Test de Pokémon Épée et Bouclier - le paradoxe de Galar

Le premier jeu Pokémon inédit est sorti sur Switch à la mi-novembre. On en entend parler depuis plusieurs mois, mais pas forcément pour de bonnes raisons. Fustigé, critiqué, on n'y rejouera plus jamais. Ou peut-être que si, finalement ?

Ce Pokémon se déroule dans la nouvelle région de Galar, inspirée de la Grande-Bretagne. On s'éloigne du climat tropical des îles d'Alola avec ses surfeurs et personnages en tongs pour retomber sur quelque chose de beaucoup plus familier. Place à l'industrie, aux stades de foot et au petit thé de 17h ! Les références à la Perfide Albion sont très nombreuses, que ce soit dans l’architecture des villes, les lieux, les musiques ou même dans les Pokémon, dont certains sentent le scone sorti du four à dix mètres à la ronde. De ce côté, il y a de quoi être un peu jaloux vu le traitement qu’a eu cette Angleterre de fiction, contrairement à notre bon vieil hexagone en 6ème génération dont les ressemblances s’arrêtaient aux lieux. Cromlech, rock, flegme “so British”, toutes les références sont bien là !

Vers le Nouveau Monde

Le territoire a une forme bien différente de toutes celles que l’on connaissait. Après les régions rectangulaires aux longues routes et les îles isolées de Soleil et Lune, Galar arbore une forme extrêmement rectiligne avec ses routes et villes microscopiques. Certaines d’entre elles ne proposent pas plus de 3 bâtiments, centre Pokémon inclus ! Les zones, elles, sont dans la même veine que leurs moutures 3DS : courtes, droites avec vraiment trop peu de possibilités pour explorer et trouver des petits passages cachés. Fort heureusement, le pire est évité avec une nouveauté de taille nommée "Terres Sauvages". Il s’agit d’une vaste zone ouverte tout en 3D qui propose un gameplay caméra à l’arrière du personnage et qui offre une sensation vraiment unique : pour la toute première fois, on évolue dans un environnement qui se détache des couloirs avec angle de caméra imposé. C’est rafraîchissant même si par moments ça sonne artificiel et vide.


La petite tasse de thé

L’objectif de ce Pokémon Épée / Bouclier est assez classique. Les épreuves d’Alola sont bien entendu de l’histoire ancienne et les 8 arènes emblématiques de la série sont de retour. La nouveauté est qu’il s’agit maintenant d’immenses stades à ciel ouvert qui font penser aux plus belles enceintes de football européen. En plus d’être remplis de supporters (ce qui est d’ailleurs bien rendu autant visuellement qu’au niveau de l’ambiance sonore), ils permettent de mettre en avant la grosse nouveauté stratégique de cette génération : les Pokémon Dynamax (ou Gigamax, pour une petite poignée d'élus). Cette fonctionnalité, activable une fois par combat, vous permet de décupler la taille de l’heureux élu, ce qui a pour but d'augmenter ses points de vie tout en améliorant ses attaques. Il s’agit, en gros, d’une sorte de mélange entre les Méga-Évolutions et les Attaques Z des générations précédentes, qui ont disparu. Et encore une fois, ça rend plutôt bien à l’écran.

Le scénario en lui-même, par contre, est une grosse déception. Au-delà de la quête des badges pour devenir Maître, il y a bien entendu une intrigue aux airs apocalyptiques, mais elle est vraiment reléguée en second plan. L’expérience est assez frustrante : pendant tout le jeu, on est vaguement au courant que des événements anormaux sont en train de se produire, mais tout se fait en arrière-plan, seuls les autres personnages s’en occupent. Tout s’accélère d’un coup vers la fin du jeu, les masques tombent sans la moindre once de surprise. Heureusement que la scène avec les Pokémon légendaires est plutôt bien foutue en offrant un bon climax, parce que la partie scénario n’occupe pas bien plus d’une heure dans toute l’aventure et on se sent vraiment lésé. Pareil pour l’utilisation très superficielle des différents alliés et rivaux, qui pourtant avaient un grand potentiel. Néanmoins, l’expérience globale est plutôt agréable.


Ramassage de pommes de terre

Une fois l’aventure terminée, c’est comme d’habitude à chaque joueur de trouver comment s’occuper sur Pokémon. Remplissage du Pokédex, chasse aux Pokémon chromatiques, combats contre d’autres joueurs ; ça reste classique, mais ils ont ajouté un système de raid fortement inspiré de Pokémon Go. Créés pour être effectués à 4 joueurs, ils mettent en scène un Pokémon Dynamax (voire Gigamax) très puissant contre lequel il faut réfléchir plutôt que d’envoyer des attaques plus ou moins au hasard. Enfin, au début, puisque une fois le pli pris, ça devient quasiment une formalité. Faire des raids en chaîne permet de remporter des objets comme des Bonbons Exp., qui sont dorénavant le meilleur moyen de gagner des niveaux, ainsi que des Disques Techniques, invention pas très lumineuse qui reprend le principe des CT à usage unique. En gros, le farm de raid est un passage obligatoire pour entraîner vos Pokémon et ça peut s’avérer rébarbatif.


La galère de Galar

Visuellement, Pokémon Épée et Bouclier jouissent d’une direction artistique aux petits oignons, avec des jeux de lumière très réussis et des lieux parfois très fidèles à leurs références réelles. Par contre, d’un point de vue purement technique, le dernier né de Game Freak est totalement à la ramasse : certaines textures font peine à voir, les bâtiments semblent taillés à la hache, le clipping est indigne d’un jeu GameCube et les différentes conditions climatiques des Terres Sauvages, qui sont sur le papier une très bonne idée puisqu’elles conditionnent l’apparition de certains Pokémon, sont une horreur à vivre tant les ralentissements sont nombreux. Pourtant, quand on voit The Legend of Zelda: Breath of the Wild ou Super Mario Odyssey, on se dit que la Switch est capable de bien mieux. Que Game Freak est capable de bien mieux.

Ce Pokémon Épée / Bouclier fait parler de lui depuis l’E3 2019. Pendant le Treehouse de Nintendo, Junichi Masuda a affirmé que tout le Pokédex ne serait pas présent pour des raisons d’équilibrage et d’animation des Pokémon. Comme on pouvait s'en douter, la déception est bien présente : les animations sont les mêmes que sur 3DS, dont certaines sont seulement visibles en faisant du Camping, un mode de jeu qui ne sert pas à grand chose, et aucun réel équilibrage en profondeur n’a été effectué. Perdre plus de la moitié des Pokémon existants (au profit d’un roulement qui devrait s’effectuer de jeu en jeu) pour des raisons totalement fumeuses, c’est un sentiment assez frustrant pour le joueur. En plus de ça, de nombreuses fonctionnalités pourtant bien ancrées sont absentes telles que la possibilité d’enregistrer des vidéos de combat. Pis, cette génération empêche quasiment de jouer avec des amis en faisant affronter 6 Pokémon de chaque côté puisqu’elle impose un timer de 20 minutes par combat, ce qui est atrocement court et chaque match un minimum disputé s’arrête avant la fin. 

Le mot de la fin

Pokémon Épée et Bouclier sont une semi-déception. D’un côté, retrouver la saga sur grand écran dans un monde enchanteur fait vraiment plaisir, mais de l’autre, les points négatifs sont plus nombreux que jamais. Que ce soit au niveau des graphismes, du scénario, de la durée de vie comme des choix questionnables qui tirent parfois dans le complètement absurde, beaucoup d’attentes ont été douchées avec cette version. L’impression de jouer à un jeu pas terminé qui aurait nécessité un an de développement supplémentaire est très présente, mais Pokémon est une série dont les sorties ne peuvent pas être délayées à cause de son rôle au sein du montage de The Pokémon Company International : c’est le moteur qui permet de vendre des cartes ou toutes sortes de goodies qui rapportent bien plus. Cependant, on arrive à un point où même les développeurs n’en peuvent plus : le moral est au plus bas depuis la sortie dans les rangs de Game Freak, qui a dû annuler des événements de lancement de peur d’être pris pour cible par des joueurs mécontents. Est-ce que cela fera prendre conscience aux différents protagonistes que la situation est difficilement tenable ? Rien n’est moins sûr, puisque les jeux se sont vendus à plus de 6 millions d’unités lors des deux premières semaines, devenant le meilleur lancement d'un jeu sur Nintendo Switch devant le dernier Smash Bros. En effet, pour une raison que j’ignore, même avec ses nombreux défauts, parcourir ce Pokémon Épée / Bouclier n’est pas désagréable, loin de là. Les joueurs qui jouent à chaque nouvel opus de la saga pendant une poignée de semaines avant d’attendre les prochains devraient y trouver leur compte. C’est là tout le paradoxe de Galar...

Test réalisé par Malison à partir des deux versions fournies par l'éditeur.

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