de la fin d'année 2019 où, à l'occasion des Survivor Series, les stars de la NXT avaient envahi SmackDown. Le jeu s'en inspire grandement mais va un peu plus loin, avec une intrigue qui se déroule sur plusieurs mois et dans laquelle nos deux personnages créés de toute pièce doivent s'intégrer dans ce gros bordel, d'un côté comme de l'autre, souffrant de trahisons ou en trahissant leurs alliés, selon les choix que l'on fait au fil de l'aventure. Bien mené, ce mode MyRise offre de vrais bons moments, même si le jeu pèche toujours sur sa mise en scène des dialogues dans les coulisses où tout le monde est un peu trop statique et monotone. C'est quelques heures plaisantes à jouer, dans l'esprit des évènements les plus importants du catch récent, avec quelques têtes d'affiche comme Bayley, CM Punk et Kevin Owens, qui y jouent un rôle fondamental. L'autre bon moment, c'est le mode Showcase. Désormais un rendez-vous attendu pour chaque nouvelle édition, le mode propose comme à son habitude de revivre et de rejouer certains combats emblématiques de la WWE. L'année dernière, c'était une vraie réussite avec la possibilité de rejouer quelques uns des grands matchs des Wrestlemania depuis les années 1980. Cette fois-ci, le mode se focalise sur la Bloodline, le petit nom donné à la lignée familiale des Samoans qui ont marqué l'histoire du catch américain. De Yokozuna à The Rock, en passant par Rikishi et Peter Maivia, jusqu'à leurs héritiers Roman Reigns, Solo Sikoa ou Jey et Jimmy Uso, ce mode narré par Paul Heyman avec quelques interventions ici et là de catcheurs tente de rendre compte de l'importance de cette grande famille pour la WWE. Toujours au centre des attentions, mais peut-être moins engageant que d'autres années à cause d'images d'archives plus rares, on perd un peu de ce qui faisait le plaisir par le passé. Notamment les transitions entre images documentaires et jeu qui étaient fluides et que l'on perd un peu cette fois, au profit d'une structure plus classique et un peu plus narrée, à la manière des séries-documentaires que l'on peut voir fleurir depuis un certain nombre d'années (sur Netflix notamment, encore une fois) avec des interventions de personnalités face caméra entre deux combats. C'est, néanmoins, un hommage sympathique à une famille qui a marqué et qui continue de marquer de son empreinte le catch américain, à tel point que l'un d'eux, The Rock, est devenu ces derniers temps le "Final Boss", rappelant la proximité entre l'écriture des histoires des shows de la WWE et du jeu vidéo.Une île à la gloire de Reigns
Évidemment, calqué sur l'actualité récente de la WWE (mais pas trop non plus, le John Cena méchant ce sera sûrement pour l'année prochaine) et un Roman Reigns qui est redevenu chasseur après avoir perdu son titre l'année dernière au profit de Cody Rhodes au Wrestlemania 40, le jeu en profite pour concocter autre chose, en dehors du mode Showcase et son hommage à la Bloodline. C'est ainsi que Visual Concepts a ramené le fameux mode de NBA 2K où l'on peut, avec notre catcheur créé de toute pièce, se balader dans une petite ville dans un mode multijoueur où l'on enchaîne les missions et les combats pour gagner des points VC et devenir le meilleur. Intitulé The Island, le mode reprend tout de la licence de basket avec une ville à explorer, bien que très petite en comparaison, avec ses magasins où dépenser des crédits durement gagnés (ou achetés moyennant micro-transactions) dans des vêtements sous licence de marques bien connues et ses PNJ qui offrent toutes sortes de missions à réussir et qui consistent pour l'essentiel à trouver des trucs dans la ville ou à gagner des matchs. Si ce n'est pas forcément une mauvaise idée, on y retrouve évidemment tout ce qui rend aussi ce mode extrêmement frustrant du côté des NBA 2K, à commencer par la lenteur des déplacements et le fait que ce soit un véritable bordel visuel avec les joueurs en ligne tous plus moches les uns que les autres et que l'on croise en masse dans certaines zones comme les pires instances de MMO. Mais surtout, on retrouve la plaie des points VC, ces crédits à gagner (en très petite quantité) en gagnant des matchs et en accomplissant des missions ou en les achetant avec de la véritable monnaie. Et ce avec une progression pensée de fait pour qu'elle soit lente et périlleuse sans céder aux micro-transactions, poussant sans cesse les joueurs et les joueuses à mettre la main à la poche. C'est d'autant plus significatif que ces points VC servent à la fois à (lentement) faire progresser notre catcheur et à acheter des vêtements et costumes hors de prix. Vite oubliable, ce mode a pourtant quelques qualités au premier abord : tout le délire autour du Roman Reigns qui règne en maître sur la ville est plutôt rigolo, d'autant plus que la bourgade est pensée comme un parc d'attraction avec ses zones réservées à quelques catcheurs emblématiques. On a par exemple le cimetière en guise d'antre du Undertaker ou l'espèce de temple Maya du mexicain Rey Mysterio. C'est kitsch à souhaits, mais c'est ce qui fait l'essence du catch et cette ville le comprend bien. On aurait aimé toutefois que Visual Concepts et 2K se décident enfin à s'éloigner de ce modèle économique qui fait plus de mal que de bien à leurs jeux et qu'on aurait aimé ne pas voir débarquer dans la licence WWE 2K qui avait réussi, jusque-là, à cantonner ces errements micro-transactionnels à son mode MyFaction qui repose, comme beaucoup de jeux de sports (et gacha), sur les packs de cartes à ouvrir pour avoir sa petite dose de dopamine.L'efficacité a un coût
Mais pour ce qui est du gameplay, WWE 2K25 hérite d'un rythme de combat toujours efficace et de coups faciles à sortir, avec un système de contres instinctif à une touche qui permet une prise en main rapide. Le rythme se voit toutefois un peu cassé cette année avec le retour du "chain wrestle" qui avait disparu depuis un bout de temps, puisqu'on avait vu ce système pour la dernière fois dans l'édition 2K19. Ce système, qui permet de lancer un mini-jeu à base de QTE, permet de simuler les moments de lutte et les tentatives de prendre l'ascendant sur son adversaire alors que les deux catcheurs se tiennent l'un et l'autre. Assez peu intéressant à jouer, ce système tranche avec la vivacité des autres coups et des prises qui sortent facilement. Et c'est d'autant plus anachronique dans un catch moderne où les athlètes sont de plus en plus agiles, la plupart étant capables de faire des coups aériens et rapides (que ce soit sur le ring ou du haut de la troisième corde), alors que cela restait cantonné à quelques petits gabarits il y a encore une vingtaine d'années. Heureusement, utiliser ce système n'est pas obligatoire pour gagner les combats, même si l'on se fait prendre dedans de temps à autre par une IA qui aime beaucoup l'utiliser. Cela peut toutefois avoir un intérêt dans les affrontements en multijoueur pour temporiser l'action lorsque l'on est en mauvaise posture ou pour épuiser l'adversaire. L'autre nouveauté de gameplay, c'est le retour des combats entre hommes et femmes. Ceux-ci étaient bien présents à l'époque des jeux de la licence SmackDown vs Raw, puis avaient disparu sous la pression de la WWE qui voulait un jeu reflétant plus précisément la réalité, où ces combats sont très rares et exceptionnels. Mais la société de catch a visiblement lâché la bride et l'a autorisé, permettant au studio de proposer des combats plus variés, et laissant les joueurs et joueuses imaginer leurs propres oppositions et combats en Tag Team sans limitation. Enfin, pour le reste, le jeu reste assez classique avec son mode MG, sorte de mode carrière où l'on incarne un manager de l'un des shows principaux dans l'espoir d'être en bénéfice, mais aussi de faire de meilleurs audiences que ses concurrents. Le mode a ses qualités et bénéficie de quelques petites améliorations, comme des managers plus nombreux et de nouveaux évènements à organiser, notamment les PLE qui sont désormais inter-écuries, de quoi organiser des SummerSlam ou Money in the Bank plus intéressants. Enfin, c'est visuellement que WWE 2K25 reste très solide, malgré une modélisation de certaines visages qui gagnerait à être revue pour paraître un peu moins plastique, le jeu reste impressionnant sur ses animations (même si les transitions restent parfois un peu archaïques d'un mouvement à l'autre) et la facilité avec laquelle on reconnaît le comportement des différentes superstars sur le ring. Et ce malgré son roster impressionnant, avec plus de 300 superstars à jouer (en comptant les multiples itérations d'un même combattant selon les décennies pour les plus vieux d'entre eux), dont une partie est à débloquer en jouant notamment au mode MyRise. Comme le John Cena invisible, mais si, vous savez, you can't see me.Conclusion
Les années se suivent et se ressemblent pour les WWE 2K, qui maintiennent année après année un niveau de qualité appréciable et qui nous replonge à chaque fois sans mal dans la frénésie du catch américain. Peut-être pas aussi foufou que les derniers arcs narratifs des véritables shows à l'approche de Wrestlemania 41, cette édition 2K25 n'en reste pas moins généreuse en contenu et en idées, grâce notamment à son mode histoire MyRise. Alors que les fans de catch n'ont d'yeux que pour les 19 et 20 avril prochains où John Cena, devenu méchant, va défier Cody Rhodes, il est peut-être temps pour eux de laisser libre cours à leur imagination dans un jeu très dense qui permet de réaliser tous les fantasmes. Un bon cru, encore une fois.
Test réalisé par Hachim0n sur PlayStation 5 à partir d'une version fournie par l'éditeur.
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Plateformes | PlayStation 4, PlayStation 5, Windows, Xbox One, Xbox Series X|S |
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Genres | Catch, sport, sport de combat, amérique du nord, contemporain |
Sortie |
14 mars 2025 |
Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.
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