Test de Vampires Bloodlines 2 – Test saignant pour jeu maudit
En 2005, un jeune rédacteur anonyme publiait son test de Vampires Bloodlines. Il était loin de se douter qu’il lui faudrait attendre 20 ans pour s’attaquer à celui de Bloodlines 2. Et vu le résultat, j’aurais probablement préféré attendre quelques années de plus.
Vous ne l’ignorez pas, Bloodlines 2 a connu un véritable « development hell ». Annoncé en 2015 avec Hardsuit Labs aux commandes et la participation de Chris Avellone à l’écriture, le jeu connait un premier moment difficile avec le renvoi de ce dernier en 2020. L’année suivante voit Hardsuit Labs être retiré du projet qui finit entre les mains de The Chinese Room.

Allumez le Phyre
Dans Bloodlines 2, nous incarnons donc Phyre, un ancien vampire, également connu sous le nom du Nomade, qui se réveille d’une sieste d’une bonne centaine d’année dans le froid d’un Seattle contemporain. Mais en guise de réveil, c’est plutôt une sacrée gueule de bois qui attend Phyre. Une marque mystérieuse orne sa main droite et il/elle partage sa conscience avec Fabien, un détective, lui aussi vampire. Pour percer les mystères de la marque, Phyre doit naviguer au milieu des intrigues politiques du monde vampirique de Seattle, alors que celui-ci est secoué par une crise qui pourrait mettre les fondations mêmes du monde vampirique, et donc la Mascarade, en danger.
Création…
Héritier d’un monument du RPG, Bloodlines 2 était attendu au tournant sur son aspect jeu de rôle. Et c’est un peu la douche froide, tant cet aspect parait basique. L’apparence de Phyre se limite à son sexe, quelques coupes de cheveux, la couleur des yeux, le maquillage de son visage et ses piercings éventuels. La création du personnage quant à elle se résume à choisir son clan. Suite au tollé, mérité, qui avait accompagné l’annonce des clans réservés aux éditions les plus chères du jeu, Paradox est revenu sur ses pas et tous les clans sont bien disponibles dans la version de base du jeu. Six clans sont ainsi jouables : les Brujahs, Tremere, Banu Haqim, Ventrue, Toreador et Lasombra, chacun offrant une approche différente des combats, du corps à corps brutal des Brujahs à l’approche plus tactique et discrète des Lasombra. Les connaisseurs noteront sans doute l’absence de clans notables, comme les Malkaviens ou les Nosferatus, pourtant présents dans le jeu. Si on peut encore défendre l’absence des premiers par la présence jouable de Fabien, celle des seconds, vampires difformes obligés de se cacher des humains sous peine de griller la Mascarade, est à mon sens moins anodine.
…et progression du personnage
Chaque clan possède ainsi sa propre ligne de compétences, quatre actives et une passive, que vous aurez débloquées en à peine quelques heures de jeu. Heureusement, en sa qualité de vampire ancien, Phyre se voit accordé le droit d’apprendre les techniques des autres clans, passant le choix de compétences disponibles à 30, dont 4 pourront être équipées simultanément. Hélas, l’apprentissage de ces compétences demandera du sang, en plus des points de compétences reçus au fil de votre progression en expérience pour les débloquer une fois l’achat effectué. Et pas n’importe quel sang. Celui de quelques quidams circulant dans les rues qui apparaissent dans une couleur particulière lorsque vous utilisez vos sens de vampire. Trois types de sang pour trois types d’humeurs humaines et donc trois fois plus de risques d’enfreindre la Mascarade, car chaque « couleur » réagit différemment à votre approche. Malheureusement, ces compétences extra-claniques coûtent cher, et la collecte de sang est tellement lassante qu’on lâche rapidement l’affaire. Et c’est dommage, car les pouvoirs sont variés et assez funs. Possession, téléportation, malédiction qui fait exploser un adversaire à la prochaine attaque subie, il y a du choix. Chaque pouvoir possède un nombre d’utilisation limité qui est rechargé lorsque Phyre boit le sang d’une victime. Ce qui est également la principale manière de récupérer de la vie, le monde est bien fait. Hélas, si sympas soient-ils, les pouvoirs ne peuvent effacer le principal souci du jeu : ses combats.
Du sang et des larmes
Je ne vais pas prendre de gants : les combats de Bloodlines 2 sont une véritable catastrophe. Le jeu a abandonné la vue à la troisième personne de son ancêtre pour une unique vue FPS et a perdu en même temps tout semblant de lisibilité dans l’action. Les combats du jeu se déroulent majoritairement au corps à corps, face à des adversaires vifs et se résument souvent à matraquer encore et encore le même bouton d’attaque pour porter un coup de poing plus ou moins violent. Car oui, alors que les ennemis ne se gênent pas pour utiliser des armes, Phyre refuse de s’abaisser à ce niveau. Finalement, plus que les mandales et les pouvoirs, l’arme principale de Phyre est peut-être la télékinésie, qui lui permet de s’emparer d’un objet pour le balancer sur ses ennemis. Mais autant ce pouvoir est puissant lorsque vous êtes encore discret, autant il est peu utilisable en mêlée, où le ciblage rend le truc particulièrement brouillon. Illustration du n’importe quoi de la télékinésie, s’emparer d’une arme à feu permet à Phyre de l’utiliser… en vidant le chargeur en une seule fois, sans doute pour éviter que le truc soit trop puissant.
J’aime personnellement aborder ce genre de jeu dans la peau d’un personnage furtif. Bloodlines 2 n’a pas fait exception. Du moins durant quelques heures, avant que je me décide à recommencer le jeu en choisissant un clan un peu plus orienté baston. Car voyez-vous, il n’est pas possible d’éviter totalement la bagarre dans le jeu. Pire, le jeu n’a rien prévu dans son level-design pour aborder les situations discrètement, à moins de compter sur la stupidité de l’IA qui a une certaine tendance à ne pas trop chercher l’origine des morts soudaines des membres du groupe. Par contre, dès qu’elle vous repère, c’est la curée, tout le monde converge sur votre position. D’ailleurs, attention à ce que vous faites en public, vous devez suivre la Mascarade à la lettre, utiliser vos pouvoirs devant les yeux des mortels est interdit et peut conduire à la fin de la partie. Je trouve par contre le système binaire, et souvent mal fichu. Je reste toujours surpris de voir la foule s'alarmer de voir Phyre grimper à une gouttière, mais de trouver normal de voir Phyre sauter du toit d'un immeuble dans la rue.
Seattle, ville morte (ou presque)
Théâtre du jeu, Seattle fait triste figure tant la ville parait minuscule, se résumant à quelques quartiers dont Phyre est prisonnier (littéralement). Mais c’est le manque de vie qui transparait de chaque seconde que l’on passe dans ses rues. Car la Seattle du jeu sonne terriblement comme une ville de jeu vidéo, sans âme. L’action se déroule de nuit, mais les rues sont peuplées comme si on était de jour. Les passants errent sans but, personne ne va nulle part et les humains semblent n’être là que pour servir de réserve de sang frais aux suceurs de sang locaux. Pas de circulation non plus, la faute à une neige bien pratique. Le nombre de lieux auxquels on peut accéder est à l’avenant : très réduit. La majorité d’entre eux se révèlent être les repères des clans de la ville et donc des hubs de quêtes. Les autres sont des donjons accessibles à un point donné de l’histoire. Pas de boutiques où trouver l'équipement du parfait petit vampire. Point d’égouts non plus. On passera plutôt par les toits et on profitera alors des capacités de déplacement surnaturelles de Phyre : saut vampirique, capacité à grimper (un peu) aux murs ou vol plané. Vous vous souvenez quand je vous disais que l’absence des Nosferatus parmi les clans jouables n’était pas anodine ? Voilà pourquoi, le monde du jeu n’a pas été pensé pour que vous ne mettiez pas un pied en public.
Une narration à deux vitesses
Voyez-vous, sur bien des aspects, Bloodlines 2 me donne l’impression d’être plus un jeu d’action-aventure auxquels on aurait greffé une barre d’expérience qu’un véritable jeu de rôle. L’indice le plus évident est à chercher dans la structure narrative et les quêtes du jeu. Si la quête principale a déjà du mal à décoller, mais reste un peu sauvée par les séquences d’enquête de Fabien, le contenu secondaire quant à lui s’écrase au sol dans une gerbe de sang. Les quêtes secondaires sont ainsi basiques, répétitives (traques, éliminations de groupes de monstres, livraisons et bien sûr les incontournables quêtes de collecte) mais surtout… à quoi servent-elles ?
Je l’ai dit plus haut, vous aurez débloqué les compétences de votre clan en quelques heures, probablement à la fin de la deuxième nuit. Le reste de l’expérience gagnée sert donc uniquement à débloquer les compétences des autres clans. Celles-là même qui sont bloquées derrière le mur de farm qu’est la collecte du sang. Il n’y a pas d’équipement dans le jeu, donc pas de carotte pour justifier qu’on s’y intéresse quand même, à ces quêtes secondaires. Même les tenues sont liées à l’acquisition des pouvoirs. J’ai vraiment eu l’impression que l’équipe de The Chinese Room s’est concentrée sur ce qu’elle savait faire, à savoir raconter une histoire linéaire. Le reste, le secondaire, semble par contre répondre à un cahier des charges du genre, cochant des cases parce qu’il le faut bien plus que par réelle envie.
Et la technique alors ?
Sur le plan technique, Bloodlines 2 porte les séquelles de son développement chaotique. S’il a quelques moments de grâce, le jeu a bien du mal à dissimuler l’âge de son moteur. Que ce soient les textures, les animations, la mise en scène, tout nous rappelle que le développement a débuté il y a 10 ans. Bloodlines 2 n’est pas le AAA qu’il voudrait être, c’est un AA avec des crocs émoussés qui a quelques coups d’éclat. Heureusement, ça tourne correctement, malgré quelques bugs de script qui devraient être corrigés dans le futur.
Longues nuits à Seattle
Vingt ans après sa sortie, Vampires Bloodlines premier du nom bénéfice toujours d’une communauté fidèle et active. Une communauté qui va tomber de haut en voyant ce Vampires Bloodlines 2. Je n’ai pourtant même pas envie de taper sur The Chinese Room. Ils ont fait ce qu’ils ont pu avec une créature morte-vivante, mais ça ne suffit pas à accoucher d’un bon jeu. Et sûrement pas à ce prix.
Aucun humain n'a été blessé durant la réalisation de ce test réalisé par Grim sur PC à l'aide d'une copie fournie par l'éditeur.
Sur le même sujet :
| Plateformes | PlayStation 5, Windows, Xbox Series X|S |
|---|---|
| Genres | Action-RPG, jeu de rôle (rpg), vampirique |
| Sortie |
Octobre 2025 |
-
21 octobre 2025
-
13 février 2024
-
11 décembre 2023
-
1 décembre 2023
-
4 septembre 2023









Réactions (55)
Afficher sur le forumPas de compte JeuxOnLine ?
Créer un compte