Test de Man of Medan - Ambiance, choix et QTE

Grâce désormais au soutien de Bandai Namco en tant qu'éditeur, Supermassive Games sort jeudi 29 août Man of Medan, premier jeu issu de son anthologie d'horreur intitulée "The Dark Pictures." Si vous avez aimé Until Dawn, vous êtes au bon endroit.

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Souviens-toi l'été dernier

Man Of Medan appartient au meilleur genre du jeu vidéo : il s'agit d'une histoire interactive, à l'image des jeux Telltale ou Quantic Dream, de Life is Strange ou encore de The Council, l'un de nos coups de cœur de l'année précédente. Plus concrètement, ne vous attendez pas à tuer des hordes d'ennemis en appuyant sur tous les boutons. Les jeux narratifs se concentrent sur l'intrigue et limitent donc leur gameplay au minimum, à savoir aux QTE et à des phases d'exploration.

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Man of Medan raconte l'histoire d'un groupe de jeunes consacrant leurs vacances à faire de la plongée au large de la Nouvelle-Calédonie. Vous vous en doutez : le titre n'est pas qu'un simple jeu consistant à observer des poissons et des difficultés orientent progressivement l'aventure vers l'horreur.

C'est mon choix

L'histoire du jeu dure environ quatre heures ; cette durée peut varier selon le temps que vous consacrez à l'exploration de chaque recoin du navire sur lequel nos héros arrivent rapidement. Pendant cette durée, l'expérience est excellente : localisation française complète (voix + textes) et de qualité, graphismes soignés et effets sonores toujours appropriés font de Man of Medan un excellent film d'horreur. On apprécie aussi l'exploration qu'il propose, même si celle-ci se heurte au choix de mise en scène : le jeu ne propose pas de gérer la caméra, se limitant à des plans fixes, ce qui rend l'exploration plus désagréable. On finit par s'y habituer, mais ce choix ne nous convainc pas pleinement, en dépit de ses avantages en termes de mise en scène.

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Néanmoins, sa force principale vient de son interactivité. Tous les personnages de l'histoire peuvent mourir ou survivre. Cet aspect n'est en soi pas étonnant ; c'est désormais un pré-requis attendu pour un jeu de Supermassive. Cependant, la grande force du titre est qu'il intègre cela avec brio. Dans Until Dawn, certains personnages ne pouvaient pas mourir avant le chapitre 8 ou 9 (sur 10), quels que soient vos choix, car ils étaient indispensables à l'histoire. Dans Man of Medan, n'importe qui peut mourir... à tout instant. Pour donner un exemple concret, dans ma première partie, un personnage est mort alors que je n'en étais qu'au tiers du jeu ; il n'apparaissait donc pas par la suite. Dans ma deuxième partie, il a survécu jusqu'au bout et j'ai donc pu voir les nombreuses scènes dans lesquelles il serait apparu la première fois... s'il n'était pas mort.

Les jeux narratifs nous ont habitués à ce que la résistance des personnages soit adaptée à l'histoire ; c'est la fameuse "armure en scénarium" tant décriée. Man of Medan est probablement le meilleur exemple existant à ce jour du contraire : c'est l'histoire qui s'adapte aux morts, jamais l'inverse.

Cela ne se limite en outre pas aux morts. Un personnage a eu une légère blessure lors d'une scène ? Le jeu s'adapte et laisse une trace de celle-ci jusqu'à son terme. Vous avez trouvé un document lors d'une phase d'exploration ? À nouveau, le jeu s'adapte, vous offrant à un moment donné une remarque en lien avec cette découverte. En regardant avec attention, on remarque quelques faux raccords, mais ils sont vraiment l'exception qui confirme la règle, tant le jeu respecte habituellement les dizaines de variables qu'il offre au joueur.

Cette interactivité est symbolisée par deux phénomènes, dont le concept était déjà présent dans Until Dawn : les tableaux et les trajectoires. Les premiers donnent une vision d'un avenir possible. Ils représentent une menace et aident donc le joueur à l'anticiper... s'il parvient à correctement interpréter sa vision. Les seconds, héritiers du système d'effet papillon d'Untiil Dawn, montrent les conséquences des décisions du joueur.

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Ces deux systèmes sont appréciables, mais il serait réducteur de limiter Man of Medan à ceux-ci. Ce dernier constitue probablement le jeu narratif offrant le plus d'interactivité au joueur à ce jour.

For every kind of badass

Aussi, quand je dis que l'histoire principale dure quatre heures, il ne faut pas considérer que c'est la durée de vie du jeu, tout au contraire. En raison de l'impact de ses choix, Man of Medan possède une énorme rejouabilité. À ce jour, j'en suis à 16 heures de jeu et seule la nécessité d'écrire ce test avant la fin de l'embargo explique que je ne sois pas actuellement en train de continuer à l'explorer. Or, en dépit de quelques répétitions, ces heures de jeu ne sont absolument pas redondantes : ma dernière partie m'a par exemple permis de découvrir (complètement par hasard) une nouvelle fin du jeu.

Aussi, si vous appréciez le genre, si vous êtes le genre de personne aimant savoir ce qu'il se serait passé si vous aviez pris telle ou telle décision, Man of Medan peut probablement vous occuper une vingtaine d'heures, en tout cas. Une durée très correcte pour un jeu de ce type, surtout qu'il est vendu seulement 30€.

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Cette durée de vie s'explique aussi par les nombreuses options offertes par Supermassive afin de parcourir le jeu. Trois possibilités existent : seul, à plusieurs en local ou à plusieurs en ligne. Dans les deux derniers cas, les personnages sont partagés entre les joueurs, chacun gérant un ou plusieurs personnages. Pour avoir effectué l'expérience en local, je peux vous confirmer qu'elle fonctionne très bien ; si vous avez prévu de recevoir des amis à la maison, Man of Medan constitue probablement une excellente alternative à un simple film.

En outre, le jeu propose deux points de vue distincts : la version cinéma et la Director's Cut. Concrètement, la seconde, disponible une fois le jeu fini une première fois, permet de voir les évènements sous un angle différent. Elle permet par exemple d'incarner un autre personnage lorsque plusieurs d'entre eux sont ensemble. Loin d'être un gadget, cette version apporte une meilleure compréhension des évènements et constitue donc un passage obligé après avoir fini le jeu une première fois. À dire vrai, cela nous fait presque regretter son statut : si les joueurs ayant précommandé le jeu y ont accès dès la sortie, les autres devront attendre une mise à jour gratuite, plus tard dans l'année. Cela amène à un conseil simple et clair : si le jeu vous intéresse, précommandez-le ou attendez la sortie de cette mise à jour, mais ne choisissez pas un entre-deux qui vous laisserait avec une expérience incomplète en attendant la mise à jour.

Darkest Ship

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Seulement voilà, il fallait bien un défaut pour ternir l'excellente image que nous a laissé le titre : il accorde une part bien trop importante au gameplay, au détriment des choix.

Le gameplay est de quatre types. Les trois premiers sont classiques : dans certains cas, il est nécessaire d'appuyer rapidement sur une touche, d'en marteler une autre ou de déplacer le stick pour viser une zone précise. Supermassive a ajouté un quatrième élément, original : une phase de rythme. Lorsque vous décidez de vous cacher, vous devez appuyer sur les boutons en respectant le bon rythme pour demeurer invisible.

Disons-le tout de suite : on se passerait bien volontiers de ces phases de gameplay, notre préférence allant aux jeux qui font sans (Life is Strange, les Super Seducer, The Council ou encore le récent Erika, pour donner quelques exemples). Néanmoins, cette formule étant aussi utilisée par Telltale et Quantic Dream, on a bien dû apprendre à tolérer cette fonctionnalité.

Toutefois, le problème majeur de Man of Medan n'est pas la présence de ces QTE, mais leur importance. Dans ma première partie, trois personnages sont morts. Tous trois sont morts de la même façon : à cause d'un QTE raté. Je précise que je ne parle pas d'une succession d'échecs, mais bien de QTE qui entraînent automatiquement la mort du personnage s'ils sont ratés.

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Cet aspect relativise énormément l'importance des choix, surtout que ceux-ci sont en définitive assez évidents. On aurait aimé des décisions difficiles, aux conséquences aussi imprévues que mortelles. Au lieu de ça, on a des choix assez simples et des QTE mortels, ce qui est vraiment décevant.

Au premier QTE raté, on tente de refaire ce qui avait si bien marché dans Until Dawn : quitter le jeu et le relancer. Cela a pour conséquence de... remettre à l'endroit exact dont on était parti, c'est-à-dire juste après avoir échoué. Le jeu ne propose aucun moyen de revenir en arrière. Pas de retour au dernier point de sauvegarde ou au début de la scène : si vous avez échoué un QTE et que votre personnage en est mort, vous ne pouvez rien faire pour changer cela.

Certes, une fois le jeu terminé, il est possible de sélectionner une scène précise et de repartir à partir de là. Seulement, une fois ce point passé, les mêmes règles s'appliquent. Ainsi, si vous avez perdu un personnage lors de la quatrième scène, par exemple, vous pouvez y revenir pour corriger cela. Néanmoins, si dans la scène suivante vous ratez un nouveau QTE, vous ne pourrez pas revenir en arrière : soit vous recommencez à partir de la quatrième scène, votre nouveau point de départ, soit vous finissez le jeu en entier et reprenez à partir de la cinquième scène, seul moyen de changer celle-ci.

En fouillant dans les options, j'ai trouvé deux réglages améliorant sensiblement l'expérience : le premier fait que les QTE ont une durée illimitée et le deuxième permet de maintenir au lieu de marteler. Cela ne résout pas les jeux de rythme, mais au moins le jeu est nettement plus simple ainsi, bien que l'on regrette que cette option ne soit pas proposée au démarrage.

Félicitation ?

Man of Medan rate de peu l'excellence. Il l'atteint dans de nombreux domaines  : écriture, histoire principale, exploration, mise en scène, contenu ou encore interactivité. Malheureusement, le gameplay défaillant du jeu empêche de pleinement en profiter. Espérons que ce problème soit résolu avant le prochain opus de cette Anthologie, que l'on attend avec impatience.

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Test réalisé par Alandring à partir d'une version fournie par l'éditeur.


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Note moyenne : (3 évaluations | 0 critique)
5,3 / 10 - Moyen

Aucun jolien ne joue à ce jeu, aucun n'y a joué.