Test de the Blind Prophet – 50 % Homme, 50 % Dieu, 100 % Sauveur

La multiplication des outils de développement et l’affranchissement de la distribution grâce aux plateformes de téléchargement permet à de plus en plus de monde de se lancer dans la création de jeux vidéo. Cette fois, c’est sur la première œuvre des Lyonnais de Ars Goetia que nous nous attardons. Ce jeu d’aventure est-il aussi intéressant qu’il est beau ?

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The Apostle : Wild Hunt

Il fait nuit noire à Gore Bay quand débarque notre protagoniste. Ténébreux, mystérieux, taciturne et cynique, il est tout de noir vêtu et une large épée barre son dos. Autour de son cou, son collier réagit aux présences démoniaques. Sa mission est de détruire ces monstres qui nuisent à l’humanité. Non, ce n’est pas là la nouvelle aventure du Sorceleur ; ce bonhomme aux airs de Rutger Hauer, c’est l’Apôtre Bartholomeus, sur Terre pour délivrer ces villes pécheresse du mal qui les gangrène.

À peine arrivé au port (puisqu’on vous dit qu’il débarque), l’Apôtre doit défendre une jeune fille d’une tentative de viol. Cela coûte sa main au gredin qui part se réfugier dans son hôtel. Le héros part à sa poursuite et ruse pour atteindre sa cible. L’échauffourée manque de tourner au désavantage de Bartholomeus : c’est que la cible n’était pas un simple corrompu, mais un revenant, chose qui n’est pas censé se trouver dans le bas-monde… Sans perdre de temps, l’envoyé du Paradis recueille quelques indices qui pourrait le mettre sur la voie de ceux qui ont transformé cette victime. Cette enquête mène notre héros dans différentes zones de Rotbork, où il rencontre toute une variété de personnages et bon nombre de révélations et de rebondissements.

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L’histoire se laisse facilement suivre et nous promène dans une ambiance réussie. Il y a bien quelques intrigues qui semblent se perdre en chemin, mais l’essentiel est bien là pour capter l’attention du joueur. La corruption démoniaque étant au programme, le jeu n’hésite pas à aborder crûment certains thèmes comme la sexualité, la drogue, la prostitution… Étonnamment, la religion n’est pas si mise en avant que ça.

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Le personnage a parfois des airs de héros des années 80 : il agit souvent comme un bon gros bourrin et n’hésite pas à lâcher quelques punchlines ou des vannes un peu grasses. L’humour est d’ailleurs très présent. Peut-être trop : il arrive régulièrement qu’on passe d’un instant particulièrement dramatique à une conversation burlesque. Cette alternance n’est pas toujours maîtrisée et il est parfois dommage de casser ainsi la tension qui avait réussi à s’installer.
Cette maladresse ne se retrouve pas seulement dans l’équilibrage de l’humour. Comme précisé au début, le jeu s’ouvre sur une tentative de viol. Au lieu d’être profondément marquée par l’agression, la femme en question devient un des personnages les plus délurés de l’aventure. Pis, notre balourd d’Apôtre blague en lui rappelant ce triste épisode et l’autre réagit comme si on l’avait menacée de la forcer à manger ses légumes. Plus tard, le héros suggère même à un homme des pratiques violentes à réserver aux prostituées qui l’entourent. À une époque où on cherche à sensibiliser les gens à ces problèmes, tant de légèreté est très déplacée. À noter aussi qu’un des personnages se moque en faisant référence à l’émeute qui a eu lieu autour de pots de chocolat à tartiner à prix cassé ; pas certain que cela parle aux joueurs étrangers.

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Going out in style

La première chose qui frappe est la beauté des graphismes. Que ce soient les décors ou les personnages, le tout est marqué par un style très fort qui fait de suite penser à celui des auteurs qui sévissaient dans Metal Hurlant. Ces dessins faits mains sont adroitement soulignés par quelques effets de lumière et l’ensemble est terriblement efficace. Les cinématiques qui se dévoilent case par case participent à cette impression de se trouver devant une bande dessinée.

Ce style fonctionne parfaitement pour retranscrire cette ville durement touchée par la crise. Les rues sont crasseuses et squattées par désœuvrés et autres sans domiciles fixes. Les maisons sont lugubres et l’architecture a des pointes de gothiques au milieu de devantures typiquement françaises. Quant aux personnages, ils ont des gueules cassées ou usées par la vie qui s’intègrent parfaitement dans l’ambiance générale.

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Mais, aussi beaux soient-ils, les tableaux sont également très statiques. L’animation des personnages se cantonne la plupart du temps à une grossière déformation qui cherche à simuler la respiration. Les rares tentatives de mouvements se traduisent par une succession hachée d’images, comme pour cette danseuse dans le bar. Ces tentatives de donner un aspect plus jeu vidéo que roman graphique soulignent le petit budget (et également la petite équipe) du projet.

Une autre réussite du titre est sa bande-son. Les musiques sont de très bonnes qualités et participent grandement à l’ambiance des diverses scènes. On en rencontre de toutes sortes : mélancoliques, mystérieuses, très rythmées…
Côté bruitage, c’est classique et efficace. Il y a bien quelques moments honteux où le texte affiche des « woosh » et des « blam ! » au lieu de jouer le son lui-même, mais ils sont anecdotiques. Pas de doublage, si ce n’est quelques mots isolés en anglais de la part du personnage principal, comme « Thanks ! » ou « What ? ».

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On est prié de ne pas claquer l’apôtre

L’enrobage est donc prometteur, mais qu’est-ce que ça donne souris en main ? Le jeu est un point’n clic classique dans lequel le personnage se déplace (ou plutôt se téléporte, vu l’absence d’une quelconque animation) de tableaux en tableaux. On retrouve le traditionnel menu qui permet d’observer, de parler, de prendre ou d’utiliser ce qu’on a pointé du bout du curseur. Un inventaire est à disposition depuis lequel on peut combiner ou utiliser les objets glanés. Une petite aide est à disposition, l’Oeil du Traqueur : ce dernier surligne d’un point rouge les centres d’intérêt de l’endroit, même s’ils ne sont pas forcément visibles une fois superposés à des décors dans les mêmes tons.

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L’action demande de faire quelques aller-retours. Un objet qui n’était pas digne d’intérêt pour le personnage s’avère nécessaire après être arrivé à un certain point de l’aventure. De nouvelles possibilités d’action peuvent même apparaître dans des lieux déjà visités. On retrouve aussi un bon vieux cliché du jeu vidéo : ce personnage qui est planté en plein milieu du chemin et qui vous bloque l’accès à la zone suivante tant que vous n’avez pas suffisamment progressé dans l’histoire.

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L’association des objets pour progresser est très claire. L’aventure passe également par quelques puzzles et il est vite évident qu’ils ne sont malheureusement pas le point fort du titre. La plupart sont extrêmement simples, si ce n’est pas l’indice (la plupart du temps très voyant) qui vous mâche tout le travail. Au final, ils ne donnent aucune satisfaction à les résoudre, ne devenant que simple formalité dans la progression. Autre point parfois perturbant, il est impossible de quitter certains puzzles autrement qu’en les terminant. Le jeu propose aussi quelques phases d’action, mais rien de bien transcendant. Au final, on a vraiment l’impression que les développeurs ont essayé de bien faire afin de varier les situations, mais l’exécution est souvent très maladroite.

Cependant, si le jeu disperse différentes phases dans sa narration, il est étrange qu’il ne le fasse aux moments où on l’attendrait le plus. En effet, il est très fréquent que les confrontations avec des adversaires importants ne se fassent que par le biais d’une cinématique. À nouveau, on a l’impression de suivre une bande dessinée au lieu d’un jeu et c’est souvent frustrant.

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Techniquement, on a un court temps de chargement entre chaque tableau. L’inventaire a aussi un étrange petit délai avant de s’ouvrir. Ce n’est pas bien méchant, mais ça manque de fluidité. Il y a quelques petits bugs qui traînent, comme un dialogue absent ou une musique qui boucle mal, mais rien de bien méchant, juste un petit manque de finition. À noter aussi qu’on ne dispose que d’une unique sauvegarde et qu’elle se fait automatiquement durant la progression. Pour refaire le jeu depuis le début, il faut passer par le bouton « tout recommencer » du menu et la précédente partie est alors écrasée.

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The Blind Prophet tient plus de la bande dessinée interactive que du jeu d’aventure, la faute à des puzzles insipides et à un manque d’action aux points clés. Même si elle a des maladresses, dont un humour mal dosé, l’histoire est pourtant intéressante à suivre, portée par de superbes dessins et des musiques de qualité. Pour un premier essai, le résultat est tout à fait honorable.

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Test réalisé sur PC par NeoGrifteR à partir d’une version fournie par l’éditeur.

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5,3 / 10 - Moyen

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